Les serres Savoura de Saint-Étienne-des-Grès font partie des trois serres à vendre.

Trois serres de Savoura à vendre

SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS — L’entreprise Sagami, qui produit les tomates et légumes Savoura, a mis en vente trois de ses 10 serres qu’elle exploite sur le territoire québécois. Le responsable des communications de l’entreprise, André Michaud, assure que cette décision n’a rien à voir avec le décès du propriétaire de l’entreprise, Stéphane Roy, qui a perdu la vie avec son fils à bord de son hélicoptère en juillet dernier. M. Michaud affirme que c’est M. Roy lui-même qui avait mis en vente, il y a plusieurs mois, les serres de Saint-Étienne-des-Grès, Sainte-Marthe et Portneuf.

André Michaud tient également à préciser que ces ventes font partie «d’une stratégie d’affaires» dont il ne peut dévoiler les détails, qu’il n’y a pas de coupes de postes dans l’air et que l’entreprise a même des projets d’investissements. «Ça ne fait pas partie d’une stratégie de réduction de la production», assure-t-il. «Au contraire, on veut augmenter la production, explique-t-il. «Notre objectif, c’est d’augmenter le volume de production et pas de le diminuer», assure-t-il.

La mise en vente des trois serres «a rapport avec des stratégies d’affaires que je ne peux pas, malheureusement, vous dévoiler», indique le porte-parole.

«Si l’on vendait les serres de Trois-Rivières (Saint-Étienne-des-Grès), il est possible que l’on continue à les opérer», dit-il. «Le promoteur l’achète pour faire un investissement. C’est un scénario qui est réaliste», dit-il.

M. Michaud assure que l’entreprise ne pourrait se passer des employés qui travaillent déjà dans ces serres. Il n’est donc pas question de mises à pied. «Pas pour le moment», précise-t-il. «Avec le problème de main-d’œuvre qu’on a actuellement, on n’a pas le loisir d’envoyer promener nos employés», fait-il valoir, «surtout qu’on est en phase de développement.»

Ces ventes feraient partie d’une stratégie de développement.

On sait qu’une deuxième phase de construction de serres à Saint-Étienne-des-Grès était toujours dans l’air lorsque Stéphane Roy était propriétaire. André Michaud ne peut dévoiler si ce projet est toujours dans les plans. «Les choix ne sont pas arrêtés», dit-il.

Toutefois, l’entreprise veut continuer sa production, en particulier la production de ses produits biologiques. «C’est quelque chose de fondamental pour nous», dit-il.

Notons que depuis le décès de M. Roy, une nouvelle présidente a été nommée à la tête de l’entreprise, Peggy Clermont, tandis que la direction générale est assumée par Caroline Dalpé.

Sagami-Savoura possède 32 hectares de serres en production, dont 11 en production biologique. «Demain matin, on ne peut pas tomber à 20», explique-t-il, «parce qu’on a des obligations à rencontrer», dit-il. «On est quand même le plus gros producteur de légumes en serres au Québec. On a des responsabilités en termes d’approvisionnement auprès des grandes chaînes, auprès des États-Unis aussi parce qu’on exporte une grosse partie de notre production bio vers l’Ontario et les États-Unis.»

«On ne peut pas diminuer la production. Soit qu’on réinvestit ailleurs ou sur le site ou qu’on prend entente avec les promoteurs qui vont acheter les serres. Tout est possible», explique le porte-parole.

Professeur d’économie à l’Université du Québec à Trois-Rivières, Frédéric Laurin explique que plusieurs hypothèses pourraient expliquer ce désir de Sagami-Savoura de vendre trois de ses 10 serres.

«Ça peut simplement être un besoin de liquidité», illustre-t-il. «Ils vont vendre ça à un autre propriétaire. Ils vont se faire des liquidités et ils vont garantir des contrats avec le nouveau propriétaire. Pour le nouveau propriétaire, c’est sans risques parce qu’on lui garantit un contrat.»

Autre hypothèse, si ce n’est pas un manque de liquidités, ça pourrait être qu’ils «veulent répartir leurs liquidités sur autre chose, sur du développement, par exemple», poursuit l’économiste. «S’ils ont des serres où toutes les technologies sont installées, tout a été payé par Savoura et un propriétaire privé arrive, ils peuvent allouer ça à d’autres développements. Ou ils ont peut-être de l’endettement qu’ils veulent réduire», dit-il.

Une autre hypothèse pouvant expliquer cette décision de vendre, «c’est qu’à partir du moment où une serre fonctionne bien, on peut donner ça à des sous-traitants», indique le professeur Laurin. «Quand l’entreprise grandit, ça fait beaucoup de divisions, beaucoup de serres. Plus l’entreprise grandit, plus ça commence à être compliqué», fait-il valoir. En faisant affaire avec un sous-traitant, ce dernier est «super incité à ce que cette serre-là fonctionne super bien. Il arrive aussi avec sa propre créativité, ses propres innovations, sa propre façon de voir les choses en fonction des conditions locales et il peut éventuellement trouver des contrats autres aussi», explique l’économiste.

«Le sous-traitant va travailler à satisfaire d’autres clients et ce travail-là vient satisfaire Savoura», résume-t-il.

Les serres du boulevard de la Gabelle sont à vendre pour 32 millions $. Elles ont été construites en 2007. Ce projet de vente n’était pas encore venu aux oreilles du maire de Saint-Étienne-des-Grès, Robert Landry, ni à celles de la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie lorsque Le Nouvelliste les a questionnés à ce sujet, mardi. Cette éventuelle transaction n’affecterait d’ailleurs pas la Régie, précise la porte-parole, Sylvie Gamache puisque la vente de biogaz à l’entreprise a été interrompue lorsque Savoura est passée aux mains de Stéphane Roy, il y a quelques années, rappelle-t-elle. La Régie, rappelons-le, vend désormais son biogaz à Énergir.

André Michaud assure toutefois que les rencontres avec la RGMRM, depuis l’achat des serres de Saint-Étienne-des-Grès, se sont toujours tenues «dans la transparence et avec des échanges extrêmement constructifs et ça va continuer», assure-t-il.