Chaudement vêtus, certains tenant des chandelles à la main, plus de mille personnes se sont déplacées tout près de la Grande Mosquée à Sainte-Foy pour réchauffer le coeur des familles des victimes de la tragédie.

Réchauffer les coeurs malgré le froid

Plus de mille personnes ont bravé un froid sibérien lundi soir afin de se rappeler le souvenir des six personnes décédées il y a un an dans la tuerie de la Grande Mosquée de Québec et de lancer un message de paix.

Chaudement vêtus, certains tenant des chandelles à la main, ils se sont déplacés tout près de la Grande Mosquée à Sainte-Foy pour réchauffer le coeur des familles des victimes de la tragédie malgré la froidure. 

Les participants ont écouté les discours, applaudissant et acclamant à tout rompre les témoignages émouvants d’Aymen Derbali, le héros de la tragédie qui a reçu sept balles en tentant de protéger ses frères, et de Nathalie Provost, l’une des survivantes du drame de l’École polytechnique de Montréal.

Aymen Derbali, le héros de la tragédie qui a reçu sept balles en tentant de protéger ses frères, a livré un témoignage émouvant.

Babih, originaire de Mauritanie, tenait à être présent à cette soirée avec ses amis. Il connaissait certaines des personnes présentes à la mosquée le soir du drame. «Nous sommes ici en solidarité avec toutes les victimes partout dans le monde, celles des attentats de Ouagadougou, de Paris. Nous sommes tous les victimes des extrémistes de droite, des extrémistes religieux», a déclaré celui qui ne regrette pas du tout d’avoir choisi le Québec comme terre d’accueil.

«Nous ressentons beaucoup de reconnaissance envers la compassion que nous ont démontré les Québécois, envers l’amour qu’ils nous ont démontré. Nous n’avons pas choisi le Canada et le Québec pour rien», a affirmé le jeune homme.

Avec à la main le portrait des six victimes, quelques personnes tenaient fièrement une grande banderole où il était inscrit «Ensemble contre la haine et le racisme».

Dominique Lachance, directrice du Centre multiethnique de Québec, voulait aussi montrer qu’elle était avec les familles des défunts et qu’elle soutenait la communauté musulmane. 

«Je fais partie du comité tactique pour le rétablissement et on sent, depuis un an, qu’une sensibilité s’est développée envers les Québécois de religion musulmane. Avant, les gens étaient un peu indifférents, mais plus maintenant. Nous, on essaie de continuer à créer des ponts, à déboulonner des mythes en allant dans les écoles avec des intervenants», explique-t-elle.

Paix et compassion

Portant des affiches sur lesquelles ils avaient écrit «La paix et non la guerre», Martin Saint-Louis et Kevin Charron revenaient saluer des gens qu’ils avaient côtoyés à l’époque où ils habitaient le secteur.

«L’une des personnes décédées, j’allais toujours acheter ma viande à sa boucherie. C’est notre ville, c’était notre quartier. Mais aujourd’hui, on voit tout l’amour que les gens ont entre eux», a déclaré Kevin.

L'émotion était bien visible sur les visages de plusieurs personnes présentes.

Même le militant anarchiste et altermondialiste montréalais Jaggi Singh s’était pointé sur place, sa première visite à Québec depuis la reprise de son procès faisant suite à son arrestation dans une manifestation antiraciste.

Singh était venu avec quelques camarades qui tenaient une bannière ornée des mots «Ensemble contre la haine et le racisme». «Il y a des commémorations un peu partout, mais pour nous c’était important d’être présents à Québec pour montrer que nous sommes de tout coeur avec les familles des victimes», a affirmé Singh au Soleil.

Les participants ont écouté les discours et témoignages.

***

CE QU'ILS ONT DIT

«Je tiens à vous remercier pour votre solidarité que vous avez manifestée [...] Krim, mon cher époux, était une personne pieuse, aimante, attentionnée, intègre, honnête qui avait choisi le Québec pour vivre. Il nous manque chaque jour.» — Louiza Mohamed-Said, veuve de la victime AbdelKrim Hassane

«N’attendons pas que les décideurs agissent. Il faut travailler ensemble pour poser les briques du changement. Le vivre ensemble, c’est l’affaire de tout le monde.» — Mohamed Labidi, président du Centre culturel islamique de Québec

«Nous devons avoir une prise de conscience sur la nécessité d’oeuvrer ensemble pour que ce genre de drame ne se reproduise jamais chez nous ni ailleurs.» — Rajaa Doukkar, porte-parole des cinq mosquées de Québec et Lévis

«Ce soir je me sens relié à vous. Je suis frappé par les nombreuses similarités qui nous rapprochent. Tout comme pour vous, les événements ont eu lieu dans un endroit où je me sentais en sécurité [...]» — Nathalie Provost, survivante de la tuerie de Polytechnique de 1989