L’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) invite ses membres à signaler les trop-payés dans les délais exigés.

Phénix: deux paies le même jour

Un fonctionnaire fédéral de Gatineau qui a reçu par erreur deux paies identiques avant Noël considère totalement insensée la volonté du gouvernement d’exiger, dans la foulée des ratés du système Phénix, le remboursement du montant brut pour tout trop-payé qui n’est pas signalé d’ici la fin janvier.

Alors qu’il avait à son grand soulagement jusqu’ici été épargné par cette saga, Daniel Marchand a eu la surprise de recevoir deux paies plutôt qu’une le 13 décembre dernier. 

« Je me suis au départ demandé s’il s’agissait d’un paiement rétroactif, car quand les nouvelles conventions collectives ont été signées, j’avais eu l’impression qu’il me manquait de l’argent. J’ai aussi changé de ministère en mai dernier. Mais en regardant de plus près, j’ai réalisé que ce n’était pas le cas du tout. Il y a vraiment eu une erreur du système, c’est comme si j’avais été payé deux fois », indique le principal intéressé au Droit. 

S’il est bien sûr conscient qu’un correctif devra être apporté, il est par contre hors de question pour lui que le gouvernement recouvre le trop-payé brut plutôt que le net. 

« C’est un non-sens, même si je comprends que c’est une stratégie de leur part », dit-il. 

Selon le fonctionnaire qui compte 25 ans d’ancienneté, qu’une telle erreur puisse se produire avec un dossier « simple » comme le sien en dit très long sur l’ampleur des problèmes de Phénix. 

« Je suis loin d’être un expert en la matière, mais c’est quand même effrayant et hallucinant de voir des erreurs comme ça avec un système informatique qui consiste en l’entrée de données. Dans mon cas, je n’ai pas eu de congé de paternité ni de maladie, et je ne fais pas de temps supplémentaire. Payer un employé deux fois plutôt qu’une avec le même montant le même jour, c’est fréquent ? Qu’est-ce qui fait qu’un système peut être aussi inefficace ? Je demeure optimiste, sauf qu’un système qui génère ses propres problèmes, c’est assez incroyable », poursuit M. Marchand. 

Il déplore du même coup le fait que les employés affectés par des problèmes de paie sont souvent tenus dans le néant le plus total, puisqu’il est impossible de communiquer de vive voix avec un préposé. 

L’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) a déjà récemment dénoncé cette mesure gouvernementale, mais invite ses membres à signaler les trop-payés dans les délais exigés.

« Très insatisfaite de cette demi-mesure, l’AFPC continuera de mettre de la pression afin qu’aucun fonctionnaire qui a reçu un trop-payé salarial à cause des ratés de Phénix n’ait à rembourser le montant brut », avait lancé la présidente nationale de l’AFPC, Robyn Benson.

Les fonctionnaires touchés sont invités à communiquer avec le Centre de services de paye à Miramichi au 1-855-686-4729 si leur paie est traitée à cet endroit, ou encore à suivre la procédure établie si leur dossier est traité par leur propre ministère ou agence. Les gens sont invités à noter les détails de leur appel. Si le trop-payé est signalé avant le 31 janvier, les fonctionnaires concernés devraient recevoir au plus tard au début février une lettre confirmant qu’ils ne sont tenus de rembourser que le trop-payé net.

Dans sa plus récente mise à jour, qui date de la mi-décembre, le ministère des Services publics et de l’Approvisionnement a indiqué qu’il y avait 589 000 mouvements en attente de traitement au Centre des services de paye, dont 415 000 ayant des répercussions financières, un sommet depuis que le début de la saga Phénix.