Jouhainna Lebel et Paul-André Brissette ont découvert qu’ils étaient frère et sœur en mars. Depuis, ils ont retracé une partie de leur famille biologique à Macao, dont une sœur aînée et une sœur cadette.

Retrouvailles élargies pour Jouhainna et Paul-André

Les retrouvailles de Jouhainna Lebel et Paul-André Brissette auraient suffi à rédiger le scénario d’un film invraisemblable. Tous deux sherbrookois, le frère et la sœur, qui ont découvert leur lien familial en mars, ont pourtant continué à voguer de surprise en surprise, de réponses en mystères, dans une année 2017 qui leur a permis de retrouver une tante, des petits-cousins, mais surtout deux sœurs vivant toujours dans leur pays d’origine, à Macao. Une année qui leur a révélé toute la chance qu’ils ont eue d’avoir été adoptés.

Jouhainna avait lancé les démarches pour retrouver sa mère biologique en janvier à la suite de la diffusion d’un reportage de l’émission Deuxième chance à Radio-Canada. Elle s’était alors confiée à La Tribune. À la lecture du reportage, Paul-André lui avait naïvement envoyé une photo de son passeport d’enfance, un hasard ayant révélé que les deux Sherbrookois portaient le même nom de famille à la naissance. Un test d’ADN plus tard, le lien filial était confirmé.

« Ç’a été une grosse année! », résume Paul-André.

Un véritable tsunami, renchérit Jouhainna.

« Nous avons retrouvé le reste de la famille il y a un mois. C’était une autre onde de choc. Mon année a pris une autre tournure avec le texto que j’ai envoyé à Jouhainna en mars », ajoute Paul-André.

L’homme de 38 ans, élevé à Québec, avait grandi comme fils unique. Sa mère biologique, lui avait-on raconté, était décédée à l’accouchement. Il ne se doutait donc pas que Jouhainna était née un an après lui.

Il ne savait pas non plus que deux autres sœurs vivaient encore à Macao.

Avec l’aide d’une recherchiste de Deuxième chance, le duo a pris contact avec trois petits-cousins sur internet. De fil en aiguille, de tante en cousine, Jouhainna et Paul-André ont pu dessiner une bonne portion de leur arbre généalogique.

« C’est comme un film. Nous apprenons des choses chaque jour et ce n’est pas rose. Ça m’a permis de trouver des réponses à mes questions. Je suis remplie de gratitude depuis que j’ai entendu parler de mes sœurs. Elles ont eu une vie difficile. Nos cousines nous disent que nous sommes chanceux d’avoir été adoptés », réalise Jouhainna.

Les recherches ont donc permis de retrouver l’aînée de la fratrie, Sylvia, aujourd’hui âgée de 42 ans. « Son père est britannique, mais elle est restée avec notre mère. »

Paul-André est donc le deuxième de la lignée, suivi de Jouhainna. La cadette, Zoé, aurait grandi auprès de son père en Asie après le décès de sa mère.

Des informations sur leur mère

« Notre mère avait des problèmes de consommation. C’est elle qui a élevé ses frères et ses sœurs avant de rencontrer les mauvaises personnes. Elle est décédée en 1998. Ce qui nous a rassurés, c’est de savoir qu’elle a été aimée avant de tomber dans la drogue. La seule demande que j’ai, c’est d’avoir une photo de ma mère », raconte Jouhainna.

Mais pour le moment, Zoé ne croit pas en cette histoire digne d’Hollywood. « Elle ne nous croit pas parce qu’elle ne savait pas qu’on existait. »

Paul-André convient qu’il faudra laisser un peu de temps à la jeune femme pour qu’elle apprivoise cette nouvelle réalité. « Quand on y pense, nous, ici, nous vivons tout à deux. Nous sommes entourés de notre famille. Elle, elle est toute seule là-bas pour réaliser tout ça. »

Jouhainna réalisait déjà, en début d’année, que sa mère avait posé un geste d’amour en la confiant à une famille adoptive. « Maintenant, je le réalise mille fois plus. Mais je me demande pourquoi j’ai été adoptée et pas les deux autres sœurs. Ça m’a vraiment touchée de savoir que Zoé était à l’autre bout de la planète. »

Paul-André, lui, avait fait la paix avec son adoption il y a un bon moment. « Ça faisait longtemps que mon deuil était fait, mais j’avoue que ce serait intéressant de savoir pourquoi nous avons tous les deux été donnés en adoption. »

Malgré une mère décédée dans des circonstances nébuleuses et une tante kidnappée et assassinée, les renseignements révélés par cette quête inattendue ne freinent pas le désir des deux Sherbrookois de remonter à la source de leur histoire. En 2018, ils espèrent s’envoler vers Macao pour rencontrer ceux qui ont le même sang qu’eux dans les veines.

« Au début, nous parlions seulement de visiter l’orphelinat où on nous avait laissés, mais maintenant, il y a beaucoup de monde à rencontrer. Je veux y aller pour d’autres raisons », dit Paul-André.

« J’aimerais voir où ma mère est enterrée. C’est important pour moi », ajoute Jouhainna.

Le frère et la sœur se donneront toutefois un peu de temps pour apprivoiser leur nouvelle réalité avant de prendre le large. Si Paul-André se dit prêt à partir demain matin, Jouhainna veut continuer de se familiariser à distance avec son pays d’origine.

Des liens déjà très serrés

« Je ne sais pas comment on fait avec une sœur », disait Paul-André Brissette, en avril, quelques jours seulement après avoir découvert son lien biologique avec Jouhainna Lebel. La réponse s’est pourtant imposée d’elle-même. Depuis la découverte qui a changé leur vie, les deux Sherbrookois se parlent tous les jours, ne serait-ce que par texto. Les liens familiaux se sont tissés très rapidement.

« Une fois le choc passé, la relation s’est installée du jour au lendemain. Ç’a tout de suite été fort et agréable », raconte Paul-André.

« L’année a été bouleversante. J’ai eu des réponses à plein de mes questions. Je ne pensais pas que mon frère habitait à côté de moi », mentionne Jouhainna.

Le frère et la sœur se sont unis aussi avec les recherches qu’ils ont poursuivies pour retrouver les autres membres de la famille Monteiro, leur famille biologique. Jouhainna a trouvé une association de colons portugais dont les recherches l’ont pistée vers son grand-père. Paul-André avait écrit à l’équipe de Deuxième chance, au cas.

Ils ont ainsi contacté trois petits-cousins, pour commencer. Avec le décalage horaire, Jouhainna entretenait la conversion tard en soirée. À son réveil, Paul-André prenait le relais. Ils se tenaient informés mutuellement.

« Nous nous parlons tous les jours. Le fait de découvrir d’autres membres de notre famille nous a gardés proches. Mais j’ai fini par mettre un frein aux recherches pour vivre ma vie au lieu d’être toujours sur internet. Ma fille me disait que je pourrais jouer avec elle au lieu d’être toujours sur mon téléphone. Je me suis rendu compte que je ne lui avais pas expliqué ce que je faisais », relate Paul-André.

Jouhainna et lui se sont naturellement vus pour Noël. Un premier Noël entre frère et sœur. « Ce n’était pas différent, parce qu’on se voyait déjà beaucoup. Nous nous sommes juste intégrés dans les activités de l’autre », dit-il.

L’année 2017 n’aura donc pas été de tout repos. En plus de composer avec des émotions nouvelles, Jouhainna et Paul-André ont raconté leur histoire sur toutes les tribunes, notamment à Tout le monde en parle et à l’émission 1001 vies, en France. Les témoignages d’enfants adoptés espérant un coup de main du hasard arrivent d’ailleurs encore de temps en temps dans la boîte de courriel de Jouhainna, qui les oriente comme elle peut vers la Croix-Rouge de leur pays d’origine.