«Le livre de Green» est le meilleur de l'année.

Oscars: Alfonso Cuarón et «Roma» écrivent l’histoire

Alfonso Cuarón n’est pas reparti avec l’Oscar du meilleur film — c’est plutôt le très consensuel «Le livre de Green» —, mais la 91e soirée des Oscars de dimanche soir lui appartient. «Roma» a réalisé un triplé historique : meilleur réalisateur, meilleure direction photo et meilleur long métrage en langue étrangère. Une cérémonie sans animateur plus courte qui a saupoudré ses récompenses.

«Gracias, gracias, gracias», s’est exclamé Alfonso Cuarón dans son discours de remerciement pour son trophée du meilleur réalisateur. Pourtant, il y avait peu de doutes que le cinéaste allait l’emporter pour son très beau Roma, inspiré de son enfance au Mexique.

Olivia Colman a créé la grosse surprise de la soirée en remportant l’Oscar de la meilleure actrice pour La favorite devant Glenn Close — elle s’en est d’ailleurs excusé avec humour. Ses remerciements chaleureux — et son émotion — furent un des grands moments de la cérémonie.

Dans cette soirée plus ouverte qu’à l’habitude, il y avait toutefois une catégorie qui ne faisait aucun doute : celle du meilleur acteur. Rami Malek a été salué pour sa métamorphose en Freddie Mercury dans Bohemian Rhapsody. Un «moment monumental», a-t-il témoigné en recevant sa convoitée statuette.

Pour cette soirée sans animateur, les producteurs ont décidé d’ouvrir avec Queen interprétant We Will Rock You et We Are the Champions, insufflant une bonne dose d’énergie à une soirée qui, par la suite, s’est enlisée dans son manque de rythme. Parlant de Queen, un bon flash : la présentation de Bohemian Rhapsody par Mike Myers et Dana Carvey, les vedettes poilues de Wayne’s World. Excellent!

Dans l’ensemble, la soirée s’est tout de même déroulée plus rondement que les éditions précédentes.

On a mis le paquet sur les présentateurs, qui venaient d’horizons très divers, pas seulement du monde du cinéma, de Serena Williams à Tom Morello (le guitariste de Rage Against the Machine). 

C’est Tina Fey, Amy Poehler et Maya Rudolph qui ont ouvert les hostilités avec beaucoup d’humour et un des seuls commentaires politiques de la soirée : «Le Mexique ne paiera pas pour le mur».

Évidemment, Spike Lee, en gagnant le très mérité Oscar du meilleur scénario adapté pour Opération infiltration, n’allait pas laisser passer une telle chance de signaler que les élections américaines de 2020 s’en viennent à toute vitesse. «Choisissons l’amour plutôt que la haine. Let’s do the right thing [une référence à son film du même nom]», a-t-il clamé, sous les applaudissements nourris, après avoir sauté de joie dans les bras de Samuel L. Jackson.

Alfonso Cuarón est entré dans l’histoire des Oscars en devenant le premier réalisateur à remporter le trophée pour la direction photo, absolument superbe dans Roma. Il n’a pas manqué de remercier son compatriote Chivo Lubezki pour l’inspiration, qui avait remporté la même récompense pour Gravité en 2014.

Ce n’était qu’un début puisque Cuarón a écrit une autre page d’histoire lorsque son drame en noir et blanc est devenu le premier long métrage mexicain à enlever celui du meilleur film en langue étrangère. 

La performance de Regina King était tellement émouvante en mère courage dans Si Beale Street pouvait parler qu’elle s’est logiquement imposée comme meilleure actrice de soutien. Témoignant de son respect à James Baldwin, le célèbre auteur dont le livre a inspiré le film, l’actrice très émue a ensuite rendu hommage à sa mère qui l’accompagnait et aux autres actrices qui étaient en nomination avec elle. La grande classe.

Mahershala Ali était trop fort dans la catégorie du meilleur acteur de soutien. L’acteur a sobrement salué son «partenaire» Viggo Mortensen dans Le livre de Green qui, lui, est en nomination dans la catégorie du meilleur acteur — les deux jouent presque autant… Il s’agissait de son deuxième Oscar dans cette catégorie après celui dans Moonlight (2017).

Les Oscars ne seraient pas les Oscars sans des trophées controversés. Cette 91édition n’a pas fait exception avec la statuette dorée remise à Bohemian Rhapsody pour le meilleur montage. Le drame biographique a finalement remporté quatre prix. 

Fait notable, c’est une Sino-Canadienne qui a remporté l’Oscar du meilleur court d’animation avec Bao, un beau petit film sur la transmission et l’héritage culturel. Domee Shi est aussi la première femme à réaliser pour Pixar...

La meilleure réplique de la soirée? «Je ne pleure pas parce que j’ai mes règles (...) Je ne peux pas croire qu’un film sur les règles ait un Oscar !» s’est exclamée Rayka Zehtabchi, la réalisatrice de Period. End of Silence, gagnant du meilleur court documentaire.

Le moment fort : la complicité de Lady Gaga et Bradley Cooper, qui ont interprété Shallow, tirée d’Une étoile est née. C’était d’ailleurs écrit dans le ciel que la chanson allait gagner l’Oscar de la meilleure chanson. «Merci d’avoir crû en nous», a lancé la chanteuse à l’acteur avant de faire un discours sur l’importance de se battre pour ses rêves. Ce fut la seule récompense du film.

Le grand perdant : La favorite de Yorgos Lanthimos qui n’a gagné qu’un seul prix, meilleure actrice, malgré ses 10 nominations.

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L’OSCAR ÉCHAPPE AUX QUÉBÉCOIS

Marianne Farley et Jérémie Comte sont repartis bredouilles d’Hollywood. Les deux Québécois étaient en nomination pour l’Oscar du meilleur court métrage avec Marguerite et Fauve, respectivement. C’est toutefois Skin de Guy Nattiv et Jaime Ray Newman, un film sur la toxicité du racisme, qui s’est imposé. Les deux cinéastes peuvent au moins se consoler en réalisant que leur seule présence à la cérémonie de dimanche soir était un exploit en soi, même s’ils ne sont pas montés sur scène. Et se dire que ce n’est que partie remise.

«Un moment monumental», s’est exclamé Rami Malek en allant chercher son Oscar du meilleur acteur pour «Bohemian Rhapsody».