Des icebergs flottent au large de la côte est du Groënland sur cette photo prise le 15 août dernier.

Sauver les océans pour sauver l’Humanité: le constat glaçant du GIEC

MONACO - Victimes du réchauffement, les océans et les zones gelées dépérissent à grande vitesse, menaçant des pans entiers de l’Humanité qui doit réduire au plus vite ses émissions de CO2 pour limiter les dégâts, avertit mercredi un rapport alarmant du GIEC.

Montée du niveau des océans, petites îles menacées de submersion, glaciers qui disparaissent... Certains des impacts dévastateurs du changement climatique sont déjà «irréversibles», note le groupe d’experts climat de l’ONU à l’issue d’une réunion marathon de cinq jours à Monaco.

Deux jours après le sommet climat de New York qui n’a pas suscité l’impulsion espérée, ce rapport souligne toutefois que mettre en place des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre pourrait faire une vraie différence.

Les modifications de l’océan ne s’arrêteront pas soudainement en baissant les émissions, mais leur rythme devrait être ralenti. «Ça donne plus de chances de conserver les écosystèmes, et ça permettrait de gagner du temps», souligne la climatologue Valérie Masson-Delmotte, qui a participé à la rédaction du document de 900 pages basé sur des milliers d’études scientifiques.

Gagner du temps pour, par exemple, se préparer à la montée des eaux qui favorisent les vagues de submersion et les tempêtes: en construisant des digues autour des grandes mégapoles côtières comme New York ou en anticipant le déplacement peut-être inéluctable de certaines populations, notamment celles de petits États insulaires qui pourraient devenir inhabitables d’ici la fin du siècle.

«Centaines de milliards de dollars»

Le niveau des océans a augmenté 2,5 fois plus vite au début du XXIe siècle qu’au XXe, et va continuer à s’accroître.

Ce n’est «pas un problème technique ou environnemental. On ne peut pas mettre un pansement dessus pour le faire disparaître», insiste un autre auteur, Bruce Glavovic, de l’université Massey en Nouvelle-Zélande. Cela va «redéfinir les littoraux du monde entier, là même où la population est concentrée».

Sur ces côtes, construire des protections contre la montée des eaux pourrait réduire de 100 à 1.000 fois les risques d’inondations, selon le rapport. À condition d’investir «des dizaines à des centaines de milliards de dollars par an». Ces protections seraient toutefois plus efficaces pour les mégalopoles côtières que les grands deltas agricoles ou les petits États insulaires qui n’auraient de toute façon pas les moyens de financer ces grands travaux.

Au total, selon le rapport, plus d’un milliard de personnes vivront d’ici le milieu du siècle dans des zones côtières peu élevées particulièrement vulnérables aux inondations ou à d’autres événements météo extrêmes amplifiés par la montée du niveau de la mer et le dérèglement climatique.

Et même dans un monde à +2°C, de nombreuses mégapoles et petites îles devraient être frappées d’ici 2050 au moins une fois par an par un événement extrême qui ne se produisait jusqu’alors que tous les cent ans.

Le monde s’est engagé en 2015 dans l’accord de Paris à limiter le réchauffement à +2°C, voire +1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, en réduisant les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines.

Les océans, qui couvrent plus de 70% de la surface du globe, ont absorbé environ un quart de ces émissions et 90% de la chaleur supplémentaire générée par le CO2 produit par l’Homme. Avec des conséquences palpables: hausse de la température de la mer, acidification, perte d’oxygène.

Promesses trop «faibles»

Ces bouleversement entraînent des impacts en cascade sur les écosystèmes dont dépend l’Homme, comme les récifs coralliens qui servent de pouponnière à de nombreuses espèces de poissons ou les régions de montagnes alimentées en eau par les glaciers.

Ce rapport adopté par les 195 États membres du GIEC est le quatrième opus scientifique de l’ONU en un an à tirer la sonnette d’alarme sur les impacts du dérèglement climatique et à pointer des pistes vers les façons d’y remédier ou au moins les limiter.

Mais malgré le constat sans appel de la science et la mobilisation de millions de jeunes dans les rues du monde entier la semaine dernière, les dirigeants mondiaux réunis à New York lundi n’ont pas été à la hauteur des engagements nécessaires, accusent les défenseurs de la planète.

«Avec ces faibles promesses des États, nous avons probablement plus de chance de faire sauter la banque au casino de Monte-Carlo que de limiter le réchauffement à +1,5°C», a commenté Stephen Cornelius, de WWF.

Les engagements internationaux actuels, s’ils étaient respectés, conduiraient à un monde à +3°C.

Le GIEC note dans son rapport que les océans peuvent aussi offrir des solutions pour aider à réduire ces émissions, notamment par le développement des énergies renouvelables.

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Le Giec a présenté un nouveau rapport inquiétant, à Monaco, mercredi.

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE PÈSE LOURD SUR LES OCÉANS ET LES GLACES

Certaines conséquences du changement climatique sur les océans et les régions glacées de la planète sont irréversibles et l’Humanité doit s’y préparer, préviennent les scientifiques.

Le rapport des experts climat de l’ONU (Giec) rendu public ce mercredi à Monaco égrène une longue liste d’impacts dévastateurs, à commencer par la montée des eaux.

La mer se réchauffe

ÉPONGE: les océans ont absorbé un quart des gaz à effet de serre émis par l’Homme et plus de 90% de la chaleur issue du changement climatique. Résultat, les mers de la planète bleue sont devenues plus chaudes, plus acides et moins salées.

CANICULES MARINES: la fréquence, l’intensité et l’étendue des vagues de chaleur marines, comme celles qui ont dévasté la Grande barrière de corail, ont augmenté.

EL NIÑO: les phénomènes El Niño extrêmes - qui encouragent feux de forêt, cyclones et épidémies - devraient être deux fois plus fréquents même en cas de baisse des émissions de CO2.

ALIMENTATION: si les émissions ne sont pas réduites, le potentiel maximal de prises de poissons pourrait être revu à la baisse de 20 à 24% d’ici la fin du siècle par rapport à la période 1896-2005.

Les espèces marines, du plancton aux poissons et aux mammifères, se sont déplacées de plusieurs centaines de kilomètres depuis les années 1950.

La mer monte

NIVEAU DE LA MER: Comparé avec la période 1980-2000, le niveau des océans devrait augmenter de 43 centimètres environ d’ici 2100 dans un monde à +2°C, mais de 84 cm dans un monde à +3°C ou + 4°C, réchauffement vers lequel nous conduisent les tendances actuelles.

Au 22e siècle, le rythme d’élévation du niveau des mers pourraient être 100 fois plus rapide, de 3,6 millimètres par an aujourd’hui, à «plusieurs centimètres», pour ensuite atteindre jusqu’à plusieurs mètres au total d’ici 2300 si les émissions ne sont pas réduites.

ADAPTATION: construire des protections contre la montée des eaux pourrait réduire de 100 à 1.000 fois les risques d’inondations, à condition d’investir «des dizaines à des centaines de milliards de dollars par an».

Les régions les plus pauvres n’auront probablement pas les moyens pour ces grands travaux, notamment les petits États insulaires qui de toute façon risquent de devenir inhabitables et qui pourraient être forcés de relocaliser leur population.

ZONES HUMIDES: 20% à 90% des zones humides devraient être perdues d’ici 2100, en raison de l’élévation prévue du niveau des mers.

La mer meurt

OXYGÈNE: la concentration d’oxygène dans les milieux marins a baissé de 2% en 60 ans, et devrait perdre 3 ou 4% supplémentaires si on ne réduit pas les émissions de CO2.

ZONES MORTES: le réchauffement de l’eau et la pollution côtière sont déjà responsables de l’expansion des «zones mortes», où le trop faible taux d’oxygène empêche la vie marine.

CORAUX: les récifs coralliens, dont un demi-milliard de personnes dépendent pour se nourrir et protéger les côtes, subiront des pertes importantes, voire des extinctions localement, même avec un réchauffement limité à +1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle.

La glace fond

CALOTTES GLACIAIRES: les deux calottes glaciaires de la planète, en Antarctique et au Groenland, ont perdu en moyenne 430 milliards de tonnes chaque année depuis 2006, devenant la principale source de la hausse du niveau des océans.

GLACIERS: les glaciers, dont dépendent plus de deux milliards de personnes pour l’eau douce, rétrécissent aussi. Ceux de basse altitude dans les Alpes, le Caucase ou la Scandinavie pourraient perdre 80% de leur volume d’ici 2100 et beaucoup pourraient disparaitre même en limitant le réchauffement.

NEIGE: les montagnes devraient perdre une part importante de leur couverture neigeuse, avec des impacts importants sur l’agriculture, le tourisme et l’approvisionnement en énergie.

Le permafrost aussi

PERMAFROST: une fonte «importante» du permafrost, cette couche de sol gelée en permanence, pourrait se produire d’ici 2100 si les émissions ne sont pas réduites, ce qui provoquerait le relâchement de dizaines voire de centaines de milliards de tonnes de gaz à effet de serre.