Trois Canadiens sur 10 ont indiqué que la situation liée à la COVID-19 avait des répercussions modérées ou majeures sur leur capacité de respecter leurs obligations financières ou de répondre à leurs besoins essentiels, dit Statistique Canada.
Trois Canadiens sur 10 ont indiqué que la situation liée à la COVID-19 avait des répercussions modérées ou majeures sur leur capacité de respecter leurs obligations financières ou de répondre à leurs besoins essentiels, dit Statistique Canada.

Préparer son portefeuille à une deuxième vague de contamination

La première vague de la pandémie a pris le monde par surprise. Avec le déconfinement, la menace d’une deuxième vague inquiète. Comment s’y préparer financièrement? Le responsable du baccalauréat en économique de l’Université de Sherbrooke, David Dupuis, se penche sur la question.

Sa première recommandation sur le plan de la finance personnelle consiste à mettre sur pied un fonds d’urgence. 

Mais, précise le chargé de cours, même avant la crise, plusieurs ménages se disaient incapables d’épargner: ils n’ont donc pas eu le temps ni la capacité de prévoir ce fonds d’urgence. 

Le taux d’épargne des ménages est en baisse constante depuis les 20 dernières années, passant d’une moyenne d’environ 5,5 % en 2000 à 1,5 % en 2018, rapporte Statistique Canada.   

Trois Canadiens sur 10 ont indiqué que la situation liée à la COVID-19 avait des répercussions modérées ou majeures sur leur capacité de respecter leurs obligations financières ou de répondre à leurs besoins essentiels, ajoute Statistique Canada dans une étude réalisée avec les données de mars 2020.

Une solution se trouve du côté des dépenses, ou plutôt de leur diminution. Les mesures de confinement ont mis un frein à la capacité de consommer. 

«Il y a des pans complets du commerce de détail qui ont complètement fermé. C’est pratiquement de l’épargne forcée pour plusieurs ménages. Il s’agit d’utiliser cette épargne-là pour constituer le fond d’urgence», conseille David Dupuis. 

Il faut ensuite s’assurer, si ce n’est pas déjà fait, d’éplucher la liste des programmes gouvernementaux pour déterminer ceux qui peuvent s’appliquer à notre situation.

Le gouvernement du Québec offre une plateforme qui permet de faire cette vérification, (www.quebec.ca/programmes-aide-gouvernementaux-covid19/), et Radio-Canada offre aussi un outil pour s’y retrouver (ici.radio-canada.ca/info/2020/04/programmes-aide-financiere-covid-19-federal-provinces-outil/).

«Une grande partie des inégalités dans nos sociétés vient du fait que les gens ne sont pas toujours au courant des programmes qui sont à leur disposition», dit David Dupuis, qui suggère aussi de se tourner vers les centres d’emplois, un incontournable lorsqu’on se retrouve sur le chômage.

Les centres d’aide au budget personnel, présents sous différents noms dans la province, sont aussi des ressources pertinentes pour mettre de l’ordre dans ses finances personnelles.

Les entreprises : repenser son modèle d’affaires...

Le fonds d’urgence pour les ménages a son pendant pour les entreprises: les mesures de protection de la liquidité. Il s’agit en fait de sécuriser les entrées de fonds. 

Plusieurs programmes ont aussi été annoncés pour aider les entreprises à passer à travers la crise: Aide d’urgence aux petites et moyennes entreprises, Aide d’urgence du Canada pour le loyer commercial, Subvention salariale d’urgence du Canada de 75 %, etc.

«Il ne faut pas oublier ce qu’on a appris de la première vague», plaide l’enseignant. Plusieurs entreprises se sont réorganisées pour faciliter le télétravail, alors que celles qui ont besoin absolument que la tâche se fasse en présentiel doivent appliquer des mesures sanitaires prescrites pour limiter la propagation au sein de son entreprise et pour permettre la reprise des activités.

Une meilleure préparation permettra, dans l’éventualité d’une deuxième vague de contamination, que l’économie ne soit pas mise sur «pause» à nouveau. 

«On s’est tous fait prendre de court et il a fallu limiter les déplacements et la production. Dans le cas d’une deuxième vague, la question est de savoir si on a assez appris de la première vague et si on est capable de maintenir un certain niveau d’activité, tout en maintenant les consignes sanitaires à un niveau le plus élevé possible», soutient David Dupuis. 

Dans la plupart des entreprises, c’est dans le domaine du possible, poursuit-il. L’application stricte des normes sanitaires deviendra la norme même si cela pose un enjeu de productivité. 

«Il n’y a pas une entreprise qui, face à un protocole sanitaire, va être aussi efficace en production qu’elle ne l’était dans le passé. Je crois que c’est de se leurrer que de penser cela, mais que c’est mieux que de tout perdre», avertit le professeur.

Ce genre de crise devrait agir comme un stimulant à la créativité entrepreneuriale pour réorienter la production, croit-il. L’apparition de nouveaux besoins, comme le port du couvre-visage, est aussi une réalité avec laquelle les entrepreneurs doivent composer.