CAA-Québec a présenté mercredi une dizaine de mesures simples, peu coûteuses qui aideraient à décongestionner la circulation routière.

Quelques idées du CAA-Québec pour réduire la congestion automobile

MONTRÉAL — Pour de nombreux automobilistes, la Fête du travail signale le recommencement de leur calvaire quotidien, alors que l’écrasante majorité des citoyens reprend la routine du transport avec tout ce que cela implique en matière de congestion.

Les questions de transport et de circulation occupent d’ailleurs leur propre voie réservée ces jours-ci où les pilotes d’autobus de campagne cherchent à dépasser leurs concurrents en promettant - les deux mains sur le volant - tramways, prolongements de métro, autoroutes, covoiturage, pistes cyclables et autres trains électriques sous le sapin électoral.

Pourtant, selon le CAA-Québec, les infrastructures lourdes qui carburent aux milliards d’investissements ne doivent pas être vues comme un sens unique. L’organisme a en effet présenté mercredi une dizaine de mesures simples, peu coûteuses qui, à défaut de guérir la sinusite routière, aideraient à tout le moins à décongestionner le patient.

Ces solutions sont tirées d’une étude réalisée par la firme de consultants CPSC, publiée en décembre 2016.

- «Zipper merge» (insertion tardive en fermeture éclair)

Ceci repose entièrement sur votre comportement en tant qu’automobiliste: les études démontrent que la meilleure façon de s’insérer dans la circulation quand deux voies fusionnent est de le faire au bout de la voie d’accès, tour à tour, et non le faire le plus rapidement possible, une approche qui réduit la différence de vitesse entre deux voies et qui peut réduire jusqu’à 40 pour cent l’importance du refoulement du trafic.

- Paravents «anti-wouèreux»

Installer des paravents temporaires pour bloquer la vue aux automobilistes qui circulent à proximité d’une scène d’accident «pour voir». Les automobilistes ralentissent en moyenne pendant 12 secondes à proximité d’une scène d’accident dans la voie opposée; avec les paravents, c’est plutôt 4 secondes et des essais au Royaume-Uni ont généré des retombées économiques évaluées à 300 000 $ pour chacun des incidents où des paravents ont été utilisés.

- Drones enquêteurs

L’utilisation de drones pour accélérer la prise de photos des scènes d’accident aux fins d’enquête policière a permis de réduire la fermeture de voies de 30 à 45 minutes lors d’essais en Europe. Entre le tiers et la moitié de la congestion routière est attribuable aux incidents de circulation et les drones permettent d’accéder à la scène d’accident plus facilement et de recueillir immédiatement des informations.

- Feux de circulation plus intelligents

Synchroniser les feux et leur permettre de s’adapter en temps réel aux routines et aux incidents de circulation améliorerait considérablement la fluidité. Les systèmes les plus performants permettent une réduction de 40 pour cent du temps perdu. La rentabilité de l’investissement (en temps, carburant, pollution, etc.) est établie à 64$ pour chaque dollar investi. Au Colorado, deux projets permettent de conclure que la durée cumulative des arrêts peut diminuer de 54%.

- Entrées d’autoroute régulées par feux de circulation

Installer des feux de circulation au début des bretelles d’accès à l’autoroute assure une entrée fluide et uniforme sur les voies rapides. Lors d’un projet pilote, Paris a rapporté des économies de temps de 15 pour cent, une augmentation de la vitesse de circulation moyenne de 10 km/h en période de pointe, une réduction de 20 pour cent du nombre de collisions et une diminution de 30 pour cent de la pollution atmosphérique.

- Péage sur voie réservée

Permettre aux automobilistes qui le souhaitent d’acheter une vignette pour circuler dans des voies réservées se traduit par une augmentation de 6 pour cent de la vitesse de croisière dans les autres voies. L’État y trouve son compte avec l’entrée d’argent et le système est beaucoup plus simple que le péage classique. Pour éviter une congestion de la voie réservée, par exemple, un tronçon de la Queen Elizabeth Way à Toronto offre des laissez-passer d’une durée de 3 mois en quantité limitée et vendus par tirage au sort.

- Covoiturage facile et rentable

Le potentiel du covoiturage est énorme - entre 80 pour cent et 90 pour cent des véhicules sur la route ont au moins 3 places libres à bord - mais son expansion repose sur une implication à la fois des entreprises et des réseaux de transport en commun. Les initiatives représentent un faible coût pour les entreprises et les individus tandis que, pour les réseaux, de tels services sont beaucoup moins chers qu’un parcours d’autobus dans les secteurs moins denses.

Parmi les exemples évoqués par le CAA: Way to Go, à Denver, prête une fourgonnette à tout groupe de 5 à 15 personnes qui voyagent quotidiennement vers une même destination. Smart Commute, à Toronto et à Hamilton, propose d’aider les entreprises à augmenter le covoiturage avec différents outils de diagnostic, de logistique, de jumelage, etc. Loblaw y a eu recours: en 3 ans, la part des employés conduisant seuls est passée de 67 pour cent à 51 pour cent et le covoiturage a grimpé de 27 pour cent à 47 pour cent. Les coûts pour l’entreprise? L’équivalent d’une heure-personne par mois.

- Retour garanti en taxi

Offrir à un employé la garantie qu’il pourra retourner gratuitement à la maison en taxi en cas de besoin vient lever l’une des barrières les plus importantes au covoiturage lorsqu’on sait qu’on pourra rentrer à la maison plus tôt ou plus tard, par exemple en cas d’urgence familiale.

- Paiement du transport collectif par carte de crédit

La possibilité de permettre le paiement mobile avec un téléphone intelligent ou le paiement sans contact avec une carte de crédit dans les réseaux de transport collectif rend ceux-ci beaucoup plus conviviaux pour l’usager occasionnel. De plus, à terme, le paiement ouvert pourrait permettre des économies aux sociétés de transport, qui n’auraient plus à entretenir un système de paiement fermé.

- Plus de Bixi

Le Bixi ou tout autre système de location de vélo libre-service s’avère idéal pour les touristes ou pour les courts trajets urbains. Le système s’avère populaire partout où il est implanté, il est peu coûteux, s’intègre bien aux réseaux de transport collectif et contribue à diminuer l’utilisation de l’automobile.

La congestion en quelques chiffres:

L’étude réalisée par CPSC a permis de dresser la liste des 20 pires goulots d’étranglement au Canada, dont cinq se trouvent à Montréal et un à Québec.

Bien qu’ils ne couvrent ensemble que 65 kilomètres de route, ces 20 goulots représentent à eux seuls:

- 11,5 millions d’heures perdues pour les automobilistes

- 22 millions de litres d’essence gaspillés

- 58 000 tonnes de gaz à effet de serre générés inutilement

- 287 millions $ de pertes (coûts engendrés par les retards)