Femme d’affaires, l’ex-plongeuse Renée-Claude Auclair se passionne pour la magie.

Renée-Claude Auclair: la magie de la vie

CHRONIQUE / «La vie, tant qu’à moi, est magique», lance d’entrée de jeu l’ex-plongeuse Renée-Claude Auclair. N’ayant pu atteindre son objectif de prendre part aux Jeux olympiques de 1988 à Séoul, elle a non seulement eu une seconde chance d’aller en Corée, mais son conjoint et elle ont gagné leur pari d’organiser le FISM 2021 à Québec, aussi appelé les Olympiques de la magie.

«Trente ans plus tard, j’ai réalisé mon rêve, mais d’une autre façon», raconte la femme d’affaires. «Ne pas avoir réussi à me qualifier pour Séoul après 15 ans de travail intense avait laissé des traces. Aller en Corée et vivre ce que j’y ai vécu est venu apaiser mes dernières petites déceptions. Ç’a m’a emmené un grand bonheur. C’est vraiment drôle parce que je vis exactement ce que j’avais imaginé vivre en tant qu’athlète si je gagnais une médaille aux JO. En l’espace d’une semaine, ma vie et celle de mon conjoint ont changé radicalement. Avant la présentation du FISM 2018, on était peu connus au niveau mondial. Et quand on est revenu à Québec, on avait déjà des appels de compagnies qui voulaient nous rencontrer et d’artistes qui voulaient venir au FISM. Tout ça demande beaucoup de gestion. Il vaut mieux que je vive ça à mon âge qu’à 20 ans parce que mon expérience de la vie me permet de prendre du recul et de prendre les meilleures décisions.»

Même s’il reste au duo Auclair-Hamon et à son équipe dynamique beaucoup de choses à faire et à apprendre, Renée-Claude mentionne qu’elle n’est pas inquiète parce que la Fédération internationale les appuie et les guide. Même chose au niveau national où les deux Québécois ont tissé des liens serrés. «J’ai toujours pensé que le sport était une grande famille. On vit le même phénomène dans la magie. Et il y a plein de gens autour de nous pour nous aider.»

Pourquoi pas moi?

C’est un peu par hasard que Renée-Claude s’est initiée au plongeon. Spectatrice des entraînements d’une amie au PEPS, elle s’est un jour demandé : «Pourquoi pas moi?» «À 13 ans, j’étais un peu en retard. Mais j’ai travaillé fort, augmenté mon niveau et j’ai été acceptée dans le club. Quand j’ai eu une vingtaine d’années, je suis déménagée à Montréal. Peu de temps après, j’ai accédé à l’équipe nationale en terminant deuxième des championnats canadiens. J’ai pris part aux Universiades au Japon, où j’ai fini 10e au 3 m, et j’ai fait une tournée européenne où j’ai eu une première place en Yougoslavie et une deuxième en Allemagne.»

Aux prises avec des blessures et épuisée par ses carrières de plongeuse et d’étudiante à l’université qu’elle menait en parallèle, la Québécoise s’est remise en question en 1986. Elle a alors décidé de prendre sa retraite. «Je l’ai longtemps regretté. Et les lendemains de ma retraite ont été terriblement durs. 

Renée-Claude Auclair en 1991

«Dans ce temps-là, ma vie s’arrêtait en 1988 avec les Jeux. J’ignorais ce que j’allais faire le lendemain. Il a fallu que je retombe sur mes pieds et que je me refasse une nouvelle identité. J’ai alors appris la plus belle leçon de ma vie. Le bonheur se trouve derrière plus d’une porte. J’avoue cependant que je rêve encore de plonger.»

Renée-Claude était à la retraite depuis un an quand elle a été approchée par l’Université de l’Illinois qui lui a proposé que se joindre à son équipe de plongeon en retour d’une bourse d’études complète. Elle y a passé deux années qu’elle a pleinement savourées.

«Ma médaille olympique, c’est le fait d’avoir eu une bourse d’études. En plus de pouvoir plonger dans un environnement où j’ai vraiment été heureuse, j’ai appris l’anglais, ce qui m’a ouvert plein de portes. Et je suis très fière d’avoir gradué avec Grand honneur.»

De retour à l’Université Laval, Renée-Claude a continué de plonger... pour se faire plaisir. «Un jour je me suis dit qu’il fallait que j’accepte que j’avais atteint mes limites. J’étais un peu saturée du plongeon. Alors, j’ai mis toutes mes énergies sur mon travail.»


« Ma médaille olympique, c’est le fait d’avoir eu une bourse d’études »
Renée-Claude Auclair

Bachelière en kinésiologie et détentrice d’un diplôme de deuxième cycle en sociologie du sport, Renée-Claude n’a jamais travaillé dans ses champs d’études. Rêvant de bosser au niveau international et inspirée par ses parents, deux entrepreneurs très créatifs, elle s’est découvert une passion pour le marketing. Après avoir fait ses classes avec diverses entreprises, elle a fondé il y a 14 ans Teknolight, une entreprise spécialisée dans les produits promotionnels et lumineux. «J’ai toujours eu des idées différentes. Et je suis tombée en amour avec la lumière et tout ce que l’on pouvait en faire. C’est un domaine où on ne cesse d’innover.»

Aujourd’hui présidente du club de magie du Québec, vice-présidente de l’Association canadienne et VP régionale pour le Canada au sein de la Société de la Magie Américaine, Renée-Claude aimerait un jour devenir juge en magie et être sur le comité de direction de la FISM. Parallèlement, elle aimerait développer le club de magie de Québec, tout en travaillant sur plusieurs projets en magie...

«J’ai toujours eu en moi le besoin de redonner. Je l’ai fait en plongeon quand j’ai pris ma retraite. Aujourd’hui, c’est dans la magie que je retrouve le bonheur d’aider.»

+

Q    Fait marquant

R:    Quand j’ai été deuxième aux Championnats canadiens à Winnipeg, en 1985. Ça voulait dire que j’avais atteint les standards olympiques. Cette deuxième place m’a permis de faire l’équipe nationale et d’aller notamment au Japon, ce qui a été extraordinaire.

Q    Plus mauvais souvenir

R:    Les blessures. Ça fait mal physiquement. Et la retraite. Mentalement, c’est très difficile. C’est un gros deuil à faire, un deuil n’est jamais fini. Dans le sport, tu es tellement concentrée sur ce que tu dois faire que tu t’isoles et tu ne fais plus que ça. Un moment donné, oups! tu ne réussis pas. La chute est alors assez dure. Sauf qu’il faut que tu passes par-dessus et que tu te trouves d’autres talents.

Q    Ce qui te manque le plus

R:    C’est drôle, je n’aime pas être dans l’eau, je n’aime pas nager ou me baigner. Ce que j’aimais quand je plongeais, c’était d’être dans les airs, de tourner et de faire des vrilles. Et plus c’était haut et plus c’était le fun. Les hauteurs c’était le défi, l’adrénaline, le dépassement parce que c’était «dangereux». 

Q:    Idoles de jeunesse

R:    Sylvie Bernier et Geg Louganis qui dans mon temps était le Dieu du plongeon. À cause de mon physique, j’avais de la facilité à faire les plongeons carpés, chose que peu de femmes faisaient.