Yves «Colosse» Plamondon lors de sa comparution en 1985

Sur les traces de «Colosse»

Un illettré. Un chef de gang. Un homme de famille. Un criminel violent. Un amoureux des animaux. Qui est Yves «Colosse» Plamondon?

Yves Plamondon est né le 8 août 1950 dans une famille pauvre du quartier Saint-Sauveur dans la basse-ville de Québec, fils d’un père débardeur au port de Québec et d’une mère au foyer.

Avec ses deux frères et ses deux sœurs, il aura une enfance qu’il qualifie d’heureuse et normale.

Le jeune Yves n’aime pas l’école. Selon ses souvenirs, le professeur l’installait au fond de la classe et ne s’occupait plus de lui. Il accumule les difficultés d’apprentissage et quitte l’école en quatrième année. Encore aujourd’hui, à 69 ans, Plamondon ne sait ni lire ni écrire. Son analphabétisme est une source de gêne pour lui, note le psychiatre.

Yves Plamondon est embauché comme messager dans une épicerie puis fait des travaux au port de Québec pour son parrain contremaître. Il dit avoir aussi été portier et serveur dans un bar de danseuses.

Mais essentiellement, il va gagner sa vie avec ses crimes.

Amateur de voiture

À l’âge de 13 ans, Plamondon commet ses premiers vols. L’ex-détenu affirme qu’il volait des voitures parce qu’il aimait la conduite automobile. À 17 ans, il reçoit sa première peine fédérale de deux ans. 

Au début des années 1970, Plamondon et deux complices masqués et armés entrent dans une banque, ordonnent au personnel de se coucher au sol et partent avec le contenu des caisses. Ils seront rattrapés par les policiers après une courte poursuite. Plamondon est condamné à cinq ans et huit mois de prison.

En 1977, Plamondon est pris en train d’essayer d’ouvrir le coffre-fort d’un laboratoire de biologie de Loretteville avec deux complices. Ce crime lui vaut neuf mois de prison.

À cette époque, les policiers considèrent Yves Plamondon comme un individu dangereux et violent, qui pourrait s’en prendre aux agents.

C’est aussi durant cette période que Plamondon se voit attribuer son surnom de «Colosse». Il s’entraînait à la boxe et aurait gagné un concours de force, raconte-t-il. Lorsqu’on lui pose la question, Plamondon répond que ce surnom lui déplaît.

Plamondon passera plusieurs périodes en prison durant les années 1980, jusqu’à son arrestation, en septembre 1985, pour les meurtres de Claude Simard, Denis Ouellet et Armand Sanschagrin.

Il était connu comme un vendeur de stupéfiants, mais dit n’avoir jamais été un consommateur. Plamondon admet avoir fréquenté le clan Dubois de Mont­réal, mais nie tout contact avec les Hells Angels.

Maître de l’évasion

Plamondon a très souvent tenté et plus rarement réussi à s’évader. En 1973, il scie les barreaux de sa cellule. En 1981, il tente de s’évader par une fenêtre.

En 1985, il essaie de s’évader du palais de justice de Québec.

Un an plus tard, il réussira son évasion, avec d’autres détenus, par les égouts de l’établissement de Laval. La même année, Plamondon est soupçonné d’organiser une évasion par hélicoptère. En 1987, Plamondon et trois autres détenus coupent les mailles d’une clôture.

Les tentatives et les complots d’évasion, impliquant parfois des armes et de la dynamite, se poursuivent jusqu’en 1995, notamment au pénitencier de Donnacona. Plamondon sera soupçonné d’avoir commandé deux meurtres de codétenus qui en savaient trop sur les complots. Il ne sera pas accusé.

La prison «sous les bras»

Les rapports carcéraux du début des années 1990 décrivent Yves Plamondon comme une personne violente, qui menaçait régulièrement les agents correctionnels et avait instauré un climat de tension à l’intérieur des murs. Il avait la prison «sous les bras», dit-on. Dans sa rencontre avec le psychiatre Joel Watts, Plamondon nie avoir eu une telle influence.

Plamondon a souvent été transféré d’établissement carcéral en raison de craintes pour la sécurité. En 1992, des détenus font une émeute parce que Plamondon a été placé en isolement.

Le comportement de Colosse s’est beaucoup adouci après 2002. Il était devenu responsable des sports puis aidant pour les détenus handicapés.

Lorsque le psychiatre Watts lui demande s’il regrette certains crimes, Plamondon répond «j’accepte mes gestes».

L’ex-détenu soutient avoir été victime d’un complot des policiers de Québec, qui, avec les meurtres, ont trouvé un moyen de le coffrer et de stopper son trafic de stupéfiants.

Plamondon a longtemps souffert d’une leucémie. Il est en rémission depuis 2011.

Yves Plamondon a eu plusieurs conjointes. Il a eu une fille, qui a aujourd’hui 34 ans. Il n’a eu que peu de contact avec elle. Il est également grand-père.

Yves Plamondon en 2019

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AUCUN DOMMAGE PSYCHIATRIQUE, CONCLUT L'EXPERT

Yves Plamondon aurait passé une grande partie de sa vie en prison même s’il n’avait pas été condamné pour trois meurtres en 1986. C’est l’avis du psychiatre Dr Joel Watts, qui écarte tout dommages psychiatriques en lien avec l’incarcération de «Colosse» pendant 28 ans.

Le Dr Joel Watts a témoigné comme psychiatre-expert au procès de Luka Rocco Magnotta (pour la défense) et de Richard Henry Bain (pour la Couronne).

À la demande de la Procureure générale du Québec, il a rencontré Yves Plamondon durant environ six heures en décembre 2016. Le psychiatre avait pour mandat d’évaluer si Plamondon a subi des dommages psychiatriques ou psychologiques en raison de sa longue incarcération après la condamnation pour trois meurtres qu’il dit n’avoir jamais commis.

Au moment de l’expertise, Plamondon était détenu en attente de son procès pour un cambriolage dans une caisse populaire. 

Les rencontres sont cordiales. Plamondon est collaborateur et ne cherche pas à contrôler l’entrevue. 

En plus des entrevues, le psychiatre s’est aussi basé sur les rapports carcéraux ainsi que sur une évaluation psychologique de Plamondon datant de 2012.

Dans son rapport, le psychiatre Watts brosse d’abord un long portrait de Yves Plamondon (voir autre texte).

Personnalité antisociale

Il en arrive à quelques diagnostics. Selon le Dr Watts, Yves Plamondon présente certains troubles neurocognitifs, des éléments de personnalité narcissique et un trouble de personnalité antisociale. 

Selon les tests, M. Plamondon ne se qualifie pas comme un individu psychopathe. «Son score indique quand même qu’il reste encore de sérieux problèmes au niveau de sa personnalité en lien avec la psychopathie», note le psychiatre.

Le Dr Watts considère qu’aucun des problèmes psychiatriques identifiés n’est en lien avec la période d’incarcération de 28 ans.

«Les troubles de personnalité étaient bien présents chez lui avant l’incarcération pour les trois meurtres, témoigne le psychiatre. À mon avis, il y a de fortes chances que M. Plamondon aurait passé des périodes significatives de sa vie en prison même s’il n’avait pas été condamné pour les trois meurtres.»

Le psychiatre ne nie pas que Plamondon ait pu subir des dommages (non psychiatriques) en raison de sa privation de liberté, par exemple sur sa vie familiale. 

Mais le psychiatre souligne qu’à son avis, les années de prison n’ont pas été seulement noires pour Plamondon.

«Monsieur a également montré durant plusieurs de ces années une fierté lie à son statut à l’intérieur des murs de la prison, soit celui de caïd ou de chef de son gang. Même si monsieur dit avoir été gêné par son statut de meurtrier condamné, il est aussi plausible que monsieur ait pu profiter de ce statut qui a certainement ajouté à son autorité à l’intérieur des murs et qui lui a possiblement même permis un certain statut « d’intouchable » à l’intérieur de la hiérarchie pénitentiaire.» Isabelle Mathieu