«Amnistie internationale et La Ligue des droits et libertés veulent rappeler l’importance d’éviter que la répression et les violations de droits qui se sont produites lors des grands sommets, tel que le Sommet des Amériques à Québec en 2001, ne se reproduisent lors du Sommet du G7.

Sommet du G7: les libertés civiles sous haute surveillance

La Ligue des droits et libertés et Amnistie internationale unissent leurs ressources pour envoyer des observateurs dans le cadre des activités entourant le Sommet du G7 qui réunira les délégations des puissances politico-économiques à La Malbaie les 8 et 9 juin. Elles craignent des nouveaux accrocs aux droits fondamentaux, notamment durant d’éventuelles manifestations.

«Nous allons de l’avant […] pour une mission d’observation des libertés civiles en marge du Sommet du G7 à La Malbaie», nous écrit la responsable des communications de la branche canadienne francophone d’Amnistie, Anne Sainte-Marie. Dans une convocation de presse, elle ajoute : «Amnistie internationale et La Ligue des droits et libertés veulent rappeler l’importance d’éviter que la répression et les violations de droits qui se sont produites lors des grands sommets tels que le Sommet des Amériques à Québec [2001], le Sommet de Montebello [2007] et le Sommet du G20 à Toronto [2010], ne se reproduisent lors du Sommet du G7.»

Les deux organisations réputées invitent donc les médias mercredi à Montréal pour l’annonce officielle de leur démarche. On sait néanmoins déjà que les politiques seront interpellés. «[Amnistie internationale et la Ligue des droits et libertés] présenteront les leçons qu’elles tirent du déroulement d’événements similaires et interpelleront les ministres de la Sécurité publique au niveau fédéral et provincial pour qu’ils agissent dès maintenant pour assurer le respect des droits et libertés lors du G7».

Accès au centre de détention

Lors du dernier grand événement du genre à Québec en 2001, la Ligue et ses partenaires internationaux avaient eu accès au centre de détention de Québec et avaient pu circuler librement dans le périmètre de sécurité. Le Comité de surveillance comptait une quinzaine de membres qui devaient demeurer impartiaux.

«Le Comité de surveillance entretenait des liens d’échange d’informations, avec un groupe d’avocats, composé de criminalistes et d’avocats spécialisés en immigration constitués en Comité de défense légale», lit-on dans un rapport bilan produit en juin 2001.

Parmi les conclusions du document : «En érigeant et en contrôlant de façon militaire un périmètre de sécurité aussi étendu, les autorités ont-elles porté atteinte à la liberté d’expression et de réunion pacifique? En employant de façon massive et indiscriminée diverses armes, gaz, balles de plastique, canon à eau, chiens et autres, les autorités ont-elles porté atteinte à la liberté d’expression et de réunion pacifique? La réponse à ces questions est oui.»

Autres violations dénoncées à l’époque : non-respect du droit de prévenir ses proches; non-respect du droit de recourir sans délai à l’assistance de l’avocat de son choix; non-respect du droit d’être informé sans délai des motifs de l’arrestation et de l’infraction précise qu’on lui reproche; non-respect du droit de comparaître rapidement devant un juge; non-respect du droit pour une personne détenue ou arrêtée d’être traitée avec humanité et avec le respect dû à la personne humaine…

«Eu égard à l’ampleur de la violation des droits fondamentaux», la Ligue avait notamment exigé réparation pour toutes les personnes touchées, l’abandon de toutes les procédures judiciaires ainsi qu’une enquête internationale.

Le G7 regroupe le Canada, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni et les États-Unis.

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OUBLIEZ AIRBNB À LA MALBAIE!

Vous pensiez réserver via une plateforme Web du type Airbnb une chambre, un appartement voire une maison dans le vaste périmètre de sécurité instauré à La Malbaie durant le Sommet du G7 de juin? Une façon d’être au cœur de l’action, peut-être pour manifester… Les forces de l’ordre y ont aussi pensé! 

Aucun «touriste» ne pourra obtenir d’accréditation, ne pourra passer les points de contrôle, même en brandissant une réservation. 

Bien sûr, il fallait d’emblée oublier un séjour dans la «zone rouge»; ceinturée d’une clôture, elle enveloppe le Manoir Richelieu et le golf voisin. Mais il restait les centaines de résidences de la «zone verte», un territoire surveillé, mais qui ne sera pas totalement fermé physiquement, à l’exception d’une paroi érigée près du Musée de Charlevoix où un terrain est dédié aux manifestations.

Les espoirs des aventureux s’évaporent

Les espoirs des plus aventureux qui se voyaient déjà vivre le Sommet du G7 de près viennent de s’évaporer. «Seules les personnes accréditées dans le cadre du Sommet pourront accéder aux logements situés dans la zone de circulation restreinte (verte). La clientèle touristique ou sans accréditation se verra refuser l’accès à la zone», tranche Jessica Seguin, porte-parole Bureau de gestion des sommets chez Affaires mondiales Canada.

«À partir du 4 juin, les badges d’accréditation seront requis afin d’avoir accès à la zone de circulation restreinte [verte]», ajoute-t-elle. «Le retour à la normale est prévu pour le 10 juin.»

«Toute personne ayant besoin d’accéder aux zones “contrôlées” [rouge] et “de circulation restreinte” [verte] devra compléter le processus d’accréditation et obtenir un badge. Cela comprend les délégués, les fournisseurs, les employés du gouvernement, le personnel de sécurité, les membres des médias et les résidents de La Malbaie [ou d’autres régions] qui ont besoin d’accéder à ces zones.»

Au fait, Mme Seguin, pourquoi avoir pris cette décision interdisant les locations touristiques via les plateformes Web? Des groupes voulaient louer ces habitations Airbnb pour manifester?

«Le droit de manifester pacifiquement est garanti par la Charte canadienne des droits et libertés», convient-elle. Mais il y a des enjeux sécuritaires :

«La GRC respecte et protège ce droit et les opérations de sécurité sont menées dans le souci de maintenir un équilibre entre les droits et libertés individuels et la nécessité de préserver la sécurité publique et l’ordre.»