L’impact n’a laissé aucune chance à Stéphanie Deschamps et sa fille, Lexann Montpetit.

Route 155: le coroner blâme le laxisme du MTQ

La Tuque — Le coroner Jean-Pierre Blais blâme «l’inertie questionnable» du ministère des Transports du Québec en lien avec le décès accidentel de Stéphanie Deschamps, 38 ans et de sa fille de 10 ans, Lexann Montpetit, le 4 janvier 2017.

Dans un rapport de trois pages, le coroner rappelle qu’en 2012, il recommandait déjà au MTQ «d’apporter des améliorations sur le tronçon de la route 155 (km 107) en raison d’un accident mortel y étant survenu. Un motocycliste était en effet entré en collision avec une camionnette.

Un rapport qui satisfait évidemment le père de Stéphanie et grand-père de Lexann, lui qui affirmait toutefois en janvier dernier être convaincu que c’était le déneigement qui était en cause dans cet accident qui a coûté la vie à sa fille et à sa petite-fille.

«Le rapport est bon, mais c’est le gouvernement qui ne bouge pas, car on sait que cette portion de la route est à l’étude depuis 2013 et elle l’est encore en 2017. Je reste toutefois convaincu que le déneigement n’a pas aidé dans toute cette histoire, puisque la route 155 est très mal déneigée et ce n’est pas le premier accident qui est causé à cause de cette négligence», soutient Daniel Deschamps.

La recommandation de 2012 se basait «également sur l’opinion des policiers enquêteurs de la Sûreté du Québec. 

Rien n’a été fait jusqu’au jour de ce second accident, en 2017. Cette inertie est questionnable», déplore le coroner. Ironie du sort, la veille de cette tragédie du 4 janvier, il y avait eu un autre accident, non mortel heureusement, «dans des circonstances identiques», signale le rapport.

Une situation que déplore également la seule survivante de l’accident, Stéphanie Thibeault.

«Je ne suis pas du tout surprise du dénouement du rapport. Ça fait juste confirmer ce que je pensais depuis le début. Ce qui me choque le plus, c’est que le coroner avait déjà mentionné les modifications à apporter. Il aura donc fallu deux morts pour penser à modifier la route. Je me demande s’il va falloir qu’il y ait d’autres morts avant qu’il se passe quelque chose», précise-t-elle.

La petite Lexann et sa mère, Stéphanie Deschamps.

Modification de la limite de vitesse

Le 13 janvier suivant l’accident mortel, le MTQ s’est enfin décidé à installer des panneaux indiquant une courbe accentuée. Une limitation de vitesse à 75 km/h a aussi été affichée, vitesse qui a été réduite à 70 km/h le 1er mars suivant sur une distance d’environ 400 mètres avant d’arriver à la fameuse courbe mortelle du kilomètre 107 (direction nord jusqu’à l’entrée de La Tuque).

Le coroner signale toutefois que l’accident qui a coûté la vie à la jeune mère et à sa fille n’a pas été occasionné par la vitesse. La conductrice roulait en effet entre 70 km et 80 km/h, selon les estimations, au moment de l’impact et la vitesse affichée dans la zone était de 90 km à ce moment-là.

Un autre facteur entre en scène et c’est la neige. Même si le «déneigement n’a pas été retenu comme étant un facteur causal dans cet accident», indique le rapport, «la chaussée partiellement enneigée et surtout la courbe descendante accentuée auront contribué à la perte de contrôle», peut-on y lire.

Dans son rapport, le Dr Blais rappelle que le tronçon du kilomètre 107 «est connu par les usagers du milieu ainsi que par les policiers comme étant impliqué dans de nombreux accidents, pas tous mortels, heureusement», écrit-il.

Dans le cas de l’accident du 4 janvier, «l’absence de vision à distance» a joué un rôle important. Stéphanie Deschamps a d’abord perdu la maîtrise de son véhicule dans le haut de cette côte où la pente descendante se fait en courbe. «Elle dérape et ce faisant, change de voie de circulation», raconte le coroner. C’est à ce moment précis qu’une autre voiture est arrivée en sens inverse. «La voiture circulant direction nord a percuté le véhicule de Mme Deschamps de plein fouet de façon latérale, côté passager.

C’est que la conductrice qui arrivait en sens inverse n’a pu voir ce qui se passait et n’a donc pas eu la possibilité d’effectuer des manœuvres d’évitement», explique le rapport.

Le coroner signale que l’arrêt du flottage du bois sur la rivière Saint-Maurice «aura eu comme conséquence un achalandage accru de la route 155». Puisqu’elle relie la Mauricie au Lac-Saint-Jean, cette route connaît un achalandage accru, signale-t-il.

«Cette route se doit d’être digne d’une haute sécurité», plaide-t-il.

La mère et sa fille n’ont eu aucune chance, le 4 janvier dernier. Leur décès a été constaté au Centre de services du Haut-Saint-Maurice à La Tuque. Elles revenaient d’un séjour à Lac-Bouchette pour le temps des Fêtes.

Des travaux qui se font attendre

Les parents de Stéphanie Deschamps, Daniel Deschamps et Claudette Royer, ont réclamé haut et fort la réfection de cette section dangereuse du tronçon de la route 155. En février dernier, le MTQ a confirmé qu’il y aurait des travaux au kilomètre 107. Le plan a été présenté à la famille des victimes, à la Sûreté du Québec et à la Ville de La Tuque. Quelques expropriations devront être faites pour réaliser le projet.

Malgré cette rencontre avec la famille, les travaux tardent toutefois à voir le jour. D’ailleurs, selon les informations obtenues par le maire de La Tuque Pierre-David Tremblay, lors de sa récente rencontre avec le ministère des Transports le 11 décembre dernier, les travaux ne seront pas entamés avant 2019 ou encore 2020, un délai déraisonnable, pour le maire Tremblay.

«Lorsqu’on m’a mentionné que les travaux allaient débuter seulement en 2019 ou en 2020, j’ai été étonné et je leur ai dit de retourner faire leurs devoirs. Je trouve qu’avec ces délais, on prend un risque beaucoup trop grand pour la sécurité des gens de La Tuque. Il y a déjà eu deux accidents mortels sur cette portion de la route et je ne veux pas qu’on attende qu’il y en ait un troisième avant d’agir. Je crois donc que les travaux doivent commencer le plus rapidement possible et j’ai été très ferme avec eux», a-t-il soutenu.

Des délais qui sont par ailleurs questionnables pour la famille des victimes qui abonde dans le même sens que le maire de La Tuque à ce sujet.

«À ce qu’on m’a dit, les travaux pourraient commencer qu’en 2020, donc j’ai fait une demande pour parler au ministre. Je souhaite qu’il vienne avec moi en voiture pour que je lui montre les problématiques. Il va falloir qu’ils arrêtent de jouer à la chaise musicale au ministère prochainement et qu’ils mettent une personne compétente dans le dossier éventuellement», a martelé Daniel Deschamps.

Selon Jean Lamarche, responsable des communications à la direction régionale du MTQ, «la conception d’un projet visant à adoucir la courbe et à abaisser la pente à la hauteur du km 107» s’est amorcée dès 2013.

«Plusieurs variables (résultats des analyses, démarches d’acquisition, etc.) font en sorte qu’il est difficile de s’avancer sur une date de mise en chantier», indique toutefois M. Lamarche.

Le ministère «déplore les deux accidents mortels.» Il «prend acte du rapport du coroner et poursuit ses préparatifs en vue de mettre en branle les travaux le plus rapidement possible».

En collaboration avec Amélie Houle