Très attendue par le milieu, la nouvelle politique culturelle sera rendue publique mardi, en grande pompe, à Montréal, par la ministre Marie Montpetit et le premier ministre Philippe Couillard.

Québec souhaite revoir le statut des artistes

Le gouvernement Couillard veut hisser la culture, éternelle laissée pour compte, au rang des priorités, en misant essentiellement sur deux objectifs: revoir le statut de l’artiste et favoriser de toutes les manières possibles une fréquentation accrue des productions culturelles québécoises.

Québec se donnera les moyens de ses ambitions, en prévoyant consacrer quelque 600 millions $ supplémentaires, au cours des cinq prochaines années, pour appliquer sa nouvelle politique culturelle et le plan d’action qui l’accompagne.

Très attendu par le milieu, le document de près d’une cinquantaine de pages, dont La Presse canadienne a obtenu copie, sera rendu public mardi, en grande pompe, à Montréal, par la ministre Marie Montpetit et le premier ministre Philippe Couillard, devant un parterre de 200 personnes issues du monde culturel.

Le document, intitulé Partout, la culture, démontre la volonté de Québec de répondre aux attentes du milieu, qui réclamait depuis des années une mise à niveau du statut professionnel des artistes, à l’ère du numérique, et de leurs conditions de vie, tout en souhaitant un soutien accru de l’État afin de percevoir les revenus auxquels ils ont droit.

La ministre Montpetit va donc s’engager à revoir les deux lois existantes sur le statut de l’artiste adoptées en 1987 et 1988.

On visait à l’époque à donner pour la première fois aux artistes un statut juridique sur le plan fiscal et celui des relations de travail. Ils devenaient des travailleurs autonomes mieux armés pour négocier de bons contrats.

Mais les organismes du secteur culturel revendiquaient depuis des années que ces lois soient dépoussiérées pour tenir compte, notamment, de l’évolution des technologies.

Conditions à la hausse

Par la même occasion, les conditions de vie et de travail des artistes seront aussi revues à la hausse: Québec s’engage à resserrer le filet de protection sociale des créateurs, faciliter l’accès à un régime de retraite et à des assurances collectives, de même qu’à prévoir des mesures fiscales qui tiennent mieux compte de la réalité professionnelle particulière des artistes et créateurs.

Le gouvernement s’engagera aussi à parfaire ses connaissances des «conditions socioéconomiques des artistes et des travailleuses et travailleurs culturels», afin de mieux répondre à leurs besoins.

«Le travail artistique et culturel se caractérise souvent par la précarité d’emploi, le cumul de statuts et la combinaison de plusieurs modes de rémunération. Encore aujourd’hui, de nombreux créateurs n’arrivent pas à vivre de leur art», peut-on lire dans le document.

Pour remédier à cette situation, on veut par ailleurs miser sur une offre accrue de produits culturels.

Dans un contexte de vive concurrence internationale, Québec entend bien élargir l’offre culturelle en stimulant la création. Au total, 169 millions $ ont été réservés à cette fin, dont l’essentiel (100 millions $) sera versé aux deux principaux organismes de soutien à la création: le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et la Société des entreprises culturelles (SODEC).

Le gouvernement va promettre aussi de se montrer «vigilant» sur la question des droits d’auteur, prêt à intervenir au besoin auprès d’Ottawa, pour «favoriser la juste rémunération des artistes».

Revoir la formation

Par ailleurs, le ministère de la Culture va revoir, dans son ensemble, la formation offerte aux artistes. On dit vouloir en améliorer «la cohérence et l’accessibilité», tout en favorisant le perfectionnement continu.

La nouvelle politique culturelle, accompagnée d’un plan d’action détaillé comptant une quarantaine de mesures, succédera à celle adoptée en 1992 par la ministre de l’époque, Liza Frulla. Elle ne prévoit pas de changement de cap majeur en matière d’intervention de l’État dans ce secteur d’activité.

La ministre Montpetit priorisera quatre grandes orientations: favoriser l’accès à la culture, mieux soutenir les créateurs, dynamiser la culture en région et faire de la culture un outil de développement économique.

Dans ses grandes lignes, le cadre financier de la politique culturelle avait été annoncé lors de la présentation du dernier budget Leitao en mars. Le plan d’action rendu public mardi va décliner dans le détail comment seront réparties les sommes prévues.

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POINTS SAILLANTS DE LA POLITIQUE CULTURELLE

  • Québec injectera 600 millions $ supplémentaires dans le secteur culturel au cours des cinq prochaines années;
  • Les deux lois existantes sur le statut de l’artiste seront révisées pour offrir un meilleur filet de protection sociale;
  • Québec veut que les enfants soient mis davantage en contact avec les productions culturelles: 35 millions $ serviront à augmenter le nombre de sorties culturelles des élèves;
  • Pour stimuler et mieux soutenir la création: le budget combiné consenti au Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et à la Société des entreprises culturelles (SODEC) est bonifié de 100 millions $ sur cinq ans;
  • On réservera plus de 110 millions $ pour favoriser la culture dans les régions;
  • L’accès aux musées financés par l’État sera gratuit un dimanche par mois, une mesure évaluée à 5 millions $ en cinq ans;
  • Le volet numérique de la politique devrait accaparer 116 millions $, dont 40 millions $ destinés aux entreprises culturelles spécialisées dans la production et la diffusion d’oeuvres s’appuyant sur du contenu numérique;
  • Plusieurs institutions culturelles auront droit à un coup de pouce additionnel de 42 millions $, au total, dès cette année (dont 3 millions $ au Musée d’art contemporain de Montréal, 1,5 million $ au Musée de la civilisation et 1,5 million $ au Musée national des beaux-arts du Québec);
  • Le volet prévu pour appuyer la culture et le patrimoine en régions aura droit à 110 millions $, dont 19 millions $ pour financer l’organisation d’événements.