«Il ne se passe pas une journée dans la semaine où on n’a pas d’appels de gens découragés de tout ce qu’on leur demande pour qu’ils puissent pratiquer leur sport», explique Normand Dubé, propriétaire du Pavillon chasse et pêche à Granby.

Registre des armes d'épaule: des chasseurs abandonnent leur sport

L’obligation d’enregistrer leurs armes ulcère des chasseurs. Certains préfèrent même abandonner leur sport et remettre leurs armes pour être détruites plutôt que de se plier aux exigences du registre des armes d’épaule.

« Tous les jours, on a des gens qui nous demandent si on veut acheter leurs armes. On en a aussi qui nous les donnent. C’est terminé la chasse pour eux », indique Normand Dubé, propriétaire du Pavillon chasse et pêche à Granby.

« Il ne se passe pas une journée dans la semaine où on n’a pas d’appels de gens découragés de tout ce qu’on leur demande pour qu’ils puissent pratiquer leur sport », explique-t-il.

L’enregistrement des armes d’épaule déplaît à tous les chasseurs, particulièrement les plus vieux, souligne Guy Morin, un des instigateurs du mouvement « Tous contre un registre québécois des armes à feu ». « On voit surtout des gens de 60 ans et plus qui décident de lâcher, qui laissent leurs armes dans des postes de police. Ils ont une grande passion pour la chasse, mais ils sont tannés qu’on les considère comme des criminels. Ils se sentent trahis par la classe politique qui a adopté une loi les obligeant à enregistrer leurs armes. »

Depuis le début de l’année, soit avant l’entrée en vigueur des pénalités de la Loi sur l’immatriculation des armes à feu le 31 janvier, les autorités policières remarquent une « petite recrudescence » du nombre d’armes déposées dans les postes de police pour être détruites, signale Guy Rousseau de la sûreté municipale de Granby. « Rien de majeur », précise toutefois le policier qui s’est entretenu jeudi avec un responsable de la collecte des armes délaissées.

La vente d’armes, de munitions et d’autres accessoires liés à la chasse et au tir sportif est un secteur névralgique pour les boutiques de chasse. Pour le Pavillon chasse et pêche, elle représente 84,3 % de son chiffre d’affaires, note M. Dubé. Le désintérêt des chasseurs pour leur passe-temps est compensé par une hausse de l’intérêt pour le tir sportif, dit-il. « Ça nous permet de continuer d’avoir une petite croissance. Mais c’est vraiment triste que des chasseurs de longue date décident d’abandonner. »

Des boutiques dans des régions voisines de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick, en Outaouais et dans le Bas-St-Laurent par exemple, souffrent financièrement de l’existence du registre des armes d’épaule, soutient M. Dubé. « Les chasseurs vont acheter leurs équipements dans la province à côté. Les taxes sont moins élevées et les commerçants n’ont pas à enregistrer les armes qu’ils vendent. Ça fait perdre 30 % du chiffre d’affaires aux boutiques du Québec », calcule-t-il.

Le registre des armes d’épaule aura un impact sur l’économie des régions, insiste M. Morin. « Les chasseurs achèteront moins de matériel ou n’iront plus à la chasse. D’autres vont réduire leurs activités. Est-ce que nos législateurs ont pensé à ça en adoptant leur loi », s’interroge-t-il.

Trop tard?

L’intervention de nombreuses municipalités dans ce dossier réjouit cependant M. Morin. En date de mardi, 142 d’entre elles avaient adopté une résolution s’opposant au registre des armes d’épaule. D’autres, dit-il, le feront dans les prochaines semaines. « On ne s’attendait pas à en avoir autant. On n’avait pas d’attente. Dans la majorité des cas, ce sont des citoyens qui ont amené des résolutions à leur conseil qui les ont adoptées. Notre but, c’était de faire des vagues. »

Cela dit, ces résolutions viennent peut-être trop tard dans le processus, croit M. Morin. « Ça peut servir parce que ça exerce de la pression politique. Mais c’est avant que la loi soit adoptée qu’il fallait le faire. Les gens étaient persuadés que la CAQ (Coalition avenir Québec) allait virer ça de bord. Mais ce n’est pas arrivé. »

Les opposants au registre des armes d’épaule fondent beaucoup d’espoir sur l’Association canadienne des armes à feu qui conteste la décision de la Cour supérieure de reconnaître le droit du gouvernement du Québec de créer son registre. La Cour d’appel entendra les parties le 26 février. L’Association remet en question la constitutionnalité de ce registre.

La décision du tribunal déterminera la suite des choses, pense M. Morin. Si elle est maintenue, restera à voir comment le gouvernement appliquera sa loi. « La première amende donnée, elle va être contestée », promet-il.