Chantal Perron dénonce le fait que son fils de 35 ans qui est paraplégique ne reçoive plus de soutien à domicile depuis trois mois, ce qui lui a causé une condition de santé chronique.
Chantal Perron dénonce le fait que son fils de 35 ans qui est paraplégique ne reçoive plus de soutien à domicile depuis trois mois, ce qui lui a causé une condition de santé chronique.

Trois mois sans services de soutien à domicile: une mère ne sait plus vers qui se tourner

Amélie Houle
Amélie Houle
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Depuis quelques semaines, le quotidien d’une mère de famille de la région consiste à faire des pieds et des mains pour tenter de joindre les services de soutien à domicile qui avaient l’habitude de prendre soin des plaies de son fils paraplégique, mais sans succès. Voir son fils souffrir davantage ou pire encore, le voir mourir en raison d’une plaie qui n’a pas été soignée et qui s’est infectée, c’est en effet ce que craint Chantal Perron depuis que son fils âgé de 35 ans ne reçoit plus l’aide des services de soutien à domicile dont il a besoin, et ce, depuis trois mois.

Toute cette histoire a débuté il y a trois mois, alors que le fils de Chantal Perron a reçu la visite d’une infirmière à son domicile comme à l’habitude, afin que cette dernière change ses pansements au niveau du fessier. La dernière rencontre ne s’est toutefois pas déroulée comme prévu. Une querelle aurait en effet éclaté entre les deux personnes, ce qui aurait alors mis le feu aux poudres.

«Puisque mon fils a le droit de prendre qu’une seule douche par semaine en raison de sa condition, il a une entente depuis longtemps avec le CLSC pour que l’infirmière qui se déplace à son domicile lui téléphone pour lui dire à quel moment elle va se présenter, pour qu’il puisse prendre une douche avant et qu’il soit prêt pour les pansements. Mais, cette journée-là, elle ne l’a pas appelé et je ne sais pas pourquoi. Quand elle est arrivée, mon fils lui a dit que pendant qu’elle allait préparer les pansements, ce qui dure environ 10 minutes, il allait aller prendre sa douche. Mais là, la chicane a pris et elle n’a pas voulu. Il lui a alors dit, t’es donc ben conne», raconte Mme Perron.

Depuis l’incident, ce qui va bientôt faire trois mois, l’aide des services à domicile ne se rend plus chez le jeune homme, au grand désarroi de sa mère qui estime que la condition de son fils s’est grandement empirée avec le temps.

«On nous répond du côté du soutien à domicile que mon fils aurait fait des menaces, mais ce n’est pas ce qu’il a fait. Je comprends qu’il puisse être un peu impulsif parfois, mais c’est déjà difficile pour lui d’accepter sa condition. Donc depuis la fin du mois de mai, ils ne vont plus changer ses pansements. Il n’a plus trop d’espoir pour la suite», soutient-elle.

Il y a une semaine, lors d’un rapide séjour à l’hôpital en raison d’une infection au niveau du fessier, le diagnostic est tombé pour le fils de Chantal Perron. Une ostéite chronique (une inflammation du tissu osseux causée le plus souvent par une infection bactérienne) au fessier qui s’étend jusqu’aux hanches, c’est ce avec quoi le jeune homme devra dorénavant vivre.

«Quand je l’ai amené à l’urgence la semaine dernière, l’hôpital nous a dit qu’il faisait une ostéite puisque ses pansements n’avaient pas été changés de façon quotidienne. Ce que cette condition va lui apporter, c’est encore plus de douleur et ce ne sera plus opérable», explique Mme Perron.

Des informations difficiles à obtenir

Au cours des dernières semaines, Chantal Perron a donc tout tenté afin de joindre une personne du côté des services de soutien à domicile afin de rétablir le service qui était jadis offert à son fils, chose qui a été plus complexe que prévu.

«J’ai sonné l’alarme la semaine dernière au soutien à domicile, mais on se renvoyait la balle. On me dit qu’il faudrait faire une autre demande et que c’est à mon fils de téléphoner, mais on ne sait pas à qui s’adresser pour refaire une demande», précise Mme Perron.

«Et lorsque mon fils est allé à l’hôpital, j’ai expliqué que le dossier était fermé pour le maintien à domicile et le médecin m’a dit qu’il allait faire une demande, mais elle a été refusée et c’est l’hôpital Saint-Joseph qui m’a appelée par la suite pour me demander de me déplacer avec mon fils pour qu’on puisse changer ses pansements et nous en donner d’autres pour que par la suite, il les change lui-même. Mais il n’est pas capable en raison de sa condition et en plus, il a de la difficulté à embarquer dans mon véhicule et il peut être en position assise que pendant une heure par jour. C’est donc impossible pour lui de se déplacer pour faire changer ses pansements. Ce que je comprends de la situation, c’est que même le centre hospitalier ne sait plus quoi faire parce que la situation de mon fils a trop progressé puisqu’il n’a pas eu de suivi pour ses plaies.»

Après plusieurs tentatives, Mme Perron a finalement pu joindre une personne en mesure de répondre à ses questions. Cette dernière ne s’est toutefois pas montrée réceptive à la demande de la dame.

«J’ai réussi à joindre la chef des services infirmiers aux services de soutien à domicile, mais elle est complètement fermée et se montre indifférente à notre situation. Elle m’a dit que mon fils était capable de se déplacer à l’hôpital Saint-Joseph pour recevoir des soins même si ce n’est pas le cas, et que mon fils ne répondait pas aux critères pour les soins à domicile. Elle m’a aussi dit que ses réponses ne me conviendraient pas et qu’elle ne pouvait plus rien faire de plus et que si je n’étais pas contente, que je devais faire appel au commissaire aux plaintes», déplore la dame.

Réaction du CIUSSS MCQ

Du côté du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ), bien qu’on ne peut commenter un cas précis comme celui du fils de Mme Perron, on rappelle que certains comportements sont attendus de l’usager pour assurer le bon déroulement du soin, de la sécurité des intervenants et du respect du plan de traitement, tels qu’être poli envers les intervenants et d’offrir un milieu exempt de toute forme de violence.

«Le non-respect des valeurs et du code d’éthique du CIUSSS MCQ est pris très au sérieux, particulièrement lorsqu’il compromet la sécurité du personnel. Ainsi, dans le cas où un ou plusieurs de ces critères ne seraient pas respectés, les intervenants font d’abord des rappels à l’usager sur place. Si des comportements à l’encontre des règles se produisent à plusieurs reprises, une analyse de la situation est faite et un avis lui est adressé, au téléphone ou encore par écrit. Une rencontre multidisciplinaire ou la contribution du comité d’éthique peut être requise dans certaines situations complexes. Si les comportements se poursuivent de façon répétée sans amélioration notable et que d’autres services alternatifs peuvent être offerts, le CIUSSS MCQ peut prendre la décision de mettre un terme aux services de soutien à domicile», explique Kellie Forand, agente d’information au CIUSSS MCQ.

Dans de pareils cas, on assure toutefois du côté de l’établissement de santé offrir des solutions alternatives.

«Par contre, dans les cas où on décide de mettre fin à un épisode de services, on fait une proposition de services alternatifs, par exemple des soins dispensés dans une de nos installations, en CLSC ou autres. Et à la terminaison des soins à domicile, on fait le pont avec ces ressources-là pour la prise en charge. Et dans le cas où la personne aurait besoin de transport, on la met en parallèle avec les services de transport ou des taxis adaptés», soutient-elle.

Mais une fois que le service est retiré à un usager, est-il possible d’y avoir de nouveau accès par la suite? À cette question, Mme Forand explique que dans certaines circonstances, c’est chose possible.

«Une fois que la terminaison de services est faite et que la personne est réorientée, si la situation le requiert et que la personne est encore visée par des services de soutien à domicile, elle peut refaire une demande. Mais évidemment qu’on va analyser à la fois si le besoin est présent et voir si les conditions peuvent être à nouveau remplies. Mais il faut savoir que quand on parle d’incapacité physique, par exemple la mobilité, si on offre des services à une personne en soutien à domicile et que sa condition change, on pourrait quand même poursuivre, car il est quand même dans ce service-là, mais une fois qu’on termine, si à la suite on ne répond plus aux critères, c’est plus difficile d’y avoir accès à nouveau. Mais bref, tant qu’on répond aux critères, oui, il y a une possibilité de refaire une demande de services», précise-t-elle.

En cas de refus, le dernier recours pour l’usager reste toutefois de faire appel au commissaire aux plaintes, explique-t-on.