L’entrée du nouveau pavillon de l’Assemblée nationale, à Québec, photographié en mai dernier

Rémunération: une fonction publique à deux vitesses au Québec

MONTRÉAL — Il semble exister deux classes d’employés du secteur public au Québec, soit ceux de l’administration gouvernementale et les «autres» appartenant aux sociétés d’État ainsi qu’aux institutions fédérales et aux municipalités. C’est ce qui ressort des nouvelles données sur la rémunération des salariés de l’Institut de la statistique (ISQ).

En matière de rémunération globale, soit en incluant les salaires, les avantages sociaux et le nombre d’heures travaillées, on observe un ronflant écart de 24,9 pour cent en faveur des «autres travailleurs de secteurs publics».

Ces données ont été rendues publiques jeudi matin dans le rapport «Rémunération des salariés. État et évolution comparés» de l’ISQ. De quoi donner de précieuses munitions aux syndicats de la fonction publique dont les différentes conventions collectives viennent à échéance au 31 mars prochain.

C’est du côté des employés municipaux, au sein des villes de plus de 25 000 habitants, que l’on retrouve l’écart le plus imposant. Les fonctionnaires municipaux profitent d’une rémunération globale supérieure de 35 pour cent à celle du personnel de l’administration provinciale qui occupent des postes comparables.

D’un point de vue strictement salarial, l’écart est de 23,5 pour cent en faveur des employés municipaux.

Cet écart s’expliquerait notamment par le fait que les employés municipaux n’auraient pas souffert de l’»austérité» de l’État, d’après la première vice-présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Caroline Senneville. Elle ajoute que le rapport de force n’est pas le même non plus alors que des lois spéciales sont régulièrement venues imposer des conventions collectives aux employés de l’État.

«J’ajouterais aussi que certains y voient une discrimination sexiste parce que les deux tiers, voire les trois quarts des employés du secteur public sont des femmes et malgré la Loi sur l’équité salariale elles accusent encore un retard significatif sur le salaire des hommes», poursuit la responsable de la négociation du secteur public pour la CSN.

Face aux sociétés d’État québécoises, le retard s’élève à un peu plus de 23 pour cent, et face aux employés fédéraux de même compétence, le manque à gagner est de 17 pour cent.

Dans la méthodologie de l’ISQ, l’administration québécoise comprend les employés de la fonction publique ainsi que ceux des réseaux de l’éducation et de la santé et des services sociaux, mais en excluant les enseignants et les infirmières puisque le bassin de postes comparatifs n’est pas assez important en dehors du secteur public.

Parité avec le privé

Ces mêmes fonctionnaires de l’administration québécoise, lorsque comparés aux entreprises de 200 employés et plus du secteur privé, se trouvent en position plus favorable.

En matière strictement salariale, l’entreprise privée est plus payante pour les travailleurs qui empochent des revenus supérieurs de 10,2 pour cent. Toutefois, lorsqu’on ajoute à l’équation les avantages sociaux et les heures de présence au travail, on atteint une zone paritaire.

Pour être plus précis, ce sont les fonctionnaires qui se retrouvent avantagés par une mince marge de 2,2 pour cent, selon l’Institut de la statistique.

Malgré tout, l’argument du salaire demeure le plus attractif selon les syndicats qui dénoncent l’incapacité du gouvernement à retenir sa main-d’oeuvre qualifiée.

«Il y a 40 postes au gouvernement du Québec où il y a des concours ouverts en permanence parce qu’on ne comble pas ces emplois», donne en exemple le président général du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec, Christian Daigle.

Ce problème serait particulièrement criant chez les constables spéciaux, affirme leur président Frank Perales. «On a une moyenne de 100 pour cent de départs. Chaque fois qu’une personne entre, une personne quitte. Nous avons un problème de rétention majeur et le salaire est un enjeu majeur», plaide-t-il.

L’enquête de l’ISQ est basée sur 74 emplois, répartis dans cinq catégories, qui représentent un échantillon d’environ un salarié régulier à temps plein de l’administration québécoise sur trois.

Les salaires et les avantages sociaux attribués aux travailleurs de l’administration québécoise sont tirés des conventions collectives en vigueur du 1er avril 2015 au 31 mars 2020.