Pascal Bastarache

Préposée aux bénéficiaires suspendue pour avoir refusé d’effectuer du temps supplémentaire: «il faut que ça cesse»

TROIS-RIVIÈRES — Créer du temps supplémentaire pour remplacer une préposée aux bénéficiaires suspendue pour avoir refusé d’effectuer du temps supplémentaire obligatoire (TSO), c’est ce qui est arrivé dans un établissement de la région. La situation «illogique» a été dénoncée en milieu de semaine par le président du syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers CSN Mauricie et Centre-du-Québec.

«Malheureusement, la problématique qu’on vit aujourd’hui est connue depuis des années […] On a de plus en plus de membres qui refusent de faire du TSO parce qu’ils sont épuisés. Ils sont déjà en surcharge de travail quotidiennement. Il y en a de plus en plus qui se sentent incapables de rester après leur quart de travail parce qu’ils sont épuisés mentalement et physiquement», affirme Pascal Bastarache, président du syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers CSN Mauricie et Centre-du-Québec.

«Quand ça arrive, le CIUSSS envoie des lettres de mesures disciplinaires aux salariés pour leur dire qu’ils ne peuvent pas faire ça et que dès que c’est demandé, ils sont obligés de rester», ajoute-t-il

Une façon de faire que dénonce haut et fort le syndicat qui soutient que de menacer les salariés de mesures disciplinaires est «vraiment la dernière chose à faire dans un contexte de pénurie».

L’événement dénoncé mercredi par le syndicat aurait eu lieu au CHSLD du Chêne à Victoriaville, mais ce ne serait pas un cas isolé en Mauricie et au Centre-du-Québec.

«On est en train de faire enquête présentement, mais on a vraiment beaucoup de lettres de la sorte. Il y en a une trentaine qui ont été déposées à des salariés qui refusent de faire du temps supplémentaire obligatoire. C’est très fréquent à Victoriaville, Drummondville et Shawinigan. Nous on répète qu’on veut travailler en collaboration avec l’employeur. Ce type de menaces, il faut absolument que ça cesse», insiste Pascal Bastarache.

Ce dernier garde quand même espoir depuis l’annonce de la direction du CIUSSS MCQ qui souhaite faire un «virage à 180 degrés» dans l’approche au niveau des ressources humaines, pour tenter de contrer la pénurie de main-d’œuvre.

«On a un peu espoir, mais quand on voit que cette pratique-là est encore présente à Victoriaville. […] De marcher sous la menace, ça ne règle pas la problématique, au contraire, je crois que ça peut juste l’empirer», insiste M. Bastarache.

Le CIUSSS MCQ a refusé de commenter le cas dénoncé en milieu de semaine pour des raisons de confidentialité, mais a toutefois tenu à s’expliquer.

«Pour assurer la continuité et la sécurité des soins à la population, on doit demander à des employés de rester en TSO. Évidemment, on compte sur leur collaboration. […] Le TSO, c’est quelque chose qui se fait par équité pour l’ensemble des employés pour que ce ne soit pas toujours les mêmes. On y va à tour de rôle, mais lorsqu’une personne refuse à plusieurs reprises de faire du temps supplémentaire obligatoire, la personne est rencontrée par son supérieur», explique Antranik Handoyan, directeur adjoint - Attraction, rétention, planification des talents et services aux employés au CIUSSS MCQ.

«Il y a des situations qu’on comprend, d’autres qu’on va tolérer, mais d’autres malheureusement qu’on ne tolère pas. S’il y a une répétition de refus, effectivement on peut en arriver à écrire formellement à l’employé», a-t-il ajouté.

Le CIUSSS a également tenu à souligner le dévouement des employés dans un contexte plutôt difficile et martèle qu’on travaille à éviter ce genre de situation.

Il faut dire que la situation est particulière en période estivale en raison des vacances. Les congés créent une pression dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre notamment au niveau des préposés aux bénéficiaires.

«C’est important que nos employés puissent bénéficier de leur temps de vacances. […] Ça nous met un stress particulier, mais je souligne l’excellente collaboration des employés», note M. Handoyan.

Ce dernier soutient par ailleurs que le CIUSSS MCQ est très confiant d’être capable d’améliorer progressivement la situation.

«On va amorcer un virage qui, on l’espère, va nous permettre d’attirer davantage de candidats chez nous et aussi accroître le nombre de personnes intéressées à s’enrôler dans les maisons d’enseignement notamment pour devenir préposé aux bénéficiaires. Il y a plusieurs choses positives sur lesquelles on travaille», ajoute Antranik Handoyan.

Rappelons qu’en novembre dernier, le syndicat a déposé un grief collectif «pour abus de temps supplémentaire obligatoire» au nom de l’ensemble des salariés. Une somme de près de 12 millions $ en dommages et intérêts est réclamée.

«Présentement, on connaît le nom de l’arbitre qui va trancher. Le processus doit débuter en novembre cette année», a conclu Pascal Bastarache.