Carole Dumont avec l’urne de Nala, ce yorkshire miniature qui a succombé à l’attaque d’un pitbull, le 25 avril à Shawinigan.
Carole Dumont avec l’urne de Nala, ce yorkshire miniature qui a succombé à l’attaque d’un pitbull, le 25 avril à Shawinigan.

Shawinigan ordonne l’euthanasie du pitbull Bloody

Shawinigan — Le conseil municipal de Shawinigan a tranché: Bloody devra être euthanasié. Le pitbull qui a mortellement attaqué un yorkshire miniature, le 25 avril à Shawinigan, affiche un risque de dangerosité modéré envers l’humain et élevé envers les autres animaux, selon deux vétérinaires.

La résolution a été adoptée en séance extraordinaire par les élus, en fin d’après-midi lundi. Elle demande précisément à Debrah Auger, propriétaire du pitbull, de faire euthanasier Bloody et de produire au Service du greffe et des affaires juridiques de la Ville un certificat du vétérinaire attestant cette opération, le tout dans un délai de cinq jours à compter de la signification de cette ordonnance. Or, il ne faudra visiblement pas compter sur la collaboration de Mme Auger sur ce plan.

«Je conseille au conseil de s’amener des bras!», défie-t-elle. 


« Ça va prendre l’armée et la GRC pour entrer ici. Je vais prendre tous les moyens pour garder ma chienne. »
Debrah Auger, propriétaire du pitbull

Plutôt agitée lors du passage du Nouvelliste en début de soirée lundi, Mme Auger semble bouleversée par cette histoire qui alimente les discussions dans ce quartier populaire.

«Je pense que je suis encore plus troublée qu’elles», se défend-elle, en faisant référence aux victimes.

Rappelons que le 25 avril, Carole Dumont et sa fille Kayla marchaient avec Nala dans cette ruelle située au centre du quadrilatère formé par les avenues Defond et Cloutier et les rues Cartier et Saint-Paul. Le pitbull a brisé sa laisse pour s’attaquer au yorkshire, qui y a laissé sa peau. Kayla Dumont a subi de graves blessures à un pouce, à l’avant-bras et aux genoux en tentant de sauver son minuscule animal de compagnie.

Les élus ont été saisis de cette histoire et ils ont utilisé une disposition du Règlement d’application de la loi visant à favoriser la protection des personnes par la mise en place d’un encadrement concernant les chiens pour signifier leur intention de déclarer l’agresseur potentiellement dangereux. Mme Auger devait présenter ses observations par écrit cinq jours après la signification du préavis d’ordonnance, le 14 mai.

Kayla Dumont a subi de graves blessures en tentant de défendre son chien.

Ces commentaires sont finalement arrivés le 22 mai. Mme Auger prétendait simplement que Mme Dumont et sa mère avaient pris la peine de vérifier auprès d’une amie si elle se trouvait à l’extérieur avec son pitbull et ses chiots avant de prendre leur marche. Dans son esprit, les deux femmes savaient que son chien se trouvait à l’extérieur, mais elles ont quand même décidé d’emprunter la ruelle.

La propriétaire a également fourni un rapport d’évaluation de deux vétérinaires de la Société protectrice des animaux de la Mauricie, daté du 5 mai 2020. Selon leurs observations, Bloody représente un risque de dangerosité de 5/10 envers un être humain, donc un degré modéré. À l’égard des autres animaux toutefois, cet indice grimpe à 8/10, ce qui constitue un risque élevé.

Les deux vétérinaires recommandaient aussi des conditions de garde maximales, dont le port d’une muselière en tout temps sur la voie publique et lorsqu’il est attaché à l’extérieur. Le port d’un harnais ou d’un licou pour la promenade était aussi fortement suggéré.

Mme Auger se prétendait prête à rencontrer ces conditions, mais le conseil municipal estime le risque trop important pour la population. Si la propriétaire refuse de faire euthanasier son pitbull, la SPA de la Mauricie s’en occupera elle-même.

«Le conseil s’est fié aux recommandations des deux vétérinaires», explique le maire, Michel Angers. «Le chien a une chance sur deux de refaire la même chose avec un humain et huit chances sur dix avec un autre animal. C’est ce qui a motivé le conseil municipal à prendre cette décision.»

Les élus ont noté les mesures de sécurité que comptait prendre Mme Auger, mais le risque demeurait trop important, estime le maire.

«Personne ne trouve ça le fun de prendre cette décision», précise M. Angers. «C’est pourquoi nous avons demandé à des spécialistes. C’est ce qui a guidé notre décision, mais personne n’aime ça. Le gouvernement a mis ça dans nos pattes. Nous devons donc assumer nos responsabilités et nous devons assurer la santé de la communauté.»

Émotion

Mise au courant de la décision du conseil municipal, Carole Dumont a éclaté en sanglots, visiblement soulagée. Sa fille, qui n’a pu être jointe lundi, conserve de graves séquelles physiques un mois après cette attaque. Elle demeure incapable de plier son pouce droit. Elle ne peut travailler pour le moment.

«Mon doux Seigneur merci, mille mercis!», s’exclame Mme Dumont. «C’est rendu que j’ai peur de me promener. Quand je sors l’autre chienne de ma fille, je vais derrière le Walmart pour avoir la paix. Les policiers m’ont avertie de ne plus passer dans cette ruelle, mais c’est quand même un endroit public.»

Sandy Thériault a organisé une campagne de sociofinancement pour aider Kayla à défrayer les frais de crémation du petit animal, qui s’élèvent à près de 400 $.

«Ma sœur n’a pas beaucoup de sous et je ne pense pas que la propriétaire du pitbull va la dédommager», fait-elle remarquer.