Plusieurs familles visitent la station de baguage du Rocher-Blanc. Mikaël Jaffré (à droite) en profite pour faire de la sensibilisation sur les oiseaux.

Parulines: une migration spectaculaire, mais...

RIMOUSKI – La semaine dernière, les réseaux sociaux ont été inondés de photos de parulines, ces petits oiseaux insectivores souvent très colorés. Quelque 780 000 parulines ont été observées en une seule journée à Tadoussac. Cette migration massive a aussi été aperçue sur la rive sud de l’Est-du-Québec, mais à plus petite échelle. Si l’événement a été spectaculaire, il ne faut pas pour autant conclure que les populations de ces espèces de passereaux sont en augmentation.

«On a l’impression que des parulines, il y en a plein, il y a une invasion, ça pullule, prévient le directeur de l’Observatoire d’oiseaux de Rimouski, Mikaël Jaffré. Mais, pas du tout! Il y a trois espèces qui sont en bonne santé grâce à la tordeuse (du bourgeon de l’épinette). Mais, toutes les autres, soit qu’elles suivent des cycles qui sont plutôt naturels ou stables à long terme, soit qu’elles sont en diminution.»

De toute façon, M. Jaffré rappelle que la paruline ne fait pas exception à la majorité des autres espèces d’oiseaux qui sont en déclin. «Les hirondelles ont perdu 70% de leurs effectifs en 30 ans, déplore l’ornithologue. Les hirondelles, les martinets, les engoulevents et les limicoles sont en crash populationnel.»

Sujet délicat

Le chercheur postdoctoral de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) hésite à identifier une cause à ce déclin, en rappelant que «des chercheurs sont attaqués» par des géants de la fabrication de pesticides, tel Monsanto, après avoir divulgué les résultats de leurs travaux. «C’est assez délicat, admet Mikaël Jaffré. La raison principale est liée aux pesticides. Mais, c’est toujours à prendre avec des pincettes. Après, il y a d’autres raisons potentielles, comme le réchauffement climatique, qui fait que la nourriture n’est plus disponible au bon moment pour nourrir les jeunes. Si les insectes émergent 15 jours plus tôt parce qu’il fait plus chaud, les hirondelles, elles, ne nichent pas 15 jours plus tôt.»

L’Observatoire d’oiseaux est un projet de recherche de l’UQAR. L’organisme gère trois suivis de populations, dont la station de baguage du Rocher-Blanc à Rimouski. «On fait de la sensibilisation, indique le directeur. On explique le phénomène migratoire, l’état de santé des populations d’oiseaux, comment reconnaître les différentes espèces, où faut-il aller pour les voir, etc. Le public répond assez bien.»

L’équipe a installé d’immenses filets verticaux ouverts, dans lesquels les oiseaux se prennent. Tous les jours, du 20 avril au 10 juin, une demi-heure avant le lever du soleil jusqu’à 11h, Mikaël Jaffré, ses trois stagiaires et des bénévoles font des rondes aux 30 minutes pour sortir les oiseaux des filets. Ils les déposent dans de petites poches et les apportent à la station de baguage. Bien que le chercheur puisse déplorer le déclin des populations ailées, il se réjouit néanmoins du nombre de captures à ce jour, qui avoisinent les 3 000 individus, comparativement à 2 100 au 10 juin l’an dernier. Parmi eux, un total de 21 espèces de parulines ont été baguées sur les 25 espèces qui nichent au Québec.