Tarif d’électricité préférentiel: premier électrochoc pour la production en serre

La crise de la COVID-19 a mis en évidence l’importance de l’autonomie alimentaire. Le gouvernement Legault et Hydro-Québec proposent de réduire de près de moitié le tarif d’électricité des producteurs de fruits et légumes en serre. Premier pas vers l’objectif de doubler la production québécoise en serre en cinq ans.

La Régie de l’énergie étudiera une demande de diminution de 10 ¢ à 5,59 ¢ du tarif moyen payé du kilowattheure par les serristes québécois. Déjà appliqué aux 10 plus grands producteurs, ce tarif préférentiel, qui inclut le chauffage, s’étendrait à 1000 installations, soit plus de 90 % des serres au Québec.

«S’il est adopté, ce tarif permettra une réduction de 40 % de leurs dépenses d’énergie, énergie qui représente entre 25 % et 30 % des coûts de production des serres au Québec», a affirmé le ministre québécois de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, en conférence de presse vendredi.

Comme ce tarif existe déjà, qu’on ne demande qu’à élargir son accès devrait accélérer l’étude du dossier, selon le ministre Julien, soulignant toutefois l’indépendance de la Régie. Aucune garantie, donc, que ce tarif soit en vigueur l’hiver prochain.

M. Julien parle d’«un terreau fertile» et du «premier de plusieurs jalons qui vont permettre d’atteindre cet objectif audacieux» de doubler la production en serre de fruits et de légumes au Québec.

Le Québec produit en ce moment de 40 000 à 45 000 tonnes de fruits et légumes par année. L’objectif est d’atteindre 80 000 à 90 000 tonnes d’ici 2025.

«C’est très réaliste. On pourrait même dépasser ça», assure le président de l’Association des producteurs en serre du Québec, André Mousseau, participant à l’annonce réalisée dans la nouvelle agora de l’Assemblée nationale.

«À l’heure actuelle, on est 30 % autosuffisants dans la production de légumes au Québec. On pourrait facilement augmenter sans déranger personne. Et on a un marché d’exportation près de chez nous qui est très important. Même chose dans notre culture ornementale. On faisait de la fleur coupée il n’y a pas 20 ans, on pourrait en faire encore aujourd’hui. On pourrait faire davantage de potée fleurie. Le marché est là, le marché le demande. Tout ce qu’il faut, c’est de le produire à prix compétitifs», explique M. Mousseau.

Chez Hydro-Québec, on prédit que les serristes tripleront ainsi leur consommation d’électricité. Au lieu d’un manque à gagner provoqué par la baisse de tarif, on s’attend à terme à plus de revenus, selon le président d’Hydro-Québec Distribution, Éric Filion.

«Toute la croissance au niveau de la conversion du propane vers l’électricité, du mazout vers l’électricité, entre autres, va nous amener des revenus additionnels», explique M. Filion, illustrant que de tripler la consommation de ce secteur se compare à l’ajout de 25 000 ménages.

Cette conversion aura aussi un coût pour les producteurs, rappelle M. Mousseau. Le ministre Julien reconnaît que des programmes d’aide déjà existants comme Technoclimat et Chauffez vert devront être adaptés à la réalité des producteurs en serre.