Pédaler... aux soins intensifs

Les patients les plus malades des hôpitaux se trouvent aux soins intensifs. Ils sont souvent placés dans un coma artificiel, ils luttent pour leur vie. Il est très difficile de les faire bouger, même s’il s’agit juste de les asseoir dans un fauteuil : ils sont en effet reliés à une multitude de moniteurs et d’appareils médicaux. Or, de 30 à 40 % des gens vont garder des séquelles de ce long alitement, ce qui rendra leur rétablissement plus long et plus laborieux.

C’est dans le but de préserver la masse musculaire des patients que le projet de recherche CYCLE vient d’être lancé à l’Hôpital Fleurimont du CIUSSS de l’Estrie-CHUS : faire du vélo au lit permettrait à ces patients gravement malades d’être actifs très tôt et d’ainsi atténuer les faiblesses musculaires consécutives à leur immobilisation. Même les patients plongés dans un coma articifiel peuvent bénéficier de ce traitement!

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« La faiblesse musculaire est associée à une augmentation de la mortalité, de la morbidité et des coûts des soins de santé. L’ergocycle au lit est une intervention prometteuse, car le patient peut être mobilisé rapidement, en toute sécurité, même s’il est plongé dans un coma provoqué », explique celui qui mène cette étude, le Dr Frédérick D’Aragon, anesthésiologiste et intensiviste à l’Hôpital Fleurimont du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Les conséquences d’être alité sont sévères. Très sévères même. En effet, après une semaine cloué au lit, un adulte perd 20 % de sa masse musculaire, pourcentage qui tend à s’accentuer avec le vieillissement.

« C’est pour ça que 20 à 40 % des patients vont garder des séquelles de leur alitement aux soins intensifs. Quand on les questionne, ils nous diront qu’ils ont moins de souffle qu’avant, qu’ils sont capables de faire moins d’activités qu’avant... » énumère celui qui est aussi chercheur au Centre de recherche du CHUS et professeur à l’Université de Sherbrooke.

Comment fonctionne le traitement avec l’ergocycle? C’est assez simple en fait : le vélo est placé au pied du lit du patient. Ses jambes sont installées dans le pédalier, bien attachées afin d’assurer sa sécurité. Une physiothérapeute se charge ensuite d’ajuster l’appareil selon différents critères propres à l’étude clinique et à la condition des patients.

Le projet de recherche Ergocycle est rendu possible grâce à plusieurs acteurs, dont Pascale Girard, physiothérapeute au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Christine Lafond, aussi physiothérapeute, ainsi que Dr Frédérick D’Aragon, anesthésiste et intensiviste au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Le patient est dans le coma? Le vélo pédalera pour lui. « Il y a des bienfaits à faire de l’activité physique, même par des mouvements passifs », assure l’anesthésiologiste et intensiviste.

Le patient reprend conscience et se sent apte à fournir des efforts? Il pourra pédaler. Les bienfaits n’en seront que plus grands.

« Le but n’est pas d’être essoufflé, mais il peut y avoir aussi des avantages à maintenir un bon tonus des muscles cardiorespiratoire », soutient le Dr D’Aragon.

Le tout se fait de façon sécuritaire, car les patients aux soins intensifs sont tous placés sous monitorage constant; la physiothérapeute ou l’infirmière au chevet du patient peut donc veiller à conserver tous les paramètres dans des valeurs acceptables et ajuster l’ergocycle si nécessaire.

Étude internationale

Le programme de recherche Ergocycle est une étude internationale menée au CIUSSS de l’Estrie-CHUS mais aussi en Australie et aux États-Unis. L’Hôpital Fleurimont est d’ailleurs le seul centre hospitalier au Québec à posséder un ergocycle et le seul à participer à ce projet de recherche international.

D’autres projets ont eu lieu ailleurs dans le monde. « Dans la littérature, on peut noter une amélioration des résultats physiques et fonctionnels chez les patients qui ont fait du vélo aux soins intensifs », soutient Dr D’Aragon.

Par exemple, les patients sont capables de se lever du lit cinq journées plus tôt. La durée de séjour à l’hôpital est réduite de deux jours. 59 % des patients sont autonomes au plan fonctionnel lorsqu’ils reçoivent leur congé de l’hôpital comparativement à 35 % dans un groupe contrôle. 43 % des usagers retournent directement à domicile au congé de l’hôpital, en comparaison avec 24 % dans les groupes conventionnels.