Faute de ressources ambulancières disponibles sur le territoire de Granby, un patient terrassé par un malaise cardiaque a attendu 16 minutes avant l’arrivée des paramédics. Le quinquagénaire n’a pas survécu.
Faute de ressources ambulancières disponibles sur le territoire de Granby, un patient terrassé par un malaise cardiaque a attendu 16 minutes avant l’arrivée des paramédics. Le quinquagénaire n’a pas survécu.

Patient terrassé par un arrêt cardiaque: «On ne lui a pas donné sa chance»

Karine Blanchard
Karine Blanchard
La Voix de l'Est
Seize minutes. Voilà le délai qu’il a fallu aux ambulanciers pour intervenir auprès d’un patient en arrêt cardiaque, le week-end dernier, à Granby. Faute d’équipes de paramédics disponibles sur le territoire, c’est celle qui était à un point d’attente à Bromont qui est intervenue auprès de la victime qui est finalement décédée.

«Je ne suis pas à dire que le monsieur aurait survécu. Les chances de survie pour un arrêt cardio-respiratoire sont mineures. Je ne réinvente rien. Ce qui est clair, c’est qu’on ne lui a pas donné sa chance», dénonce Stéphan Scalabrini, directeur des opérations secteur Ouest chez Dessercom, l’entreprise propriétaire du service ambulancier à Granby.

Les policiers de Granby, équipés de défibrillateur cardiaque dans leur voiture de patrouille, sont intervenus les premiers et ont utilisé l’appareil sans succès. Seize minutes après l’appel logé au 911, les ambulanciers sont arrivés sur les lieux. La victime, qui a été défibrillée au moins une dizaine de fois, n’a pas survécu.

Lorsque le quinquagénaire a été terrassé par un malaise, deux ambulances assuraient la couverture du territoire de Granby et des environs. Or, les équipes étaient déjà en intervention auprès d’autres patients. À ce moment-là, les ambulanciers les plus près, soit une équipe de Cowansville qui était en attente à Bromont, ont été affectés à cet appel.

«J’ai un monsieur de 50 ans qui a fait un arrêt cardiaque sur mon territoire et j’ai pris un véhicule qui est à 16 minutes. C’est la réalité. Ce n’est pas une anecdote et on en a vu d’autres. Comme entreprise, ce n’est pas le service qu’on veut donner», fait valoir M. Scalabrini.

Les effectifs actuellement disponibles à Granby, en fonction des différentes plages horaires, permettent de répondre entre 80 % et 85 % des appels qui sont logés au 911. «Le reste, ce sont des équipes en relève (basés dans d’autres villes) qui interviennent, ce qui est aberrant, ajoute-t-il. Je devrais être capable de couvrir 100 % des appels.»

Qui plus est, lorsqu’une équipe en provenance d’une autre ville se déplace à Granby, c’est leur territoire qui devient à découvert ou avec une ressource en moins, souligne M. Scalabrini.

Imputabilité

L’entreprise ambulancière et le syndicat qui représente les paramédics de Granby se questionnent sur la responsabilité du ministère de la Santé lorsque des délais sont occasionnés par un manque de ressources et qu’un patient décède, d’autant plus qu’ils réclament l’ajout de véhicules ambulanciers depuis de nombreuses années.

«Ça fait 10 ans qu’on dit qu’il manque un véhicule ambulancier. Quel prix on est prêt à mettre pour sauver des vies? Des humains?, se questionne le directeur des opérations. Ni eux, ni personne ne sont imputables? Il manque de véhicules. Il y a des impacts et on peut le démontrer.»

«C’est enrageant parce que c’est la population qui paie au bout du compte, dénonce quant à lui Jean Papineau, président de la Fraternité des travailleurs et travailleuses du préhospitalier du Québec (FTPQ) à Granby. On veut prendre le rôle de sauver des vies, mais on ne nous donne pas les ressources pour le faire. Je me demande jusqu’à combien de morts ça va prendre.»

Sensibilisation des élus

Les représentants de la compagnie ambulancière, qui réitère à nouveau la nécessité d’ajouter des ressources sur le territoire de Granby, poursuivent leurs revendications auprès du Ministère.

Ils iront également à la rencontre des décideurs de la région pour leur exposer la situation. Des lettres seront également acheminées aux députés, dont celui de Granby, François Bonnardel, pour savoir à qui incombe la responsabilité lorsqu’un décès survient alors qu’il manque d’effectifs sur le terrain.

«Je crois que certains pensent qu’ils composent le 911 et tout un système se met en branle. C’est souvent le cas, mais ce ne l’est pas tout le temps et c’est ce qui est arrivé en fin de semaine. On va rencontrer les élus pour leur expliquer la situation, indique Stéphan Scalabrini. L’ambulance est un véhicule de santé publique et ça prend un minimum.»

La compagnie ambulancière, fait-il savoir, travaille en partenariat avec le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Centre pour obtenir les ressources supplémentaires réclamées.

Chaque année, une analyse de l’utilisation des services préhospitaliers est faite pour l’ensemble des territoires de desserte ambulancière et envoyée au Ministère, a fait savoir Sara-Ève Tremblay, porte-parole du CISSS en réponse aux questions de La Voix de l’Est, sans toutefois vouloir commenter l’événement survenu ce week-end.