Déjà au mois d'avril, une manifestation avait eu lieu à Québec pour protester contre la tenue du G7 dans Charlevoix.

Pourquoi manifester au G7?

Il a beaucoup été question des manifestations en marge du Sommet du G7, la rencontre diplomatique qui envahit Québec, La Malbaie et Saguenay jusqu’à dimanche. Surtout de possibles débordements, de violence. Mais peu des raisons qui motivent des citoyens à se réunir, des raisons de leur indignation, des raisons qui les poussent à descendre dans la rue. Quatre perspectives sur le thème de l’opposition au G7.

La syndicaliste Dominique Daigneault

«Pourquoi on va manifester contre le G7?» demande la présidente du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN, Dominique Daigneault. «Parce que les pays membres du G7, les politiques qu’ils adoptent […] accentuent les inégalités sociales. Ils vont plutôt dans le sens du fameux 1% et non pour l’ensemble de la population», décoche-t-elle. «Il est temps que ces pays agissent pour le bien-être des populations et réduisent les inégalités sociales, car ce sont des pays riches.» 

La syndicaliste sera donc à Québec, samedi dès midi, pour participer aux activités de la Coalition pour un forum alternatif au G7. Pourquoi Québec et non La Malbaie? «Les mesures de sécurité sont absolument “délirantes” [dans Charlevoix]». Les troupes ont donc choisi d’organiser le contre-sommet dans la capitale où il y a également des activités liées au G7. 

Dominique Daigneault

Mme Daigneault sera devant l’Assemblée nationale samedi notamment pour participer à une table ronde à 13h, puis pour marcher dans les rues avec une foule qu’elle espère nombreuse à 15h. «Il y a des autobus qui partent d’un peu partout.» La militante ne sait toutefois pas si la population se mobilisera en grand nombre: «Il fallait qu’on organise quelque chose, peu importe combien on sera.»

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L’humoriste Fred Dubé

«On est contre le G7, c’est un show qui est anti-G7.» 

Fred Dubé, humoriste, membre du Front commun comique avec Guillaume Wagner et Sèxe Illégal, sera donc à Québec samedi lui aussi. Pour marcher dans la rue. Surtout pour offrir un spectacle unique, engagé, dans lequel une place sur scène est faite à des intellectuels également; c’est à 19h30 au Centre communautaire Lucien-Borne. 

Il étaye son argumentaire d’opposition au Sommet du G7: «On est pour un dialogue avec d’autres pays évidemment, mais pas de cette façon-là. Ce n’est pas un dialogue qui est fait pour les citoyens, c’est du copinage à ciel ouvert et assumé entre les représentants de différents États et les PDG de certaines multinationales pour des intérêts privés.»

Fred Dubé

Par les mots, les blagues, les réflexions, il espère «réanimer une utopie révolutionnaire pour qu’on recommence à rêver». Fred Dubé ajoute que festoyer et rire en groupe permet aux personnes indignées de voir qu’elles ne sont pas seules, pas folles et qu’il existe une alternative. «On fonce dans le mur avec notre système capitaliste.» 

En fin d’entrevue, Fred Dubé tenait à conclure ainsi: «Je condamne toute forme de violence, c’est-à-dire la violence policière et la violence du G7. Tout ce qui est contre ça, tout ce qui est en réaction à ça, ce n’est pas de la violence, c’est de l’autodéfense.» Les billets, gratuits, se sont envolés. Il pourrait toutefois y avoir quelques places libres, à la porte, pour certains sympathisants patients.

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La militante engagée Anne-Valérie Lemieux-Breton

«Je suis en colère contre le G7. Tu as les sept plus grandes richesses occidentales qui se comportent comme un gouvernement mondial», critique Anne-Valérie Lemieux-Breton, du RÉPAC-03-12, le Regroupement d’éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et Chaudière-Appalaches. Elle juge que les chefs d’État et de gouvernement réunis à La Malbaie n’ont aucune légitimité, n’ayant pas reçu de mandat des peuples pour gérer la planète de la sorte. 

Anne-Valérie Lemieux-Breton

Elle déplore de surcroît la présence du président des États-Unis, Donald Trump, alors qu’il sera question d’égalité entre les hommes et les femmes, de la présence de pays vendeurs d’armes pour parler de paix, de gouvernements pétroliers pour parler de changements climatiques… 

Mme Lemieux-Breton s’est donc impliquée jusqu’à l’organisation de formations et de marches contre le G7, dont celle qui partira du parc des Braves ce jeudi soir, autour de 17h30, 18h00. «C’est important de se mobiliser, c’est important que la population sorte dans la rue et ne se laisse pas intimider par le climat de peur.»

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La Charlevoisienne Anne Marie Leroux

«On voit de gros cortèges qui se promènent, des policiers à tous les coins de rue… ça change l’ambiance, le climat en ville», observe Anne Marie Leroux, chargée de projet animatrice-intervenante au Centre-Femmes aux Plurielles de La Malbaie. 

Impliquée, elle a marché dimanche jusqu’à la «zone de libre expression» cloturée, que les policiers ont délimitée en bordure du fleuve. L’endroit le plus rapproché du Manoir Richelieu où les manifestants sont tolérés. «Je n’aimerais pas que ma région soit toujours comme ça. C’est gros, c’est envahissant.» Dans le rang de sa maison, dit-elle, il y a une voiture de police à chaque extrémité. «C’est démesuré. […] C’est l’argent des contribuables, que tout le monde paye.» Les centaines de millions de dollars devraient être dépensés ailleurs, évalue-t-elle. 

Anne Marie Leroux

Pour aider Charlevoix à se libérer de l’assurance emploi, dans les services de santé en région, pour les groupes communautaires en manque de vivres, pour réduire la pauvreté et l’isolement social… Mme Leroux ne manque pas d’idées. Avec ses collègues, elle a d’ailleurs écrit au premier ministre Justin Trudeau pour lui faire part de ses recommandations pour les chefs d’État du G7. Au moment d’écrire ces lignes, elle attendait la réponse.