Propos homophobes: un couple doit verser 18 000 $ à ses anciens propriétaires

Le Tribunal des droits de la personne a condamné un couple de Québec à verser 18 000 $ à ses anciens propriétaires pour avoir tenu des propos homophobes à leur égard.

Claude Tardif et Marie-Claude Poulin étaient locataires d’un immeuble appartenant à Renald Blais et à Richard-Alain Loubier, qui exploitent aussi un dépanneur dans le même bâtiment. 

Les relations entre les deux couples ont commencé à se dégrader en juillet 2015, après que des locataires se furent plaints du bruit provenant du logement de M. Tardif et de Mme Poulin. Les propriétaires ont envoyé à ces derniers une lettre recommandée leur enjoignant de cesser le vacarme.

La situation étant devenue «intenable», MM. Blais et Loubier ont décidé de reprendre l’appartement occupé par M. Tardif et sa conjointe pour s’y loger. Un avis de reprise de possession de logement a ainsi été envoyé au couple le 31 décembre 2015. 

Le jour où elle a reçu cet avis, le 5 janvier 2016, Marie-Claude Poulin a écrit sur Facebook un message à l’intention de ses propriétaires dans lequel elle mentionnait qu’ils devraient «apprendre à péter dans le bon trou». 

Plus tard, le 20 janvier, Mme Poulin a tenu d’autres propos homophobes dans une conversation accessible à environ 27 personnes. «Ils sont cons, ces deux fifs», écrira-t-elle notamment. 

Le 2 février, elle a publié un nouveau statut dans lequel elle expliquait être à la recherche d’un logement à la suite de la reprise de son logement par les propriétaires. «J’ai jamais eu envie de tuer comme ça… Un beau ti couple d’homos… J’avais rien contre eux avant…»

Ces propos ont été portés à l’attention de MM. Blais et Loubier par un ami qui en avait pris connaissance. 

Vers la mi-février, le conjoint de Mme Poulin a refusé qu’un plombier entre dans leur logement pour régler un problème de fuite d’eau provenant de leur toilette. Renald Blais a alors menacé d’appeler la police pour avoir accès à l’appartement avec son plombier. Alors que M. Blais était sur le perron, Claude Tardif lui a lancé : «Tu pues, vas te laver l’anus.»

En mars 2016, MM. Blais et Loubier ont envoyé une mise en demeure à leurs locataires pour qu’ils cessent notamment de tenir à leur endroit des propos insultants, diffamatoires et homophobes. 

Claude Tardif et Marie-Claude Poulin ont quitté leur logement le 23 avril 2016, mais sont demeurés locataires jusqu’au 30 juin. Pendant le mois de mai, M. Tardif, qui retournait régulièrement à l’appartement pour aller chercher des biens, a fait des doigts d’honneur à M. Loubier. «Souvent, M. Tardif fait des gestes grossiers simulant une fellation», peut-on lire dans le jugement du Tribunal des droits de la personne rendu à la fin du mois dernier.

Explications rejetées

La juge Doris Thibault a rejeté «sans hésitation» l’explication de M. Tardif selon laquelle il aurait dit à M. Blais d’aller se laver «parce qu’il sentait la merde» et qu’il «avait des cernes sur ses pantalons». «Cette explication est à la fois offensante et peu crédible. Le Tribunal conclut que ces propos […] sont une allusion directe à l’orientation sexuelle de ce dernier», tranche-t-elle. 

Le Tribunal a aussi cru les témoignages de M. Loubier et de son conjoint suivant lesquels M. Tardif a, à plusieurs reprises, mimé une fellation en passant devant leur dépanneur. «L’explication de M. Tardif selon laquelle ses gestes sont en fait des bâillements est totalement farfelue», estime la juge Thibault, qui voit également dans ces gestes une allusion directe à l’orientation sexuelle des plaignants. 

Ont aussi été jugés discriminatoires les propos tenus sur Facebook par Mme Poulin, y compris ceux voulant que MM. Loubier et Blais devraient «apprendre à péter dans le bon trou». «Elle soumet que l’expression “péter dans le bon trou” est utilisée dans sa région natale, le Saguenay, pour dire à une personne qu’elle doit “apprendre à vivre”. […] Dans un contexte où Mme Poulin a, quelques jours plus tard, tenu des propos ouvertement homophobes envers MM. Blais et Loubier, le Tribunal associe cette expression à une allusion à l’orientation sexuelle» des plaignants, écrit la juge Thibault. 

MM. Loubier et Blais ont été profondément affectés par le conflit les opposant à leurs locataires. M. Blais a notamment témoigné à l’effet que les propos et les gestes homophobes de M. Tardif et de Mme Poulin lui ont rappelé l’intimidation dont il a été victime à l’école primaire, «une période très sombre pour lui». «Il ne pensait pas revivre ce type de situation à l’âge adulte. Il en est découragé», résume le Tribunal.

Claude Tardif et Marie-Claude Poulin ont été condamnés à verser respectivement des montants totaux de 11 000 $ et de 7000 $ aux plaignants.