Le prix du litre de diesel a bien chuté quelque peu, de l’ordre d’environ 15 ou 20 %, mais pas 40 % comme l’essence. Et son prix au litre tourne autour de 1,10 $.
Le prix du litre de diesel a bien chuté quelque peu, de l’ordre d’environ 15 ou 20 %, mais pas 40 % comme l’essence. Et son prix au litre tourne autour de 1,10 $.

Pourquoi le diesel coûte-t-il encore cher?

Le lecteur gatinois Mario Tanguay ne comprenait pas que l’essence se retrouve à des prix plancher, ces semaines-ci, et pas le diesel. Il a posé la question au Droit.

Sa question méritait qu’on l’approfondisse.

Car il paraît incompréhensible, du moins à première vue, que le tarif pour un litre d’essence régulière ait fondu de 40 % et avoisine les 65 à 75 cents, et pas le diesel.

Le prix du litre de diesel a bien chuté quelque peu, de l’ordre d’environ 15 ou 20 %, mais pas 40 % comme l’essence. Et son prix au litre tourne autour de 1,10 $.

Ces observations valent tant pour le Québec que pour l’Ontario.

Premier appel au CAA-Québec. Là, Pierre-Olivier Fortin explique sommairement que l’essence et le diesel, « ce ne sont pas les mêmes marchés».

«Nous avons bien remarqué qu’avec la COVID-19, la demande a descendu, mais pas dans la même mesure, résume-t-il. C’est que le diesel n’a pas connu de baisse de la demande, car les compagnies de camionnage, qui utilisent la majorité du carburant diesel, continuent d’opérer. Ils servent davantage au transport des marchandises et ça, il y en a encore beaucoup.»

Il réfère à la Régie de l’énergie du Québec.

«Au cours des 12 derniers mois, et de manière générale, le prix du carburant diesel affiché à la pompe a été légèrement plus élevé que le prix de l’essence», avise la Régie, dans un document sur les différences de prix.

Au cours de 2019, cette différence a été de 6,87 cents le litre.

«À peu près depuis le début de la crise pandémique au Québec, le prix de l’essence est passé de 1,1583 $ à 0,8457 $ le litre, soit une baisse de 26,9 %, et celui du carburant diesel est passé de 1,2293 $ à 1,0805 $ le litre, soit une baisse de 12,1 %.»

Bon. Mais cela n’explique pas pourquoi.


« [...] Le diesel n’a pas connu de baisse de la demande, car les compagnies de camionnage, qui utilisent la majorité du carburant diesel, continuent d’opérer. »
Pierre-Olivier Fortin, CAA-Québec

Le prix du gros

La Régie renchérit : il est important de vérifier le prix à la rampe de chargement. C’est-à-dire le prix du gros. Le prix payé pour chaque litre qui entre au Québec. Là, «le prix est passé de 63,30 cents/litre à 35,20 cents/l, soit une baisse de 44,4 %, et celui du carburant diesel est passé de 69,90 cents/l à 54,70 cents/l, soit une baisse de 21,4 %.»

On s’approche. C’est que le prix du gros a beaucoup moins varié pour le diesel que pour l’essence.

Appel auprès de Carol Montreuil, vice-président pour l’est du Canada de l’Association canadienne des carburants.

Il ira un peu plus loin encore dans une explication.

«C’est la combinaison de deux chocs pétroliers en même temps, amorce-t-il. D’abord, il y a un litige entre la Russie et l’Arabie saoudite qui a fait baisser les prix de façon importante. Puis, il y a le coronavirus.

Carol Montreuil, vice-président pour l’est du Canada de l’Association canadienne des carburants

« La demande a chuté de manière drastique, et cela varie d’un produit à l’autre. Pour le carburant d’avion, la baisse a été de 70, 75, voire 80 %. Le trafic est virtuellement arrêté. Pour l’essence, la baisse enregistrée a été de 35, 40 à 45 %, avise M. Montreuil. Les gens sont confinés à la maison, ils ne roulent à peu près plus.

«Ce qui n’est pas le cas du diesel, car ce sont les camions qui sont les premiers acheteurs de diesel. Et eux, ils continuent de livrer sur les routes.

«Le prix du carburant, cela demeure toujours une question d’offre et de demande.»

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QUE CONTIENT UN BARIL DE PÉTROLE ?

Les raffineries de l’Amérique du Nord ne l’ont pas facile ces temps-ci. Elles se retrouvent avec d’énormes stocks d’essence invendus, alors que le diesel se détaille toujours à peu près au même rythme, vu que ce sont les camions qui le consomment en forte majorité.

Car dans un baril de pétrole acheté «à la rampe», à Montréal, il n’y a pas que de l’essence régulière, ou du diesel, ou du mazout lourd, avise Carol Montreuil, vice-président pour l’est du Canada de l’Association canadienne des carburants.

«Dans un baril, il y a un peu toutes sortes de choses. Le premier 15 %, sur le dessus, c’est des carburants plus volatils comme le gaz propane, le butane, l’éthylène, etc. 

«Puis, dessous, il y a l’essence. Un peu en dessous, il y a le diesel qui est plus lourd, plus visqueux. Les deux se partagent environ 80 % du volume. Et tout en bas, il y a du mazout lourd, qui sert de carburant pour les bateaux, et des résidus de pétrole qui servent à faire du goudron, par exemple.»

«On ne peut donc pas acheter un baril d’essence, ou un baril de diesel, avise M. Montreuil. On se retrouve avec tout ça sur les bras.»

C’est la tâche de la raffinerie de départager tout cela. Les carburants plus volatils serviront aux barbecues, par exemple, ou à la pétrochimie, qui en fera des plastiques. 

Ces temps-ci, le diesel se vend bien, comme toujours. Mais pas l’essence, ce qui a fait chuter les prix. Le défi des raffineries, c’est de stocker l’essence… ou de la vendre moins cher. Et de vendre le diesel au «juste» prix du marché.