Le directeur général du Séminaire des Pères Maristes François Sylvain étudiera les plaidoyers de culpabilité des deux jeunes accusés qui fréquentent toujours l’école.

Pères Maristes: deux autres étudiants plaident coupable

À coups de flatteries, William* et Isaac* ont réussi à convaincre trois de leurs amies du Séminaire des Pères Maristes de leur envoyer des photos d’elles nues. Après avoir fait le tour de l’école, l’une des photos s’est même retrouvée entre les mains d’un élève d’un autre établissement privé de la région.

William a plaidé coupable lundi matin au leurre informatique de trois adolescentes ainsi que d’avoir envoyé une photo intime sans le consentement de la jeune fille. Isaac a plaidé coupable au leurre informatique de deux adolescentes et d’avoir distribué une photo intime sans le consentement.

Les trois plaignantes étaient présentes lundi en chambre de la jeunesse, à quelques pas des accusés et de leur famille.

Le procureur de la Couronne Me Hugo Breton a relaté comment William et Isaac, parmi les plus populaires des secondaire 2, ont réussi au cours de l’année scolaire 2017-2018 à convaincre trois adolescentes, dont plusieurs étaient de bonnes amies, de leur envoyer des photos de leurs seins et de leurs parties génitales.

Après avoir reçu plusieurs demandes des garçons, les jeunes filles ont envoyé les photos avec l’application Snapchat. William a fait des captures d’écran, même si la jeune fille lui demandait de ne pas le faire.

Il est acquis que des photos ont circulé dans l’école des Pères Maristes durant l’année scolaire. «On est en mesure de prouver que les accusés ont demandé et ont obtenu les photos, indique Me Breton. Mais de quelle façon les photos ont été distribuées à l’école, ça, on n’est pas en mesure de le dire hors de tout doute raisonnable.»

L’application de messagerie éphémère Snapchat ne laisse pas de traces et certains téléphones cellulaires des jeunes n’ont pas encore été expertisés.

William a admis avoir dit à l’une des plaignantes que si elle refusait de lui envoyer une deuxième photo, il allait répandre le bruit qu’elle en donnait. Isaac nie pour sa part avoir servi ce type de menace.

Les jeunes filles ont dit s’être fait traiter de « pute » et de « salope » et s’être senties isolées, certains amis ayant choisi le camp des garçons.
photos largement distribuées

L’une des plaignantes a compris que les photos avaient été largement distribuée lorsqu’elle a reçu un texto de son cousin, étudiant au cégep, qui avait vu une photo.

Un autre étudiant des Pères Maristes a expliqué qu’un soir où il dormait chez son ami William, ce dernier lui a montré sur son téléphone cellulaire les parties intimes de deux des jeunes filles.

Par le biais des équipes sportives, un étudiant du Séminaire Saint-François de Cap-Rouge a été mis au courant de l’existence des photos. Il a fait appel à Isaac pour avoir le nom des filles «volontaires». Dans une conversation Messenger qui est entre les mains de la poursuite, Isaac lui donne un nom et prévient son ami que «faut vraiment que tu insistes», pour obtenir des photos de la jeune fille nue. Isaac a aussi envoyé une photo de la plaignante à son ami du SSF.

Les deux adolescents reviendront à la cour à la fin février et au début mars pour l’étape des représentations sur la peine ou pour un procès sur les facteurs aggravants, comme Isaac ne reconnaît pas entièrement la trame factuelle.

Un premier jeune, qui ne fréquente plus les Maristes, a plaidé coupable au leurre informatique il y a un mois.

Les deux derniers accusés verront leur dossier revenir à la cour en décembre, vraisemblablement pour fixer une date de procès.

L’un d’eux a vu s’ajouter hier deux accusations d’avoir distribué de la pornographie juvénile et d’avoir distribué une image intime sans le consentement.

«Élément nouveau et majeur»

Le directeur général du Séminaire des Pères Maristes François Sylvain était bien au fait des plaidoyers de culpabilité des deux jeunes qui fréquentent toujours l’école. «Il s’agit d’un élément nouveau et majeur dans le dossier, a indiqué par courriel M. Sylvain. Nous allons prendre le temps nécessaire pour les examiner attentivement et évaluer l’approche à préconiser dans les circonstances.»

Avant la rentrée scolaire, la Cour supérieure avait forcé l’établissement privé de Sillery à réintégrer trois des jeunes, qui n’étaient pas encore accusés.

Les trois adolescents ont des conditions strictes à respecter, notamment ne pas communiquer avec l’unique plaignante toujours à l’école.

En juin 2018, le Séminaire avait accepté de reprendre les garçons avant de faire volte-face durant l’été, à la suite de pressions des groupes de défense des victimes.

* Prénoms fictifs