En 2017, les soldats des Forces armées canadiennes avaient pris part à la grande corvée d’après inondation en aidant les résidents à enlever les milliers de sacs de sable. Cette fois, les militaires plieront bagage la veille de l’événement.

Sacs de sable: pas d’aide de l’armée

EXCLUSIF / Contrairement à 2017, les sinistrés des inondations de ce printemps ne pourront pas compter sur l’armée pour les aider à retirer les milliers de sacs de sable qu’ils ont empilés près de leur maison pour contenir la montée des eaux.

Il y a deux ans, l’armée avait participé au retrait de près de 150 000 sacs de sable installés sur des propriétés privées. Cela avait représenté près de la moitié des sacs de sable distribués par la Ville de Gatineau. Cette fois, les efforts des militaires pendant la phase de rétablissement seront concentrés uniquement sur les « infrastructures publiques et vitales » qui ont été mises à risque dans les « communautés vulnérables ».

Le directeur des communications de la Ville de Gatineau, Jean Boileau, précise que la demande d’aide pour l’armée acheminée par la Ville au ministère de la Sécurité publique du Québec (MSPQ) comprenait onze demandes spécifiques. « Trois d’entre elles nous ont été refusées, précise-t-il. L’armée n’aidera pas pour les sacs de sable sur les propriétés privées ni sur l’emprise de la Ville, et ne fera pas de reconnaissance pour confirmer l’état des rues avec, par exemple, des tests de portance. On devra le faire seul. »

Le gouvernement du Québec confirme que les militaires canadiens ne participeront pas à l’effort de guerre pour aider les citoyens à défaire leur digue et précise que la lettre de mandat des forces armées signée par le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, limite l’action des soldats au nettoyage des routes d’accès principales et au retrait du matériel de mitigation installé pour protéger les infrastructures publiques névralgiques, ainsi qu’au rétablissement de ces dernières. On précise à Québec que cela avait été clair dès le départ.

Le lieutenant Christopher Walkinshaw, responsable aux affaires publiques pour l’Armée canadienne, abonde dans le même sens. « Notre tâche cette fois, le mandat que nous avons reçu, se concentre sur le retrait du matériel de protection installé près des infrastructures publiques critiques, explique-t-il. Notre mandat est déterminé par le fédéral, mais est établi de concert avec le MSPQ et l’armée. Nous allons ensemble sur le terrain, avec le MSPQ, et on détermine la liste des tâches à faire dans chaque localité. Les villes font des demandes au MSPQ et nous, on travaille de concert avec ce ministère pour déterminer quelles seront nos tâches. »

Fortin interpelle la ministre Guilbeault

Cette décision de ne pas participer au retrait de sacs de sable sur les terrains des particuliers est une mauvaise nouvelle pour bien des sinistrés et pour la Ville de Gatineau dont la « Grande corvée » doit avoir lieu samedi. Certains sinistrés ont installé jusqu’à 20 000 sacs de sable pour protéger leur résidence.

Pour le député de Pontiac, André Fortin, il y a lieu pour la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbeault, de faire des représentations auprès du fédéral, comme l’avait fait le gouvernement libéral en 2017, pour que les Forces armées participent à cette tâche.

« En 2017, il y avait une communication constante entre l’équipe de Ralph Goodale et celle du ministre Martin Coiteux, raconte-t-il. Les priorités du MSPQ étaient celles de l’armée sur le terrain. Si l’armée a retiré des sacs de sable chez des particuliers en 2017, c’est parce que ça avait été identifié comme une priorité par le gouvernement du Québec. »

M. Fortin plaint les sinistrés qui devront maintenant s’organiser seuls pour retirer ces milliers de sacs de sable. « Ramasser des sacs de sable mouillés, pesants, qui sentent mauvais et qui sont déchirés, ce n’est pas un travail qui se fait en couple, le soir, après une journée de travail, dit-il. C’est un travail de longue haleine qui est très exigeant. Il faut savoir qu’après l’inondation, les bénévoles sont moins nombreux et ceux qui sont encore là sont tous fatigués. Les sinistrés sont fatigués et pas nécessairement en mesure de faire ce travail. J’encourage la ministre à faire des représentations pour obtenir cette aide inestimable de l’armée. S’il est possible pour elle de faire des efforts supplémentaires pour obtenir l’aide de l’armée, je suis convaincu que ce sera très apprécié de la part des citoyens sinistrés. »