Au total, il reste sur la planète 411 baleines noires, dont le nombre décline. Aucun baleineau nouveau-né n’a été observé en 2018. Ces baleines vivent toutes au Canada et aux États-Unis, sur la côte est.

Près de la moitié des baleines noires restantes dans le monde dans le golfe du Saint-Laurent

GASPÉ — La plus grosse concentration de baleines noires, une espèce en voie de disparition, se situe dorénavant dans le sud du golfe du Saint-Laurent, en eaux canadiennes, généralement de la fin d’avril à la fin de décembre.

De plus, depuis deux ans, une seule baleine noire a été vue à une profondeur inférieure à 50 mètres, ce qui pourrait remettre en question la pertinence d’interdire temporairement la pêche côtière au homard dans certains secteurs, une mesure prise l’été dernier pour protéger ces mammifères contre les empêtrements dans les cordages.

Les scientifiques de Pêches et Océans Canada ont partagé mardi les données recueillies par avion, par bateau et par surveillance acoustique en 2018. Ils estiment à 190 le nombre de baleines noires présentes dans le sud du golfe Saint-Laurent, soit près de la moitié de la population mondiale.

Au total, il reste sur la planète 411 individus de cette espèce, dont le nombre décline. Aucun baleineau nouveau-né n’a été observé en 2018. Ces baleines vivent toutes au Canada et aux États-Unis, sur la côte est.

«C’est un changement réel, pas juste une question d’efforts [d’observation]», estime le biologiste Mike Hammill, de Pêches et Océans, à propos des observations dans le golfe.

Les baleines noires tendent à délaisser leur habitat traditionnel de la baie de Fundy et du bassin de Roseway, au large de la Nouvelle-Écosse.

Leur plat principal, les copépodes, se raréfient dans ces régions. Ce crustacé gros comme un grain de riz devient moins abondant aussi dans le golfe, mais le changement y est moindre.

La première baleine noire a été détectée le 30 avril dans le golfe en 2018. Elles y ont passé l’été et y sont toujours. Les dernières ont quitté à la fin décembre en 2017. Elles restent en moyenne 34 jours dans le même secteur.

Les homardiers avaient raison

Pêches et Océans a interdit la pêche au homard à partir du 17 juin de Percé à Gascons, en Gaspésie, après l’observation d’une baleine noire au large. Les 64 homardiers touchés estiment avoir essuyé des pertes de 2,77 millions de dollars. Ils ont toujours plaidé qu’ils installent leurs casiers dans moins de 37 mètres d’eau, où les baleines ne vont pas.

Les données de Pêches et Océans semblent leur donner raison. Sur 171 baleines noires localisées précisément dans le golfe en 2017 et 2018, une seule se trouvait dans moins de 50 mètres d’eau.

Les scientifiques manquent d’informations sur la position détaillée des casiers, a fait valoir M. Hammill, ce qui les empêche d’évaluer les possibles interactions entre les baleines et la pêche au homard. Le risque «n’est peut-être pas de zéro, mais il y a beaucoup moins de risque parce qu’on ne voit pas de baleines dans ce secteur», a toutefois admis M. Hammill.

Le directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels de la Gaspésie, O’Neil Cloutier, accueille cette conclusion avec un mélange de soulagement et de frustration.

«C’est toujours ce qu’on a dit, depuis le début. Nous, où on pêche, on ne voit jamais de baleines noires. On avait offert (au ministère fédéral des Pêches et des Océans de pêcher dans 20 brasses (18 mètres) et ça nous a été refusé. Il n’y a aucune pêche au homard qui se fait à 50 mètres de profondeur (…) Il n’y a pas de présence de copépodes, où l’on pêche», insiste M. Cloutier.

Dans les discussions qui auront lieu cet hiver, il recommandera à Pêches et Océans Canada «d’appliquer les normes américaines, à savoir fermer un secteur de pêche seulement si trois baleines s’y trouvent en même temps» et tenir mieux compte des aires d’alimentation des baleines dans les mesures de gestion.

Les 2,77 millions $ perdus reviennent à 43 300 $ par détenteur de permis. «Plusieurs pêcheurs ont perdu 60 000 $», souligne M. Cloutier. Pêches et Océans Canada a refusé d’indemniser ces pêcheurs récemment.

Les mesures de protection de la baleine noire ont aussi causé des ennuis aux crabiers, qui ont généralement réussi à capturer leur quota, au prix d’un grand effort dans une zone restreinte.

En 2017, 12 baleines noires sont mortes en eaux canadiennes. Les collisions avec des navires ont aussi causé des pertes. Transport Canada a réduit la vitesse des navires de plus de 20 mètres pour limiter ces risques.