Justin Trudeau a déclaré que le rapport McLellan sur SNC-Lavalin ne serait pas rendu public tant que le commissaire fédéral à l'éthique n'aura pas publié son propre rapport sur cette affaire explosive qui a secoué le gouvernement libéral l'hiver dernier.

SNC-Lavalin: Trudeau retient le dévoilement d'un rapport

TORONTO — Justin Trudeau dit avoir reçu un «excellent» rapport de l'ancienne ministre libérale Anne McLellan autour de l'affaire SNC-Lavalin.

Mais le premier ministre a déclaré que ce rapport ne serait pas rendu public tant que le commissaire fédéral à l'éthique n'aura pas publié son propre rapport sur cette affaire explosive qui a secoué le gouvernement libéral l'hiver dernier.

Le bureau du commissaire à l'éthique Mario Dion ne commentera pas l'évolution de l'enquête en cours, mais des responsables libéraux s'attendent à ce que ce rapport soit publié au début du mois de septembre, au moment même où la campagne électorale passera à la vitesse grand V. Le scrutin fédéral doit avoir lieu le lundi 21 octobre.

Le chef libéral espère probablement atténuer l'impact d'un rapport potentiellement préjudiciable du commissaire à l'éthique en publiant au même moment l'«excellent» rapport de Mme McLellan.

M. Trudeau a nommé cette ancienne ministre de Jean Chrétien et de Paul Martin pour se pencher sur des questions qui découlent de l'affaire SNC-Lavalin — notamment pour déterminer si on ne devrait pas séparer au cabinet les rôles de ministre de la Justice et de procureur général, indissociables depuis la naissance de la fédération.

«Nous allons partager le rapport, les recommandations qu'Ann McLellan m'a données pour le rôle de ministre de la Justice et procureur général en même temps que le commissaire à l'éthique sort son rapport sur les enjeux en question», a indiqué M. Trudeau en conférence de presse à Toronto, mardi matin.

Alors qu'elle occupait ces deux fonctions de ministre de la Justice et de procureure générale, l'an dernier, Jody Wilson-Raybould aurait subi des pressions du cabinet du premier ministre pour que le Service des poursuites pénales conclue un accord de poursuite suspendue avec SNC-Lavalin, accusée de fraude et de corruption. Cet accord, prévu par la loi, aurait permis au géant montréalais de l'ingénierie d'éviter un procès, moyennant aveux et réparations. L'entreprise aurait surtout évité d'être bannie temporairement de tous les appels d'offres des gouvernements — et l'avanie à l'échelle internationale.

SNC-Lavalin a été formellement citée à procès le 29 mai dernier et elle a choisi le mois suivant de subir son procès devant juge seul. L'affaire reviendra en cour le 20 septembre.

Analyse indépendante?

Mme McLellan devait faire rapport à M. Trudeau au plus tard le 30 juin. Dans un communiqué, mardi, la chef adjointe des conservateurs, Lisa Raitt, s'est demandé pourquoi M. Trudeau n'avait pas encore publié les recommandations de l'ex-ministre. Selon Mme Raitt, cela démontre «jusqu'où sont prêts à aller les libéraux pour camoufler la vérité».

Interrogé à ce sujet, plus tard mardi à Toronto, M. Trudeau a indiqué qu'il avait remis le rapport McLellan au commissaire Dion.

Les libéraux, a-t-il dit, reconnaissent l'importance d'examiner les rôles éventuellement incompatibles joués par un ministre de la Justice, impliqué dans les décisions politiques du gouvernement, et par le procureur général, qui doit exercer un jugement indépendant et non partisan sur les poursuites criminelles.

«C'est pourquoi nous avons été très heureux de recevoir un excellent rapport rédigé par Anne McLellan, a-t-il dit. Nous avons remis ce rapport au commissaire à l'éthique afin de lui permettre de terminer sa propre enquête. Nous le publierons en même temps que le commissaire à l'éthique publiera le sien.»

Mme Raitt refuse par ailleurs de croire qu'Anne McLellan était «indépendante» dans son analyse, soulignant qu'au moment de sa nomination, elle devait être la vedette d'une activité de financement du Parti libéral du Canada.

M. Trudeau avait également chargé Mme McLellan d'analyser «les politiques et pratiques opérationnelles en vigueur au sein du conseil des ministres ainsi que le rôle du personnel politique et des fonctionnaires dans leurs échanges avec le ministre de la Justice et procureur général du Canada».