L'ancien des Tigres de Victoriaville et des Olympiques de Gatineau, Philippe Halley
L'ancien des Tigres de Victoriaville et des Olympiques de Gatineau, Philippe Halley

Philippe Halley en plein cœur de la crise française 

Le hockeyeur de Québec Philippe Halley se souviendra longtemps de la fin de sa saison 2019-2020. Évoluant en France avec les Gothiques d’Amiens, l’ancien des Tigres de Victoriaville et des Olympiques de Gatineau s’est retrouvé en plein cœur de l’épicentre de propagation du coronavirus SARS-CoV-2 dans l’Hexagone.

À sa troisième saison en France, Halley était en quart de finale avec les Gothiques contre les Scorpions de Mulhouse. «On menait 3 à 2 dans la série et on s’en allait à Mulhouse jouer le sixième match», raconte le centre de 27 ans.

Mais voilà, cette ville d’Alsace est l’endroit en France où le coronavirus s’est répandu en premier, et le plus rapidement. «On a eu notre entraînement matinal, notre repas d’avant-match et après notre sieste, on s’est fait dire que, finalement, on ne jouerait pas parce qu’il y avait trop de cas de COVID-19 à Mulhouse!», poursuit-il.

Les Gothiques sont alors rentrés à Amiens, ignorant tout de la suite des choses. La Ligue a finalement décidé que les matchs 6 et 7 seraient disputés au Coliséum d’Amiens, car les rassemblements de plus de 50 personnes étaient désormais interdits à Mulhouse.

Mulhouse banni

«Le sixième match devait avoir lieu le dimanche, mais le samedi avant-midi, on apprend que les Scorpions se sont vu interdire de venir à Amiens, car leur région était trop touchée par le coronavirus! La Ligue a statué que nous avions gagné la série puisque nous menions 3 à 2», enchaîne Halley.

Les joueurs des Gothiques ont donc commencé à se préparer à disputer la demi-finale face aux Brûleurs de Loups de Grenoble, mais ça aurait été trop simple dans cette fin de saison rocambolesque.

«Notre bus partait à 9h, mais à 7h, on a reçu un texto de notre capitaine qui nous disait que Mulhouse en appelait de la décision et que les séries étaient donc suspendues pour une semaine», reprend l’attaquant.

Sans spectateurs

Finalement, les Scorpions ont eu gain de cause et les Gothiques ont donc été brutalement ramenés à leur quart de finale incomplet. «Il fallait jouer les matchs 6 et 7 en terrain neutre, à l’Aren’Ice de Cergy-Pontoise, et à huis clos, sans spectateurs dans l’amphithéâtre», reprend Halley, qui n’en revenait pas de toutes ces tergiversations alors qu’en Amérique, toutes les ligues cessaient leurs activités en raison de la pandémie.

«Je suis obligé de te dire qu’à ce moment-là, on n’avait plus vraiment la tête au hockey. On voyait les cas éclater partout en France et on ne voulait pas être infectés. Notre priorité n’était plus de jouer notre game et on a perdu les deux matchs...»

Le hockeyeur de Québec Philippe Halley se souviendra longtemps de la fin de sa saison 2019-2020, s'étant retrouvé en plein coeur de l’épicentre de propagation du coronavirus.

Il garde aussi un souvenir particulier de ces deux matchs à huis clos. «Il n’y avait aucune ambiance. Il y a plus de monde quand on joue dans une ligue d’été le lundi soir. Tu entends tout le monde parler, tu entends le coach de l’autre côté. Dans notre équipe, il y a un joueur qui chante toujours l’hymne national. On n’entendait que lui dans l’aréna! Ça avait l’air de tout sauf de matchs des séries.»

Deux matchs pour rien

De retour au Québec depuis le 21 mars, Halley peut comparer la situation dans les deux pays. «Ce qu’on vit présentement au Québec, c’est ce qu’on vivait en France les derniers jours où j’y étais, à la différence qu’ici, tout est arrêté alors que là-bas, ça jouait quand même au hockey et on nous cherchait des endroits pour jouer des matchs...»

Deux jours après l’élimination des Gothiques, la Ligue Magnus, plus haut circuit de hockey en France, annonçait finalement l’annulation des séries éliminatoires...

«On a joué deux matchs pour rien! Et le pire dans tout ça, c’est qu’on a appris par la suite qu’un des arbitres qui officié lors de ces deux matchs était infecté de la COVID-19...», conclut Halley, qui ajoute qu’heureusement, aucun joueur de son équipe n’a toutefois attrapé le virus jusqu’à maintenant.

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LE CHEMIN DU RETOUR

Une fois leur équipe éliminée, les joueurs étrangers des Gothiques d’Amiens n’ont pas perdu de temps pour rentrer dans leurs pays alors que la crise du coronavirus entrait en phase critique en France.

«Notre seul joueur américain, Michael Babcock, est parti le lendemain. Il avait peur que les frontières soient fermées et d’être incapable de rentrer aux États-Unis», explique Philippe Halley.

«Tout le monde cherchait des billets, on n’a pas pris le temps de dire au revoir à personne. Ça commençait à chauffer, c’était la période où les gens commençaient à avoir besoin d’une attestation pour sortir de la maison.»

Philippe Halley est de retour au Québec depuis le 21 mars.

Halley et sa conjointe ont été chanceux, ils ont pu facilement remplacer leurs billets d’avion par Internet et obtenir leur remboursement pour finalement atterrir à Québec le 21 mars.

«Je peux te dire qu’il n’y avait pas grand monde dans les aéroports! On voyait l’Italie et ça commençait à paniquer. Le nombre de cas doublait chaque jour. Il y en a qui avaient peur, surtout à l’idée d’aller jouer à Mulhouse où le nombre de cas se multipliait. Disons qu’on a vite oublié que la saison avait fini par une défaite dans un match 7! On se demandait plutôt si on allait attraper le virus et si on allait pouvoir rentrer chez nous.»

Une fois à Québec, Halley s’est installé chez sa belle-mère avec sa conjointe. «Je n’ai pas d’appartement à Québec, car je passe neuf mois en France. C’est ici que je passe ma période d’isolement, qui se termine ce samedi 4 avril. Je ne suis pas encore sorti de la maison. Je n’ai même pas revu mes parents depuis mon retour: on se parle au téléphone et avec Facetime», conclut Halley.

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SON AVENTURE EN FRANCE SE POURSUIVRA

Philippe Halley n’a pas perdu de temps : sitôt arrivé au Québec, il travaillait avec son agent afin de planifier le prochain chapitre de sa carrière de hockeyeur en France.

En effet, après trois saisons passées avec les Gothiques d’Amiens, il évoluera l’an prochain avec les Ducs d’Angers. Mieux encore, son fidèle compagnon de trio Tommy Giroux, meilleur marqueur des Gothiques et également originaire de Québec, le suivra dans cette nouvelle aventure. 

«Angers m’avait approché, j’ai appelé leur dg [l’ancien des Saguenéens de Chicoutimi Simon Lacroix], j’ai parlé à leur entraîneur et mon agent a réglé la négo. On voulait faire ça rapidement, car le budget des équipes baisse de jour en jour dans la situation actuelle et on voulait signer avant qu’ils coupent leur budget et que ça devienne moins intéressant», explique-t-il.

Avec Coulombe et Lacroix

À Angers, il rejoindra l’ancien défenseur des Canucks de Vancouver Patrick Coulombe, originaire de Saint-Fabien, ainsi que l’ex-Remparts de Québec Maxime Lacroix.

Sitôt arrivé au Québec, Halley travaillait avec son agent afin de planifier le prochain chapitre de sa carrière de hockeyeur en France.

«La France est une belle place pour s’installer, c’est facile de s’adapter pour un Québécois. Quant au calibre de jeu, celui de la Ligue Magnus s’apparente à celui de la Ligue de la Côte-Est, mais les joueurs sont plus rapides et moins physiques. Il y a quelques joueurs dont le calibre de jeu est du niveau de la Ligue américaine», analyse-t-il.

De plus, les équipes de la Ligue Magnus paient un appartement, une voiture et des billets d’avion à leurs joueurs étrangers. «C’est vraiment intéressant, car tout ce que tu as à payer, c’est ta nourriture.»

Il considère aussi comme un avantage certain de pouvoir encore côtoyer son vieil ami Giroux, avec lequel il a gagné la Coupe de France, un tournoi disputé en février cette année. 

«On se connaît depuis le midget AAA, où nous avons évolué ensemble avec le Blizzard du Séminaire Saint-François. Ensuite, on s’est affrontés dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, puis au hockey universitaire. On a gradué en même temps et on est arrivés à Amiens ensemble.»