Selon l’Association des travailleurs en signalisation routière du Québec, 20 signaleurs sont blessés par année et six sont décédés au cours des sept dernières années. Le manque d’expérience des signaleurs peut être à l’origine de situations dangereuses.

Sécurité des signaleurs: la formation en ligne critiquée

Pour devenir signaleur au Québec, il faut suivre une formation en ligne et réussir un examen. Carte en main, une personne peut alors se faire engager et ensuite être envoyée sur le terrain. Cette situation, en vigueur depuis 2013, est problématique selon l’Association des travailleurs en signalisation routière du Québec (ATSRQ) et est en lien direct avec plusieurs accidents dans la province.

« Avant 2013, c’était une formation en personne avec un professeur. Les signaleurs en devenir pouvaient se pratiquer, indique un membre de L’ATSRQ qui désire rester anonyme par crainte de répercussion. Maintenant, c’est par internet parce que le ministère des Transports trouvait que c’était la meilleure façon pour avoir une formation uniforme partout au Québec. Mais ils se sont plantés parce que, depuis son implantation, j’ai plus de commentaires négatifs que positifs. »

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Selon l’ATSRQ, 20 signaleurs sont blessés par année et six sont morts au cours des sept dernières années. Encore mardi à Sherbrooke une jeune signaleuse a eu affaire à un automobiliste qui devra répondre de ses gestes.

Le manque d’expérience des signaleurs peut être à l’origine de situations dangereuses, ajoute l’ATSRQ.

« Ils te donnent ta carte et ‘‘bonne chance, mon gars! ’’, indique l’interlocuteur. Les compagnies qui embauchent les signaleurs se plaignent, les automobilistes aussi, les policiers se plaignent et les entrepreneurs se plaignent aussi. Je reçois à peu près cinq ou six plaintes par jour, les entrepreneurs me demandent même s’ils peuvent eux-mêmes former leurs travailleurs parce qu’ils ne sont pas satisfaits du travail des signaleurs. Pour vous donner une idée, si on a un signaleur sur quatre à une intersection qui n’a pas d’expérience, la journée va être difficile. Si les quatre n’ont pas d’expérience, c’est la panique. »

« On était d’accord avec l’idée d’une formation en ligne parce que ça allait uniformiser les coûts, explique-t-il. Avant, certaines écoles demandaient 150 $ et d’autres 300 $. Mais il devrait y avoir une probation de six mois pendant laquelle la personne travaille avec quelqu’un ayant plus d’un an d’expérience. Ils ont toutefois décidé de faire à leur tête et ils ont le monopole au Québec pour la formation des signaleurs. »

La formation en ligne est donnée par l’Association québécoise des transports et est approuvée par le ministère des Transports.

Une formation complète

Christian Fay, qui a participé à l’élaboration de la formation en ligne et qui est vice-président d’une entreprise de signalisation à Montréal, ne partage pas ce point de vue.

« C’est une formation qui couvre beaucoup de matière, mentionne celui qui a déjà été formateur. Ç’a été fait avec des gens sérieux et, pour moi, c’est un bon cours. La formation peut être améliorée évidemment, mais elle couvre tous les aspects de la sécurité. On ne peut pas éliminer tous les risques malheureusement. C’est un métier qui est intrinsèquement dangereux dans la mesure où les travailleurs sont sur la chaussée avec des véhicules. On peut donner toute la formation qu’on veut, on met quelqu’un dans une situation périlleuse. »

C’est, selon lui, la longueur des périodes de travail qui représente un véritable problème pour la sécurité des signaleurs.

« Ça ne prend que quelques secondes d’inattention pour qu’il arrive quelque chose. Mais d’un point de vue pratique, c’est presque impossible à mettre en place parce qu’il faudrait envoyer une équipe de remplacement. Je vous laisse imaginer une personne qui fait de la signalisation pendant huit heures, elle va avoir quelques moments d’inattention. Si un véhicule perd le contrôle et vous fonce dessus, il n’y a non plus pas grand-chose à faire. »