Le chirurgien et ophtalmologiste Mazen Choulakian a implanté le premier iris artificiel en Estrie en octobre dernier.

Première implantation d’un iris artificiel en Estrie

Fuir la lumière n’est pas une sinécure. Marie-France Lazure peut en témoigner. La Granbyenne a accidentellement perdu il y a quelques années la presque totalité de son iris droit. Elle a alors entamé une « vie d’ermite », restreignant ses sorties au minimum. Cette période sombre n’est plus qu’un mauvais souvenir depuis que le Dr Mazen Choulakian, qui pratique à Sherbrooke, lui a implanté un iris artificiel.

Il y a près de trois ans, la vie de Mme Lazure a basculé, prenant une tangente pour le moins inattendue. « Tout allait bien jusqu’à ce que je fasse une mauvaise chute. J’ai perdu les trois quarts de mon iris. J’ai subi une grosse opération. Ça a été toute une épreuve. Et ce n’était que le début », a confié en entrevue celle qui approche la soixantaine.

L’iris agit en quelque sorte comme un filtre pour la lumière qui entre dans l’œil. Même le plus fin rayon est ainsi devenu rapidement son pire ennemi. Se qualifiant de « femme active », elle a dû s’astreindre à un régime de vie draconien. « Le moindre rayon lumineux m’aveuglait, du soleil à l’éclairage aux néons. C’était insupportable. Je devais porter une patch dans ma lunette. En fait, je devais faire une croix sur plusieurs choses. Aller au centre [commercial], marcher dehors de jour. Même utiliser un ordinateur m’affectait. C’est simple, je vivais comme un vampire, dans la pénombre », a-t-elle imagé.

L’optimisme de Mme Lazure a graduellement fait place à la désillusion après des années à rêver de recouvrer une vue « normale ». « J’étais suivie à Montréal­, mais il ne se passait rien. Ça n’aboutissait pas. Chaque jour me paraissait deux fois plus long. Je déprimais. Un moment donné, j’en ai eu assez de tourner en rond. Les choses devaient bouger. »

Rencontre déterminante

Marie-France Lazure a décidé de se tourner vers son ophtalmologiste à Granby pour discuter de son dossier. Ce dernier l’a envoyée consulter à Sherbrooke un de ses collègues, le Dr Mazen Choulakian. La rencontre avec le spécialiste en mai fut une véritable­ révélation. 

« Dès le premier contact, j’ai tout de suite su qu’il allait m’aider. J’ai eu la chance de croiser sur mon chemin un homme très humain et extrêmement compétent. En peu de temps, il avait trouvé une solution et il m’a mise en confiance », s’est remémorée Mme Lazure. 

Une rencontre tout aussi déterminante pour M. Choulakian. « J’ai l’habitude des opérations délicates et j’avais entendu parler d’un type d’implant d’iris en silicone. Le déclic s’est fait rapidement, a-t-il dit. C’était l’option parfaite pour la patiente. »

Chirurgie délicate

L’opération de deux heures, une première en Estrie, a eu lieu le 25 octobre à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke. Au préalable, un iris artificiel a été fabriqué sur mesure en Allemagne. Un artiste a peint l’implant à la main pour qu’il soit identique à l’œil gauche de la patiente. Une technique novatrice utilisée depuis 2012, a fait valoir le Dr Choulakian. Antérieurement, les iris synthétiques étaient noirs. 

Pour le chirurgien, rien n’a été laissé au hasard pour faire de cette opération un succès. « Avant toute chose, il faut décider où on place les points de suture en fonction de l’anatomie de l’œil. Dans le cas de Mme Lazure, il y avait déjà un traumatisme par le passé, alors je ne pouvais pas ancrer l’iris n’importe où. La veille de la chirurgie, je me suis assis pour établir toutes les étapes. J’avais un plan de match accroché dans la salle d’opération. Et je peux dire que ça s’est très bien déroulé. Une belle réussite », a mentionné le directeur intérimaire du programme de résidence en ophtalmologie, et professeur adjoint à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke.

« Un petit miracle »

À la suite de la chirurgie, Mme Lazure avait déjà récupéré près de 80 % de la capacité initiale de son œil droit. Sa convalescence devrait durer environ un mois et demi. Quelques « petites corrections » au niveau de son œil sont au programme après le temps des Fêtes, a indiqué la quinquagénaire.

« C’est normal que ma vision ne soit pas complètement parfaite. Le cerveau doit s’acclimater à l’implant. Mais déjà, je peux dire que ma vie est tellement plus agréable. C’est un petit miracle ce que j’ai vécu. Pour moi, c’est un nouveau départ », a-t-elle lancé.

De son côté, le Dr Choulakian devrait renouveler l’expérience de l’implantation d’un iris artificiel dès le début de 2018. « C’est une opération rare, mais ça peut faire une grande différence pour la qualité de vie des gens. [...] C’est une pratique qui devrait devenir de plus en plus répandue au Québec. »