Louis Plamondon

Plamondon conteste le leadership de Ouellet

Bécancour — Alors que le Bloc québécois vit une crise de leadership avec Martine Ouellet, l’un des sept députés contestataires, Louis Plamondon, réclame des changements.

«C’est très difficile de travailler en équipe. ll y a vraiment deux visions différentes. Il faut absolument fonctionner autrement dans la relation du chef avec les élus et le personnel des élus», a confié au Nouvelliste le vétéran bloquiste.

Son parti semblait toujours au bord de l’implosion à l’issue de son caucus hebdomadaire lundi qui a duré près de trois heures. Les députés sont sortis sans être parvenus à régler les questions qui les divisent et promettent de se rencontrer à nouveau mercredi pour tenter de dénouer la crise.

«Je viens de sortir d’un caucus bruyant», a admis le député fédéral de Bécancour-Nicolet-Saurel. La réunion du caucus de lundi semblait toutefois moins houleuse que celle de juin même si on pouvait entendre quelques éclats de voix à travers la porte.

Cet épisode pourrait marquer un point tournant dans l’histoire du parti, avait affirmé le député Mario Beaulieu à l’entrée de la réunion. Comme sa chef, il estime que la cause indépendantiste doit être au cœur des actions des bloquistes.

«On est vraiment à un tournant, a-t-il dit aux journalistes. Les problèmes ne commencent pas avec Martine Ouellet, c’est beaucoup plus profond que ça.»

Cette nouvelle crise, la deuxième depuis juin, survient une semaine après le discours de la chef du Bloc québécois lors du conseil général du parti. Un discours mal reçu par la majorité du caucus bloquiste.

«Ce que j’ai lancé, c’est un cri du cœur», a déclaré le député Gabriel Ste-Marie au lendemain de sa démission comme leader parlementaire du Bloc québécois.

«Ce que je m’attends d’un chef, c’est qu’il inspire et qu’il rassemble, a-t-il poursuivi. On se serait contenté qu’elle ne divise pas trop.»

Il a annoncé par voie de communiqué dimanche soir qu’il renonçait à ses fonctions de leader parlementaire à cause de l’absence d’un lien de confiance avec Martine Ouellet et de difficultés de communications.

Celle-ci a rappelé lundi que les membres l’avaient choisie pour défendre l’indépendance du Québec et qu’il s’agissait de la raison d’être du parti. Elle a pourtant été élue par acclamation il y a environ un an.

Le discours qu’elle a prononcé la semaine dernière lors du conseil général semble avoir jeté de l’huile sur le feu. Mme Ouellet avait alors affirmé qu’elle sentait de la résistance au sein de son caucus depuis son arrivée.

Elle avait également tenté de convaincre les militants de mettre l’indépendance au centre de leur discours et de se distancier des «mêmes recettes qui sont là depuis 25 ans». Des propos qui ont dérangé les sept députés dissidents qui remettent son leadership en question.

Selon ce que Le Nouvelliste a appris, Martine Ouellet, de son bureau de Québec, n’hésite pas à corriger les questions prévues par l’équipe parlementaire. «C’est toujours l’indépendance dans tous les textes alors qu’on est là pour défendre les intérêts du Québec», déplore Louis Plamondon. 

Et si le caucus hebdomadaire a lieu le lundi, c’est parce que «madame Martine» travaille à Québec les mardi, mercredi et jeudi, fait-il remarquer.

Le Bloc québécois, qui a déjà connu une crise en juin, est donc à nouveau divisé en deux factions. D’un côté, les sept députés en désaccord avec les méthodes de Mme Ouellet et de l’autre les trois députés qui l’appuient. Déjà, les deux groupes divergeaient d’opinion sur le moment de tenir la course à la chefferie.

Malgré cela, Louis Plamondon a bien l’intention de solliciter un 11e mandat sous la bannière du Bloc québécois. «J’ai une base solide, j’ai le goût, mon financement est déjà ramassé, je suis prêt. On passe toujours au travers. J’ai bon espoir», a-t-il indiqué.

Un peu comme les Canadiens de Montréal, dit-il, «j’ai le Bloc tatoué sur le cœur». «J’ai été l’un des députés qui a contribué à sa fondation quand on a démissionné avec Lucien Bouchard, il s’est fondé dans mon comté. Je suis le seul député qui est toujours en place depuis la fondation. Et je voudrais bien faire ma carrière politique en entier avec le Bloc. Il n’est donc pas question pour moi de m’en aller dans un autre parti politique et je n’ai pas envie non plus d’être un député indépendant», a clairement laissé entendre le doyen à la Chambre des communes.

D’ailleurs, il ne manque pas de rappeler ses faits d’armes au cours de sa longue carrière politique. «J’ai été l’un des survivants de la vague orange et j’ai quand même gagné la dernière élection avec 8000 voix de majorité, l’une des plus grosses au Québec, tout parti confondu. Je vais finir ma bataille pour garder mon comté. J’adore ce travail-là. Je me sens encore capable de faire un bon travail. On a toujours un peu la prétention d’être apprécié par ses gens et je suis proche de mes gens. À 74 ans, ce n’est pas loin de la folie, mais la politique, il faut être un peu fou pour en faire», a-t-il conclu. 

Avec la collaboration de la Presse canadienne