Quand on vote par dépit, on s’achète aisément le droit de chialer.

Payer son droit de chialer

CHRONIQUE / « Si tu ne vas pas voter, ne va pas chialer pendant quatre ans ! »

On l’entend souvent, celle-là, le jour des élections.

En espérant que lundi, les Canadiens ont été nombreux à « payer leur droit de chialer », pour citer ma collègue du Soleil Kathleen Lavoie, car les années qui s’en viennent risquent d’en faire geindre plus d’un.

Autrement, les abstentionnistes n’auront qu’à s’en prendre à eux-mêmes pour se plaindre du résultat de la campagne électorale qui a pris fin lundi et qui n’a pas vraiment soulevé les passions.

Ennuyant : un mot pour résumer cet exercice démocratique. « Votez comme si votre vie en dépendait », ai-je lu sur les pancartes électorales du candidat du Parti vert dans la circonscription de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine.

Facile à dire quand tout ce qui nous a été offert comme options durant la campagne était plate à mort.

Des attaques personnelles, des campagnes de peur, des semi-vérités et des propos flous : nos partis manquaient-ils à ce point d’idées innovantes à nous vendre qu’ils s’en sont remis à de vieilles tactiques usées ?

Mais encore ?

Autrement, tout ce qui aurait pu être un tant soit peu constructif était saupoudré ici et là d’engagements à l’emporte-pièce, mais rien qui, concrètement, ne venait toucher les préoccupations quotidiennes des gens.

C’est un peu comme si chaque chef se contentait de dire à son public du jour ce qu’il souhaitait entendre, sans que toutes ses promesses ne fassent partie d’un tout ambitieux et révolutionnaire.

On l’a notamment constaté sur le plan environnemental qui, selon plusieurs observateurs, devait être LA question de l’urne. Contre les pipelines, contre les hydrocarbures, pour ou contre une taxe du carbone pour une économie verte, pour la protection des plans d’eau... Mais encore ? Plusieurs candidats n’ont pas été en mesure d’expliquer en détail la manière dont eux-mêmes ou leur parti s’y prendraient pour concrétiser leurs vœux pieux.

D’ailleurs, dans la région, plusieurs candidats locaux — pas tous — semblaient mal comprendre ou ne pas connaître la plateforme électorale de leur parti, se contentant de remâcher des lignes de presse préparées par les quartiers généraux sans pour autant se les approprier ou en illustrer les impacts concrets dans leur communauté.

La population est désabusée des politiciens de carrière, qui connaissent trop bien les rouages de l’appareil politique et qui savent placer leurs pions pour se maintenir en place. Mais elle mérite toutefois mieux que des candidats poteaux ou désintéressés qui, visiblement, n’ont même pas pris la peine de consulter le programme de leur parti.

On a beau vouloir présenter des candidats dans toutes les circonscriptions, placer n’importe qui sur un bulletin de vote est irrespectueux pour les partisans d’un parti et n’aidera aucunement les électeurs mous à faire un choix.

Autour de moi, un constat quasi généralisé : les gens semblent avoir voté pour le moins pire des candidats, le moins pire des chefs, le moins pire des partis.

Quand on vote par dépit, on s’achète aisément le droit de chialer.