La famille de Maxim Beauregard Dionne déménage au Nouveau-Brunswick afin d’aider la petite Adélaide, qui présente une déficience intellectuelle légère. L’élu scolaire de la CSRS a du même coup démissionné de ses fonctions. On le voit ici avec sa conjointe Martine Locas-Beauchesne, leur fils Clément et leur fille Adelaide Beauregard. Leur petit Léandre est absent sur la photo.

Un autre système scolaire pour l’éducation de sa fille

Jugeant que le système scolaire du Nouveau-Brunswick est plus optimal pour les enfants handicapés, Maxim Beauregard Dionne quitte la province avec sa famille pour donner toutes les chances à sa fillette, qui présente une déficience intellectuelle. Le commissaire de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS), qui a annoncé sa démission mardi à la séance du conseil, remet en question les façons de faire du système scolaire québécois entourant l’intégration des enfants handicapés, en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (HDAA), tout comme celle de la CSRS.

Il estime que le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, ne propose rien de concret en matière d’inclusion. Il se montre déçu d’une conversation avec le ministre en mai dernier à ce sujet.

L’attachée de presse du ministre, Marie B. Deschamps, a réagi en mentionnant que beaucoup de choses ont été faites pour améliorer la situation des élèves, dont la nouvelle politique de réussite éducative et la stratégie de dépistage chez les 0-8 ans.

Selon le spécialiste Égide Royer, le Québec regroupait plus de 200 000 élèves HDAA sur 1 million en 2016.

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La fillette de bientôt six ans de M. Beauregard Dionne, qui présente une déficience légère, devait faire son entrée à l’école primaire LaRocque, dans une classe spécialisée, mais lui et sa conjointe souhaitaient qu’elle puisse être intégrée au régulier avec des mesures d’adaptation.

« On les classe beaucoup par diagnostic, alors que l’on devrait les évaluer chaque fois », soutient-il. Sa conjointe Martine est venue plaider devant les élus, mardi soir.

Fait étonnant pour un élu scolaire, le père de famille et sa conjointe avaient demandé une révision de décision à la CSRS concernant le dossier de leur enfant. Ils demandaient notamment une intégration en classe régulière et la mise en place d’un plan d’intervention avant l’entrée à l’école en septembre 2018.

La décision de la CSRS d’intégrer l’enfant dans une classe spécialisée a été maintenue par les commissaires à l’unanimité. L’élu concerné s’est retiré le temps des délibérations. Les membres du comité de révision ont toutefois proposé d’entamer la démarche de l’élaboration du plan d’intervention dès l’automne. La CSRS a préféré ne pas commenter la démission du commissaire.

« Sachez que c’est bien parce que je suis profondément convaincu que notre organisation sacrifie une bonne proportion des élèves HDAA en ne mettant pas la flexibilité nécessaire pour eux dans l’organisation de nos services que j’ai écrit cette lettre. On ne peut prétendre que les écarts faramineux de réussite entre les classes à vocation particulière, puis les régulières, puis les points de service tient du hasard. Quel message envoie notre commission scolaire aux jeunes Estriens qu’elle est censée former à devenir de futurs citoyens exemplaires, quand elle sépare des enfants sur la base de leur handicap, sans même faire l’analyse individuelle de la situation comme les encadrements le prescrivent pourtant? » écrit l’élu scolaire dans la lettre de démission envoyée à ses collègues.

« Que l’on m’accuse d’avoir été en conflit d’intérêts et je serai ravi d’en débattre avec vous. C’est bien cela le problème : les politiques et procédures sont conçues par des gens qui n’ont pas vécu les situations qu’ils gèrent », plaide-t-il.

Le commissaire démissionnaire réfère à différents documents de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), qui a récemment lancé un cri d’alarme au réseau scolaire québécois, dont au ministère de l’Éducation, qui « devra assumer un leadership plus rigoureux » en ce qui concerne l’intégration des élèves HDAA (élèves en situation de handicap ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage). La Commission note que même si le taux d’intégration de ces élèves augmente, plusieurs obstacles entravent leur participation aux activités de ces classes.

Dans le dossier de leur fillette, les parents estiment que placer l’enfant dans une classe ségrégée est illégal et discriminatoire. Ils ont déposé une plainte à la CDPDJ. Ils ont décidé de poursuivre les démarches jusqu’au bout à la CSRS en dépit de leur déménagement prévu bientôt.

La démission de l’élu scolaire sera effective le 1er septembre.