Sous-gouverneur de la Banque du Canada depuis un an, Paul Beaudry était de passage à l’Université Laval pour une conférence.

Paul Beaudry, sous-gouverneur à la Banque du Canada: celui qui calcule le taux d’intérêt au pays

Paul Beaudry étudie l’économie depuis le tout début de sa carrière, ses années de recherches et celles en tant que professeur universitaire l’auront mené au poste de ses rêves : celui de sous-gouverneur de la Banque du Canada.

Voilà près d’un an que M. Beaudry exécute ses nouvelles fonctions. L’homme originaire de Québec était de retour dans sa ville natale la semaine dernière pour une présentation publique sur comment les vulnérabilités financières comme l'endettement peuvent influencer les taux d'intérêt.

Il a personnellement choisi de faire sa première présentation à l’Université Laval, un clin d’œil à l’établissement où il a étudié.

«On veut que les gens comprennent qu’est-ce qu’on fait, pourquoi on le fait. Ce n’est pas une boîte noire, on essaie d’être ouverts. Ce n’est pas une banque avec qui les gens font affaire, on ne peut pas aller faire un dépôt à la Banque du Canada», indique-t-il, bien au fait des questionnements que peut engendrer son travail. 

Principalement, M. Beaudry doit déterminer le taux d’intérêt pour le pays. «Avec le Conseil de direction, on se rencontre pour en discuter et on essaie de garder l’inflation à 2 % en essayant de garder l’économie très près de sa capacité maximale. C’est l’élément central de mon travail, mais on fait beaucoup d’autres choses.»

Il est aussi responsable du département de stabilité financière et répond aux questions telles que : «Est-ce qu’on a un système financier qui fonctionne bien?» ou encore : «Est-ce que nos banques sont en santé?». Lui et son équipe analysent les réactions du pays face à la politique monétaire. 

Longue préparation

M. Beaudry collectionne les diplômes, il a notamment enseigné aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France. Avant de devenir sous-gouverneur, il était professeur à l’Université de la Colombie-Britannique.

«Depuis le début, je me suis toujours intéressé à la politique monétaire. Je me disais toujours qu’il fallait que j’en apprenne un peu plus avant de savoir si j’en connaissais assez pour contribuer à la question», explique-t-il.

Un jour, il se sentait d’attaque pour laisser le volet académique et se tourner vers le côté pratique, la partie la plus stimulante.

«C’est un défi très intéressant… on enseigne pendant des années sur un sujet, et là c’est le temps d’aller plus loin. J’applique les idées et je participe aux décisions. C’était quelque chose que j’avais toujours voulu», confie-t-il.

Une question abstraite

Qu’est-ce qui serait le bon taux d’intérêt en ce moment pour l’économie? Une question que M. Beaudry juge abstraite. Le grand défi est de rassembler toutes les informations pertinentes à cette question, de tous les secteurs. Il faut aussi garder en tête que l’économie du Canada est influencée par celle des autres pays. 

«En ce moment, on réussit assez bien à atteindre notre cible, mais il y a d’autres pays où ça fonctionne moins bien. Il faut être prêts, est-ce que ça pourrait nous arriver? Quand ça va bien chez nous, il ne faut pas penser ça va continuer à aller bien… Il faut regarder les “si”.»

Il devient aussi important de garder en tête les différents besoins régionaux. «Depuis un an et demi, l’économie mondiale est un peu en difficulté. Il y avait beaucoup d’incertitudes avec ces guerres commerciales entre les États-Unis et la Chine qui jouaient un rôle important. […] Ça commence à mieux aller. Les différences régionales sont très importantes à considérer. En 2019, le Québec a eu une croissance près du double de la moyenne canadienne.»

L’automne dernier, le Canada a enregistré des données plus difficiles, M. Beaudry remarquait un certain «ralentissement», mais ses analyses montrent que ça ne devrait pas durer. Toutefois, ce n’est pas une grande croissance qui est prévue pour 2020.