Un des fils du tyran a qualifié son père de «monstre cruel et sadique».

Procès du «tyran de la Beauce»: il «en voulait toujours plus»

«On ne décelait aucune humanité dans son regard. Il s’abreuvait de notre souffrance et en voulait toujours plus.»

La femme de 37 ans, mère de quatre et bientôt cinq enfants, parle de son père. Celui qui restera dans les mémoires comme le «tyran de la Beauce», coupable de 47 accusations pour des sévices physiques, moraux et sexuels sur ses neuf enfants, leur mère ainsi que trois jeunes femmes du voisinage.

Les enfants et leur mère ont été battus à coups de bûche, serrés à la gorge, séquestrés dans une grange froide, affamés, menacés avec une carabine, abreuvés d’insultes. Entre autres. Les filles ont dû subir les attouchements sexuels de leur père.

Six des neuf enfants ont témoigné, verbalement ou par écrit, mercredi au palais de justice de Saint-Joseph de Beauce, à l’occasion des représentations sur la peine. Avec sobriété, ils ont détaillé leurs cicatrices, mises à vif par le processus judiciaire.

Plusieurs victimes ont expliqué avoir pris de la drogue et de l’alcool très jeune, parfois autour de 10 ans, pour essayer d’oublier. «C’était mon automédication», a dit une fille.

Une autre fille explique à quel point son père, catholique très pratiquant, pouvait les écraser. «À force de vouloir te prendre pour Dieu, pour moi tu es devenu le démon», a-t-elle lancé à son père.

Un des fils du tyran a qualifié son père de «monstre cruel et sadique». Il estime que le bourreau devrait passer le reste de sa vie en prison. «Il vit dans un monde bien à lui où le remords et le regret n’existent pas», croit le fils, aujourd’hui âgé de 40 ans.


« À force de vouloir te prendre pour Dieu, pour moi tu es devenu le démon »
L’une des filles du «tyran de la Beauce»

Une de ses sœurs, «la plus vieille des petites», doit toujours prendre une lourde médication. Avec l’aide de sa psychologue, elle tente d’éloigner les flashs. Elle veut cesser de sentir des mains sur elle, des coups dans son dos. Elle veut oublier l’odeur de l’haleine de son père avant qu’il ne se fasse arracher des dents.

Mais surtout, elle veut reconstruire son estime d’elle-même. «Je serai probablement épouvantée par mon père pour le reste de ma vie, constate-t-elle. Mais mon fils, grâce au courage de toute ma famille, n’aura pas à avoir peur de lui.»

Résultat de son enfance

L’accusé de 64 ans a d’emblée évoqué, sans les détailler, des mauvais traitements qu’il aurait subis dans des écoles de réforme. «Je suis le résultat de mon enfance», assure-t-il, pendant que ses enfants hochent la tête en signe d’exaspération.

Celui qui parle d’abondance devant le tribunal se dit pourtant incapable d’exprimer ses sentiments. «Je suis comme prisonnier de moi-même, affirme-t-il. Les gens disent que je manque d’empathie. J’en manque pas, mais tout se passe en dedans», assure-t-il en pleurant à chaudes larmes.

L’accusé a confié au juge qu’il irait avec plaisir en prison pour le reste de ses jours s’il avait la certitude que son incarcération guérirait ses enfants. «Je les aime au point de disparaître», jure-t-il.

À ce moment, l’accusé cesse de regarder le juge René de la Sablonnière et se tourne vers ses enfants. «Je suis conscient du mal que j’ai fait», assure le père.

Je suis vraiment fier de tous vous autres. Vous êtes merveilleux et je vous aime.»

À ce moment, un de ses fils se lève et sort de la salle d’audience, dégoûté.

La femme qui partage la vie du tyran depuis 23 ans s’était déplacée du Nouveau-Brunswick pour défendre son conjoint. 

«Ça fait trois ans que je l’attends, insiste-t-elle. Pensez-vous vraiment que je l’attendrais s’il était aussi violent et aussi fou que les gens disent?»

La dame, qui a une fille avec l’accusé, le qualifie «d’homme bon», dont les qualités sont plus grandes que les défauts. «C’est pour ça que je ne veux pas qu’il passe toute sa vie en prison!»

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AU MOINS LA MOITIÉ DE SA PEINE

Quinze? Dix-huit? Vingt ans? Chose certaine, la poursuite réclamera une peine sévère pour le tyran de la Beauce, en harmonie avec les récentes sentences pour des crimes du genre. 

Le bourreau Jacques Vachon s’était vu imposer en 2013 une peine de 18 ans pour une douzaine d’années de sévices sadiques sur quatre victimes. 

Le procureur de la Couronne MNicolas Champoux présentera au juge une requête pour que le père tortionnaire purge au moins la moitié de sa peine avant d’être admissible à une libération conditionnelle, plutôt que de pouvoir faire une demande au tiers ou au sixième de sa peine. 

La Couronne demandera aussi au juge de suivre la recommandation d’une psychiatre et de déclarer le tyran «délinquant à contrôler». Après sa sortie de prison, il ferait ainsi l’objet d’une surveillance de la part des services correctionnels pour un maximum de 10 ans.

La défense conteste l’imposition de ce statut de délinquant à contrôler.  

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DU «TEMPS DUR» EN PRISON

Le tyran de la Beauce se plaint d’avoir fait du «temps dur» au Centre de détention de Québec et voudrait que sa détention préventive compte pour le double plutôt que pour 1,5. Il est détenu depuis l’équivalent de quatre ans et demi. Le père a raconté qu’il a fait l’objet d’un protocole particulier après avoir tenu des propos menaçants au meurtrier de la Grande Mosquée Alexandre Bissonnette. «Je lui ai dit qu’il fait son petit roi partout, mais en allant au pénitencier, il va trouver qu’il y a beaucoup d’Arabes», a raconté l’accusé. Depuis cet événement, il dort à l’infirmerie et passe la journée assis sur une chaise dans un secteur de protection.