L’adjoint au directeur québécois des Métallos, Dominic Lemieux, et le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse, commentant le rejet de leur contre-proposition.

Rien ne va plus à l'ABI

Bécancour — Après 15 mois de lock-out, rien ne va plus dans le conflit à l’Aluminerie de Bécancour. Non seulement la rencontre de conciliation de mercredi a-t-elle confirmé une impasse dans les négociations, mais le rejet de la contre-proposition syndicale par l’employeur a été accompagné d’une menace de fermeture des dernières cuves en raison de la situation des employés cadres qui sont fatigués ou près de la retraite. Ce qui amène le ministre Jean Boulet à envisager le dépôt d’une hypothèse de règlement.

«Moi, je trouve qu’actuellement, on joue avec le feu», a lancé le premier ministre du Québec, François Legault, qui a critiqué à nouveau le syndicat. «Ils demandent 10 000 heures de libération syndicale, la compagnie offre 7500 heures. Je trouve que ce n’est pas raisonnable de demander 10 000 heures. Ils demandent que les employeurs contribuent 12,6 % au fonds de pension au lieu de 12 % alors que les employés contribuent à 8 %. Donc, ça veut dire que l’employeur contribue déjà à 60 %. Ils trouvent que ce n’est pas assez», a-t-il déclaré lors d’une mêlée de presse.

Son ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité, Jean Boulet, ouvre maintenant la porte à une hypothèse de règlement qui pourrait être soumise aux parties d’ici deux à trois semaines, «si les conditions sont réunies». «On s’en va dans un entonnoir qui nous mène de plus en plus sûrement vers une hypothèse de règlement qui va tenir compte de l’équité interne et externe», affirme celui qui refuse de dire si le syndicat est déraisonnable dans ses revendications.

Il s’agirait pour lui d’une autre étape «pour permettre aux parties de se rapprocher». «Je le vois comme une contribution pour permettre aux parties d’en venir à une entente, susciter une reprise du dialogue. Je veux continuer de jouer un rôle de facilitateur. C’est l’un des outils que j’ai dans mon coffre pour permettre aux parties de régler ce dossier-là, qui est devenu d’intérêt public», explique le député de Trois-Rivières.

«Ce qu’on veut, c’est une entente négociée, pas une hypothèse de règlement. On en a fait une hypothèse de règlement et l’employeur n’a pas daigné la regarder pour la discuter avec nous», a déjà fait savoir le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse.

Et selon le syndicat, la sortie de M. Legault n’est pas étrangère à l’attitude de l’employeur. «La compagnie s’est présentée à la rencontre le torse bombé par les récentes déclarations inappropriées du premier ministre, qui a pris parti contre les syndiqués. Résultat, ABI n’a pas daigné répondre à la contre-proposition syndicale qui comportait plusieurs compromis et a refusé une reprise des négociations en bonne et due forme. Pire, elle laisse planer la menace d’un arrêt de la dernière série de cuves. Les interventions déplacées du premier ministre ont mis de l’huile sur le feu et nuit à la résolution du conflit», a indiqué M. Masse.

Tout ce qu’il y a sur la table, dit-il, «c’est une offre patronale moins généreuse qu’il y a 15 mois déjà refusée à 82 % par les syndiqués en assemblée générale le 11 mars dernier».

«Le 27 mars, le premier ministre a déclaré à l’Assemblée nationale que les contrats d’énergie liant Alcoa au gouvernement et à Hydro-Québec, qui permettent à Alcoa de ne pas payer pour son bloc d’énergie en invoquant la clause d’Act of God, étaient du stuff de junior et qu’il était tombé en bas de sa chaise lorsqu’il en a pris connaissance», s’est-il plu à rappeler.

«Après s’être avoué impuissant à briser les contrats d’énergie, François Legault se retourne debord et frappe les plus affectés par le conflit, les syndiqués. Les travailleurs se sentent abandonnés par leur gouvernement. Ce n’est pas une grève, c’est un lock-out. Et le syndicat n’a aucune demande, il a déjà ouvert la porte à plusieurs reculs et même à une diminution de plus d’une centaine de postes. Attaqués par une multinationale qui ne cesse d’ajouter de nouvelles coupures, les syndiqués se sentent trahis par le premier ministre qui choisit le camp de la multinationale américaine, plutôt que celui des travailleurs et de l’économie régionale. Il a agi comme un junior», a dénoncé l’adjoint au directeur québécois des Métallos, Dominic Lemieux, qui a annoncé une autre manifestation à Pittsburgh le 7 mai prochain.

Le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, se désole de cette impasse. «On va essayer de faire avancer les choses. J’ai peur que le conflit s’éternise beaucoup. J’ai l’impression que la compagnie peut tenir le lock-out encore très longtemps», a-t-il confié.

Sans vouloir dire, comme son patron, que le syndicat n’est pas raisonnable, le représentant caquiste soutient que la partie syndicale devra faire d’autres concessions.

«Je sais que le syndicat a déjà fait des concessions, je le sais qu’il est prêt à en faire encore, mais je pense qu’il va falloir que ce soit encore plus si on veut que ça se règle rapidement», prétend le député.

Du même souffle, il dit ne pas croire au scénario d’une fermeture définitive de l’usine de Bécancour. «Je pense qu’Alcoa veut régler, mais souhaite que ça se fasse avec une nouvelle dynamique. Ils veulent rendre l’usine plus efficace. Je ne suis pas inquiet. Mais la compagnie est très déterminée à maintenir le lock-out s’il n’y a pas des changements fondamentaux. L’important, c’est que tout le monde conserve son emploi et retrouve son salaire», ajoute M. Martel.

Pour sa part, le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, ne cache pas sa perplexité par rapport à ce dossier. «Je n’ai aucune idée pourquoi M. Legault a fait ses déclarations, ni sur quelles informations. Je n’ai aucune idée ce que contient l’entente, ni tout ce qui a été proposé à l’autre. Je ne peux pas commenter ce que je ne connais pas du tout. Je souhaite encore que ça se règle. J’étais prêt à émettre certains commentaires sur un ménage à deux, mais c’est rendu un ménage à trois. Là, ça dépasse complètement mes compétences», admet-il.

«Si on ferme les dernières cuves, ça va être un autre problème qu’on va rencontrer et c’est celui qu’on souhaite le moins qui arrive. Malheureusement, je n’y peux rien. Je ne le sais pas du tout jusqu’à quel point ça peut être de la stratégie ou pas. Je n’en sais plus rien. J’en perds complètement mon latin», renchérit le premier magistrat.