En moyenne, sur 12 mois, les femmes qui gagnent leur vie dans des bars érotiques subissent cinq gestes de violence physique mineure et 2,4 gestes de violence physique sévère (coup de poing, violence armée). Elles disent subir des épisodes de violence psychologique plus fréquemment et des actes de violence sexuelle moins souvent.

Taux alarmant de violence conjugale chez les danseuses érotiques

SAGUENAY — Les femmes qui gagnent leur vie dans des bars érotiques vivent des situations de violence conjugale dans des proportions inquiétantes, selon une étude qui a été présentée jeudi matin au congrès de l’ACFAS. Pas moins de 38 % disent avoir subi de la violence physique de la part de leur conjoint au cours de la dernière année, 34 % ont vécu des violences sexuelles et le taux monte à 86 % pour la violence psychologique. Fait étonnant, elles sont encore plus nombreuses à se dire elles-mêmes violentes envers leur partenaire.

«Les taux sont vraiment alarmants, tant pour la violence subie que pour celle qu’elles ont perpétrée», a commenté l’auteure de l’étude, Sabrina Bédard, doctorante en psychologie à l’UQAC. Pour recueillir ses données, Mme Bédard a recruté 50 danseuses érotiques dans diverses villes du Québec, en se rendant directement dans les bars où elles travaillent, et a mené des entrevues semi-structurées d’une trentaine de minutes avec chacune (hors de leur lieu de travail). Ces femmes devaient être âgées d’au moins 18 ans et être en couple avec un partenaire «non commercial», qui ne la paie pas pour des services sexuels, depuis au moins trois mois.

En moyenne, sur 12 mois, elles subissent cinq gestes de violence physique mineure (tirer les cheveux, tordre un bras, etc.) et 2,4 gestes de violence physique sévère (coup de poing, violence armée). Elles disent subir des épisodes de violence psychologique plus fréquemment (30 fois par année) et des actes de violence sexuelle moins souvent (3 fois).

Cependant, a trouvé Mme Bédard, elles sont encore plus nombreuses à dire qu’elles posent elles-mêmes des gestes violents envers leur partenaire. «De manière générale, la violence conjugale est souvent une dynamique complexe où ce n’est pas toujours le même partenaire qui est la victime et le même qui est l’agresseur. […] Il faut quand même garder en tête qu’on ne sait pas pourquoi elles ont posé ces gestes de violence là. Est-ce que c’est une tentative de reprendre un peu de pouvoir à la suite des taux très élevés de victimisation qu’elles subissent dans leur milieu de travail [chose que Mme Bédard a démontrée dans une autre étude], est-ce que c’est de l’autodéfense, est-ce que c’est autre chose? Ça va prendre d’autres études pour répondre à ça», dit la jeune chercheuse.

Il reste tout de même que pas moins de 92 % d’entre elles disent avoir été violentes psychologiquement avec leur conjoint au cours des 12 derniers mois, et 52 % à avouer des gestes de violence physique — la violence sexuelle est à 26 %. «Et ces écarts demeurent même quand on contrôle pour la sévérité des gestes posés», observe Mme Bédard : les danseuses commettent en moyenne plus de violence mineure et sévère, en moyenne, qu’elles n’en subissent. Par exemple, elles commettent de la violence psychologique grave 9 fois par année et en subissent 6,2 fois.

Violence minimisée

Comme Mme Bédard n’a interviewé que les femmes et pas leurs conjoints, il n’est pas impossible que leurs réponses soient un brin biaisées, admet-elle. Les femmes violentées ont parfois tendance à culpabiliser, à croire que c’est leur faute si elles sont battues. D’ailleurs, Mme Bédard a trouvé que ces danseuses érotiques semblent avoir un peu de mal à reconnaître la violence qu’elles subissent : dans une étude antérieure, elle a constaté que la manière d’aborder la question avait un gros effet sur les résultats. Quand elle posait une question ouverte (êtes-vous la cible de violence sur votre lieu de travail?), les danseuses étaient 30 % à répondre par l’affirmative. Mais quand elles se voyaient remettre une liste de gestes précis, alors le taux de violence au travail doublait, littéralement. Il existe donc une possibilité pour qu’elles aient surestimé leur propre violence et minimisé celle qu’elles subissent.

«C’est une hypothèse valide, commente Mme Bédard. C’est d’ailleurs une limite de notre étude : on n’a interviewé que les femmes et on n’a aucune donnée provenant des conjoints.» Mais ce n’est pour l’heure rien de plus qu’une hypothèse sans preuve…