Cassandre Veillette rencontrait pour une première fois les nouveaux abonnés des paniers bios de La Boîte à Légumes, mardi au Silo épicerie bio vrac de Rock Forest.
Cassandre Veillette rencontrait pour une première fois les nouveaux abonnés des paniers bios de La Boîte à Légumes, mardi au Silo épicerie bio vrac de Rock Forest.

Panier Bleu: un maraîcher de Sherbrooke victime de son succès

Plusieurs craintes ont traversé l’esprit du propriétaire de la petite ferme La Boîte à Légumes, Cassandre Veillette, lorsque la COVID-19 est venue bouleverser le quotidien de la population et des commerçants de la région. Mais après avoir vu les demandes d’inscriptions à ses paniers de légumes bios presque quintupler comparativement à l’année dernière, notamment grâce à son inscription sur Le Panier Bleu, le maraîcher de Sherbrooke songe déjà à augmenter sa production l’an prochain.  

Depuis qu’ils ont fondé leur petite ferme de légumes biologiques en 2018, M. Veillette et sa conjointe se sont habitués à fermer les inscriptions pour leurs paniers hebdomadaires vers la mi-mai. « L’an dernier, on avait 56 paniers, parce que ma conjointe n’était pas là à temps plein. Cette année, on a décidé de viser 80 paniers chaque semaine. Le 3 ou le 4 avril, on a dû se déclarer complet, parce qu’on avait déjà 95 inscriptions », s’étonne encore M. Veillette.  

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Ayant décidé de s’afficher dans le bottin du Panier Bleu quelques jours après, le couple a décidé de bâtir une liste d’attente pour les intéressés supplémentaires, qui se faisaient nombreux. Aujourd’hui, celle-ci compte 180 noms. « Je ne les ai pas comptés, mais beaucoup d’entre eux ont indiqué avoir connu notre ferme grâce au Panier Bleu, commente l’entrepreneur. On va recontacter tous ces gens-là au printemps prochain, et on a voir comment on pourrait agrandir encore un peu. Notre terre est assez limitée, mais on regarde pleins d’autres manières d’augmenter la production. »

Heureusement, ceux qui n’ont pas réussi à mettre la main sur un abonnement peuvent se procurer les produits de La Boîte à Légumes directement chez le maraîcher du 9280, chemin Venise, par le biais d’un kiosque libre-service à « paiement d’honneur » dans une boîte. « On fait confiance aux gens, on adore ça, et les gens sont heureux de pouvoir prendre le temps de choisir. C’est ouvert tout le temps! » affirme M. Veillette.  

Le couple fait également la vente de ses légumes au Marché public de Magog, qui tenait sa première édition dimanche dernier. La fréquentation qu’a connue l’événement démontre bien l’engouement pour l’achat local que remarque M. Veillette. « On est super contents. Il a fait froid, et on pense qu’il y a eu plus de gens qu’à la première édition l’an dernier. On avait des files d’attente. »

Conserver l’engouement

Les Québécois conserveront-ils l’habitude de se tourner vers le producteur local, une fois les effets de la pandémie dissipés? « Je suis persuadé que ça va rester, témoigne M. Veillette. Déjà, même avant le virus, il y avait une tournure vers ça. Peut-être qu’il y a un pic en ce moment et que ça va redescendre, mais jamais au point où c’était avant [la pandémie]. »


« L’idée, c’est que ça devienne juste un déclic au niveau de l’action. »
Alain Dumas

Selon Alain Dumas, le directeur général du Panier Bleu, il s’agit bel et bien d’une préoccupation de l’OBNL, qui a justement été lancé pour stimuler l’achat local à l’aide d’un financement gouvernemental en avril, alors que les mesures liées à la COVID-19 ralentissaient les affaires, même pour des entreprises toujours en marche. 

« C’est à nous d’ici là à développer des fonctionnalités pour permettre que ce soit de plus en plus facile d’avoir l’information sur le commerce local, explique-t-il en entrevue avec La Tribune. Une grande partie de l’impact qu’on peut avoir, c’est quand les marchands vont s’afficher eux-mêmes “Panier Bleu”. On n’a pas toujours le nez plongé dans notre téléphone pour vérifier la provenance d’un commerce. L’idée, c’est que ça devienne juste un déclic au niveau de l’action. De dire j’ai deux commerces devant moi, l’un est “Panier Bleu” et l’autre non, est-ce que je privilégie le “Panier Bleu”? On a l’été pour travailler là-dessus, mais ça reste dans nos priorités. » 

« Je crois que la COVID a sensibilisé les commerçants, observe-t-il également. Les commerçants ont réalisé que leur vrai compétiteur n’était pas celui de l’autre côté de la rue, mais plutôt le joueur étranger qui commence à vendre des choses que je vends, et qui m’enlève des ventes, sans qu’il n’y ait de facteur économique qui reste au Québec. Je sens qu’il y a une solidarité née chez les commerçants, qui se disent qu’ils sont peut-être mieux de travailler ensemble pour régler un problème qui n’est pas propre au marché du Québec, mais bien au marché international. » 

Le Panier Bleu approche aujourd’hui d’un répertoire de 20 000 commerces, et dévoilait mardi de nouvelles initiatives, comme une carte interactive et des outils bientôt offerts aux commerçants pour les aider à se mettre en valeur. Huit grands chantiers ont également été lancés sur différents aspects de l’avenir du commerce de détail. Menés de manière indépendante, ceux-ci permettront de mieux guider les entreprises dans leur adaptation à la réalité numérique d’aujourd’hui. 

La « prochaine phase » de la plateforme s’étendra de juin à septembre, et consistera notamment à inviter de nouveaux types de commerces à s’inscrire, au fil des réouvertures.  

M. Dumas indique également vouloir amorcer la production de contenu. Il pense notamment aux 800 commerces fermiers qui figurent dans le répertoire du Panier Bleu, et qui pourraient faire l’objet de trajets gourmands suggérés cet été.