La directrice générale de Tourisme Outaouais, France Bélisle
La directrice générale de Tourisme Outaouais, France Bélisle

Sans aide, «on regardera certaines entreprises mourir», plaide Tourisme Outaouais

Face aux conséquences néfastes de la crise de la COVID-19 qui pourraient bien s’avérer le dernier clou dans le cercueil pour certaines entreprises d’une industrie pour qui la saison estivale est plus que cruciale, Tourisme Outaouais lance un cri du coeur dans le but d’obtenir des «mesures temporelles et financières claires et rapides».

«Les entreprises ne cherchent pas la charité, les entrepreneurs ne vivent pas aux crochets de l’État, surtout qu’ils ont souvent utilisé leurs propres finances personnelles ou emprunté de l’argent à un proche pour se lancer en affaires. Sauf que là, on parle d’un coup de pouce pour rester en vie, sinon on pourrait collectivement regarder certaines entreprises mourir», s’exclame d’emblée la présidente directrice générale de l’organisation, France Bélisle.

Tourisme Outaouais a acheminé une lettre au ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, pour l’implorer de faire pression auprès du premier ministre Legault et de ses collègues ministres de l’Économie et des Finances, dans le but de débloquer des sommes pour cette industrie qui ronge son frein depuis presque trois mois.

Dans la région, l’industrie touristique représente quelque 8000 emplois directs et indirects ainsi que plus de trois millions de visiteurs par an, dont le tiers proviennent d’ailleurs que la Belle Province, souligne l’organisation, qui chiffre les recettes touristiques à environ 435 millions $. Pour l’ensemble du Québec, on parle de 400 000 emplois, «soit 100 fois le Cirque du Soleil», souligne-t-on dans un communiqué publié mercredi.

Les associations touristiques régionales évaluent le coût global de leurs demandes à 589 millions $, tandis qu’on anticipe que les pertes liées à la COVID-19 entre les mois d’avril 2020 et mars 2021 atteindront 4 milliards $.

«C’est pour cela qu’on croit que ce serait un investissement judicieux», lance la gestionnaire de Tourisme Outaouais.

Prenant le pouls des acteurs du milieu sur une base régulière, Mme Bélisle ne cache pas que le moral n’est pas à son meilleur.

Selon la PDG de Tourisme Outaouais, la tempête sera difficile à traverser.

«Il y a beaucoup d’inquiétude et d’angoisse. Pour un propriétaire d’entreprise, de mettre à pied des centaines de personnes, c’est humainement très difficile, ce n’est pas une simple question financière. On sent aussi une forme d’impatience sur le terrain, les gens ont envie d’avoir des réponses, de se faire donner l’heure juste», martèle-t-elle.

L’organisation salue l’annonce la semaine dernière par la ministre Caroline Proulx de la première phase du calendrier de déconfinement, laquelle concerne entre autres le camping, mais souhaite que les étapes subséquentes soient annoncées le plus rapidement possible afin que les entreprises concernées sachent sur quel pied danser et puissent faire des choix «éclairés». Ceci dit, personne ne se met pas la tête dans le sable face à cette situation extraordinaire.

«Oui, on parle de déconfinement, mais on se doit aussi d’être réaliste. Il est possible que plusieurs entreprises ne soient pas déconfinées pour des raisons de santé publique et on comprend tout à fait. Sauf que dans le contexte où certains entrepreneurs pourraient perdre toute leur saison, il faut les aider. Et le déconfinement lui-même pose un enjeu pour tous ceux qui rouvriront, et il est financier, car la rentabilité sera difficilement au rendez-vous. Non seulement le volume [de clients] sera dramatiquement à la baisse dans certains cas en raison de la distanciation, mais il y a aussi le fait de ne pas circuler entre les régions qui élimine un potentiel de visiteurs. Le coup de main aux entreprises servirait à couvrir toutes sortes de coûts fixes», plaide France Bélisle, qui rappelle que l’été cognera à nos portes le 20 juin.

​La PDG de Tourisme Outaouais soutient que la tempête sera à ce point difficile à traverser que le grand nombre de variables dont il faudra tenir compte en redémarrant ses opérations signifie presque «être condamné à ouvrir à perte».

«Il y a plusieurs défis, que ce soit la main-d’oeuvre, l’organisation, la formation sur les mesures sanitaires en place, le besoin de temps pour structurer le site, etc. Il faut savoir que plus de 60% des entreprises réalisent leurs revenus entre mai et novembre. L’autre élément majeur, c’est que Montréal représente 70% des visiteurs [en Outaouais], alors le fait que la région métropolitaine soit fermée signifie qu’un bassin majeur de gens ne viendront pas ici», ajoute-t-elle.

S’abstenant de les nommer, elle souligne que «plusieurs» entreprises ont confié qu’elles allaient mettre la clé sous la porte pour de bon si aucune aide n’est accordée à court et moyen terme par le gouvernement.

Quelques-unes, poursuit-elle, songent à demeurer fermées tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas de vaccin contre le virus, pour des raisons personnelles et de valeurs.

La survie des communautés en jeu

​Soutenant qu’il existe un «écosystème touristique», Tourisme Outaouais craint carrément pour la survie des régions et des communautés.

«Ça me préoccupe beaucoup. Quand quelqu’un visite une attraction dans un village, il y a les dépanneurs, les épiceries, les stations-services où il peut s’arrêter. Le boom touristique les aide à rester en vie, alors s’il n’y a pas de touristes, la vitalité des communautés est en péril également. Va-t-on faire mourir des villages parce qu’on ne voudra pas faire des investissements temporaires pour les entreprises. Un endroit comme le Nordik, qui attire 300 000 visiteurs [par an], quel impact a-t-il sur des commerces avoisinants comme le Biscotti, le Meech & Munch, le Chelsea Pub ou encore la vendeuse de crème glacée? C’est majeur, c’est tout un écosystème qui est en jeu», affirme Mme Bélisle.

Le copropriétaire du Nordik Spa-Nature, Daniel Gingras, indique qu’il est impératif d’en savoir davantage sous peu.

Le Nordik Spa-Nature, à Chelsea

«Fermer une entreprise comme la nôtre pendant plusieurs mois, sans savoir quand nous pourrons rouvrir nos installations de thermothérapie, occasionne des pertes financières majeures, voire la totalité des revenus, qui mettent en péril la pérennité de notre entreprise. [...] Être dans l’inconnu quant au calendrier de déconfinement ne nous permet pas de planifier à court ou moyen terme notre réouverture, même graduelle. D’autre part, nous sommes conscients que nous n’aurons pas le même achalandage qu’avant, pour plusieurs mois à venir», lance-t-il.

Disant avoir toujours senti une «bonne écoute» de la part du ministre Lacombe dans les derniers mois, Mme Bélisle dit avoir malgré tout bon espoir que le téléphone sonnera bientôt pour entamer des discussions sur la suite des choses.