«J’ai bâti une carrière publique depuis 32 ans. Jamais je n’accepterai qu’on s’attaque injustement à ma réputation», s’est défendu Gilles Lehouillier.

Plaintes de harcèlement: «vengeance», dit Lehouillier

Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, évoque le désir de «vengeance» pour expliquer les trois plaintes de harcèlement psychologique portées contre lui à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

M. Lehouillier a commenté, jeudi, les révélations faites le matin même par Radio-Canada. «Je connais la façon dont je traite les gens qui m’entourent et laissez-moi vous dire que j’ai la conscience très tranquille», a déclaré le maire, entouré de ces conseillers en guise d’unité.

Quelques heures plus tôt, Radio-Canada annonçait que les plaintes concernent des événements qui se sont déroulés lors du premier mandat du maire entre 2013 et 2017. Les situations alléguées concernent plusieurs «altercations verbales et une altercation physique», rapporte la société d’État.

«Ces plaintes ont clairement l’apparence d’un coup monté animé par un sentiment de vengeance. Je n’ai pas l’intention de me laisser distraire. J’ai bâti une carrière publique depuis 32 ans. Jamais je n’accepterai qu’on s’attaque injustement à ma réputation», a poursuivi M. Lehouillier, davantage questionné sur ces accusations que sur la liste d’épicerie préparée à l’intention des partis politiques en campagne électorale qu’il venait présenter aux médias.

Autres témoignages

Jointes par Le Soleil, plusieurs sources ont confirmé que le maire de Lévis était parfois «colérique» et pouvait «perdre le contrôle».

«Une journée, ça allait très bien, il te parlait normalement et le lendemain non. Je l’ai vu faire des crises et il était rouge de colère avec de gros yeux. Il pouvait alors déchirer et lancer des dossiers. C’était quotidien et c’était pour des raisons assez banales. Parfois, il agissait ainsi, car il manquait seulement un document dans un dossier. C’était alors la panique. Il criait après les gens», raconte une source, qui a quitté l’organisation pour cette raison.

Cette source précise toutefois n’avoir jamais été témoin d’une altercation physique entre M. Lehouillier et un employé.

Une ex-employée du cabinet de M. Lehouillier raconte de son côté qu’elle a travaillé dans «un climat de terreur». «Il lançait des affaires dans les murs et c’était à coup de crisse et de tabarnak presque tous les jours.»

M. Lehouillier demandait souvent à ses attachées politiques de l’accompagner au restaurant ou dans les bars le soir, question de ne pas être seul. Il y buvait parfois beaucoup d’alcool et se faisait parfois raccompagner par elles.

«Ça faisait une drôle d’image. On se faisait dire qu’on était comme des duchesses autour de lui. Ça n’avait pas de bon sens», témoigne celle qui précise toutefois que le maire Lehouillier n’a jamais eu de geste déplacé à son endroit et qu’il ne lui a jamais fait d’avance sexuelle.

Cette ex-employée a longtemps hésité avant de quitter son emploi, car elle croit que le maire de Lévis a fait et fait toujours un bon travail. «C’est un patron abominable, mais c’est un excellent maire.»

Ce qu’elle regrette toutefois, c’est que les hauts fonctionnaires de la Ville et les conseillers municipaux étaient au courant de ses agissements. «Tout le monde le protégeait. Les conseillers l’ont tout le temps défendu.» 

Avec Jean-Michel Genois-Gagnon et Patricia Cloutier