La vice-présidente de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), Lucie Longchamps, accompagnée de la porte-parole et représentante des RSG de la CSN, Karine Morisseau, lors de la conférence de presse organisée vendredi à Gatineau. 

Services de garde en milieu familial au Québec: une grève d'une demi-journée le 28 février [VIDÉO]

Accusant le gouvernement de vouloir «volontairement fragiliser le réseau», les quelque 3000 responsables de services de garde (RSG) en milieu familial affiliés à la CSN à travers le Québec passent de la parole aux actes et organisent une demi-journée de grève le 28 février.

À moins d’un revirement de situation, les parents des enfants qui fréquentent ces services de garde répartis dans 13 régions de la province devront donc contraints de se trouver un plan B de 7h à 12h vendredi prochain. Uniquement en Outaouais, un total de 194 points de service représentés par trois bureaux coordonnateurs (CPE des Premiers Pas, L’Éveil de la nature et de la Petite-Nation) seront touchés par ce débrayage qui vise entre autres à dénoncer les offres de hausses salariales de 6,5% sur cinq ans du gouvernement Legault, «un taux en deçà de l’inflation». 

Le syndicat, qui exige «minimalement» des augmentations de 10%, a indiqué lors d’un point de presse à Gatineau que les RSG se sont prononcées en faveur de la grève dans une proportion de 93%, «mais pas de gaieté de coeur». 

«Demander un moyen de grève quand on est responsable de garde en milieu familial et éducatif, ce n’est pas facile. On développe des liens importants avec nos clients, c’est un lien d’attachement, qui nous lie à une continuité pendant plusieurs années, alors d’arriver avec un constat comme celui d’aujourd’hui, je peux vous avouer que ce n’est pas simple. On est au terme d’une tournée de trois semaines d’assemblées générales où on a pu constater que des femmes qui trouvent que les offres du ministère sont aberrantes, décourageantes», a lancé la porte-parole et représentante des RSG de la CSN, Karine Morisseau. 

Alors qu’une RSG sur cinq a choisi d’abandonner la profession ces dernières années, selon le syndicat, on craint que la situation ne se dégrade encore plus dans le futur si les conditions de travail ne s’améliorent pas. 

«On doit se rappeler que pour chaque fermeture, ce n’est pas simplement une femme qui se dirige vers une autre profession ou qui prend une retraite prématurée, c’est six enfants qui perdent une place de qualité dans un réseau qui fait la joie et la fierté du Québec», de renchérir la vice-présidente de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), Lucie Longchamps. 

Selon la partie syndicale, le salaire d’une RSG équivaut à peu près au salaire minimum (12,50$ l’heure) après soustraction des dépenses annuelles telles que l’alimentation. Or, on aimerait que leur rémunération soit équivalente au premier échelon accordé à une éducatrice de CPE non formée, soit 16,46$. 

«Ce que l’on demande, c’est d’offrir quelque chose pour mettre en place les conditions gagnantes, de faire en sorte d’avoir une reconnaissance réelle du travail quotidien. On ne peut pas prétendre que les RSG en milieu familial ne font pas 50 heures par semaine. Le calcul est très simple: un travailleur au Québec fait environ huit heures par jour, en plus d’une heure pour aller porter son tout-petit le matin et une heure pour aller le chercher le soir. Si la RSG n’est pas ouverte pendant dix heures, le parent va faire quoi?», s’exclame Mme Longchamps. 

Très déçue que presque aucune avancée n’ait été faite après 11 mois et 17 rencontres de négociations, Mme Morisseau affirme que «ce n’est pas un privilège, mais bien l’équité» que les travailleuses souhaitent, rappelant que ce secteur d’activité est composé quasi exclusivement de femmes (99%). 

«On peut le dire: accepter les offres qui sont là, c’est accepter de voir disparaître ce beau réseau-là», clame la CSN.

Lacombe réagit

Les représentantes syndicales ont rencontré le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, en fin d’avant-midi vendredi à son bureau de circonscription. 

«On a eu une rencontre constructive où le syndicat m’a fait part de ses revendications. […] Je leur ai indiqué que je les invite à poursuivre les négociations à la table, je pense que les deux parties sont prêtes à négocier de bonne foi. [...] Moi, je pense qu’on est en tout début de processus, c’est tôt pour tenir une journée de grève. La conciliation travail-famille est déjà difficile pour beaucoup de parents et je trouve ça dommage que ça les touche, mais c’est le droit du syndicat de faire la grève», a plus tard commenté M. Lacombe.

D’autres journées de grève, partielles ou complètes, pourraient être organisées à moyen terme si le conflit perdure. Selon la loi, un préavis de 15 jours doit être donné. 

Avec Justine Mercier