Les bouteilles de vin seront recyclées à partir de 2022. Ces 12 prochains mois, la SAQ testera entre autres des gobeuses de verre dans ses succursales ou dans le stationnement adjacent.
Les bouteilles de vin seront recyclées à partir de 2022. Ces 12 prochains mois, la SAQ testera entre autres des gobeuses de verre dans ses succursales ou dans le stationnement adjacent.

Nouvelle consigne applaudie [VIDÉO]

La grande majorité des contenants dans lesquels vous achetez vos breuvages seront consignés d’ici quelques années. Les bouteilles de vin en verre vaudront bientôt 25 ¢, à compter de l’automne 2022. Et les bouteilles d’eau en plastique, 10 ¢. On pourra aussi retourner les cartons de jus ou de lait de type multicouche ou Tetra Pak, mais juste en 2024.

Le premier ministre François Legault et son ministre de l’Environnement, Benoit Charette, ont lancé en grand le caucus préparatoire à la session parlementaire de la Coalition Avenir Québec (CAQ), jeudi matin, à Saint-Sauveur.

Concert d’éloges de la majorité des intervenants du milieu, même si certaines questions attendent encore une réponse.

Mais n’espérez pas vous mettre plus riche, à moins d’être valoriste. Les prix des produits nouvellement visés par la consigne seront haussés d’autant. Le consommateur récupérera son sou blanc, caribou ou bateau, en retournant le contenant vide dans l’un des 400 lieux de dépôts déployés à travers le Québec ou encore dans les machines gobeuses installées chez des détaillants.

Comme c’est déjà le cas avec la plupart des bouteilles de verre et des canettes d’aluminium de bière et de liqueur. Et ce, depuis 1984, moment où on a implanté l’actuel système de consigne. La canette remboursée en ce moment 0,05 $ passera donc aussi à 0,10 $.

À terme, dans quatre ans, quatre milliards de contenants pourront passer par la consigne chaque année, dont plus d’un milliard de bouteilles d’eau. Mises bout à bout, le milliard de petites bouteilles d’eau bues au Québec chaque année feraient six fois le tour de la Terre. On récupère déjà 2,4 milliards de bouteilles et canettes.

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Menaces de fermeture

Cette annonce survient quelques jours après que quatre centres de tri au Québec aient menacé de fermer. Le problème ne réside pas dans la quantité de matière récupérée à partir du bac bleu, mais plutôt dans la qualité à cause de la contamination entre les matières jetées dans le bac, dont le verre cassé.

Recyc-Québec chapeautera la mise en place du nouveau système de récupération des contenants consignés, mais les entreprises qui mettent en marché les contenants devront présenter un plan de gestion de la consigne d’ici un an, incluant l’ouverture d’un réseau de centres privés de dépôt.

Pour élaborer son modèle de consigne élargie, le Québec s’est inspiré des «meilleures pratiques» en vigueur dans certains pays européens et en Alberta, a souligné la présidente-directrice générale de Recyc-Québec, Sonia Gagné.

Mme Gagné était même sur place pour assister à l’annonce, à Saint-Sauveur, tout comme la présidente et cheffe de la direction de la Société des alcools du Québec (SAQ), Catherine Dagenais. La société d’État avait pourtant longtemps logé dans le camp des anti-consigne.

Réforme du système 

Ces 12 prochains mois, la SAQ testera entre autres des gobeuses de verre dans ses succursales ou dans le stationnement adjacent. En plus de relancer le vin en vrac, on y réduira l’utilisation de verre à la source en exigeant des bouteilles à fond plat, ou sans culot, pour tous les vins de 20 $ et moins. Cela représente 88 % des ventes de la SAQ. En ce moment, cette obligation est limitée aux vins de 16 $ et moins.

Les représentants des commerçants s’inquiètent de voir les grosses chaînes, disposant de davantage d’espace, prendre le contrôle des centres privés de dépôt au détriment des plus petits commerces, qui perdraient de la clientèle.

Les louanges envers le ministre Charette n’empêchent pas la plupart des acteurs du milieu de continuer à réclamer une réforme du système de récupération et de recyclage au Québec. Un comité de spécialistes a émis des recommandations sur cette question au ministre l’an dernier. Une annonce reste à venir. Québec solidaire demande d’ailleurs que la pdg de Recyc-Québec vienne expliquer le fiasco des centres de tri devant les parlementaires. 

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Quelques réactions à la consigne élargie

Québec solidaire

Ruba Ghazal, députée responsable en matière d’environnement du deuxième groupe d’opposition :

«J’ai envie de leur dire “bravo! ” Bravo au premier ministre, bravo au ministre de l’Environnement d’avoir résisté aux lobbyistes qui se sont battus comme des diables dans l’eau bénite pour que cette consigne ne voie pas le jour. J’ai aussi envie de dire “enfin! ” Enfin, pour tous les groupes qui ont appelé de tous leurs vœux cette consigne qui était le gros bon sens pour régler une bonne partie de la crise du recyclage. Il y a des questionnements, mais je n’ai pas envie de gâcher le plaisir. Aujourd’hui, il faut savourer cette victoire. La consigne est une bonne base sur laquelle commencer à travailler.»

Conseil canadien du commerce de détail

Jean-François Belleau, directeur aux relations gouvernementales :

«On salue la volonté du gouvernement de porter enfin de l’attention au défi des matières recyclables. Par ailleurs, on est très inquiets pour l’avenir du bac bleu. Car le système fonctionne relativement bien, outre la crise dans certains centres de tri. En annonçant la consigne élargie, ils vont retirer des matières du bac bleu et priver les centres de tri de certains revenus. Il y a encore beaucoup de questions et ce n’était pas notre premier choix, mais on va s’organiser pour que ça marche. Il y a plusieurs chemins pour aller à Rome et on pense que le gouvernement a pris le plus tortueux.»

Fondation David Suzuki

Louise Hénault-Ethier, cheffe de projets scientifiques :

«On est contents que ce soit finalement mis en place et qu’on n’entende plus des anecdotes de Québécois qui traversent en Ontario pour aller chercher les consignes de leurs bouteilles de vin! La consigne a fait ses preuves partout, depuis longtemps. On peut se demander pourquoi attendre à 2022, mais le tri à la source était la chose à faire. En retirant 4 milliards de contenants par année des centres de tri — c’est gigantesque! —, on va s’assurer de ralentir la vitesse à laquelle ils sont obligés de travailler et leur permettre d’accomplir un meilleur tri sur les matières qui ne sont pas visées par la consigne.»

Union des municipalités du Québec

Suzanne Roy, présidente intérimaire et mairesse de Sainte-Julie :

«L’élargissement de la consigne au verre et au plastique constitue assurément une avenue intéressante pour encourager les citoyennes et citoyens à récupérer davantage et accroître notre performance collective en matière de recyclage. Or, ce n’est qu’une partie de la solution à la crise que traverse l’ensemble de notre système de collecte sélective et qui alourdit le fardeau financier de l’ensemble des municipalités.»  

Conseil régional de l’environnement de la Capitale-Nationale

Alexandre Turgeon, directeur général et vice-président exécutif :

«Depuis les années 1990, j’ai vu tous les gouvernements taponner avec ce dossier-là et ne pas le régler à cause du lobby anti-consigne. C’est bien aussi de conserver le système de consigne de la bière tel qu’il est, parce que ça marche et que c’est une consigne de réutilisation plutôt que de recyclage. Quant aux lieux de dépôt dans des points de proximité, il reste à définir “proximité”. Parce qu’exiger que les gens aient une voiture pour gérer leurs matières résiduelles est aberrant, que ce soit pour les matières dangereuses ou la consigne.

Société des alcools du Québec

Catherine Dagenais, présidente et cheffe de la direction :

«Nous allons d’abord réduire notre utilisation du verre de façon concrète. Puis, grâce à la consigne, qui nous permettra de récupérer un verre de meilleure qualité, nous continuerons de développer des initiatives qui nous permettront de recycler ou de valoriser l’ensemble des bouteilles que nous allons récupérer, ce qui a toujours été notre préoccupation.» Avec La Presse canadienne

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Quand?

2022 (automne)

Entrée en vigueur de la consigne pour tous les contenants de boisson prête à boire de 100 ml à 2 l, qu’ils soient en plastique, en verre ou en métal.

2024

Entrée en vigueur de la consigne pour les contenants de type carton multicouche (type Tetra Pak).


Combien?

25 ¢

Contenants de vins et de spiritueux

10 ¢

Tous les autres contenants consignés


Où?

400 lieux de dépôts à travers le Québec


Comment?

75 % en 2025

90 % en 2030

Le gouvernement fixe des objectifs d’efficacité aux entreprises quant à la proportion de contenants consignés qui doivent être récupérés et recyclés. À défaut d’atteindre ces cibles, elles se verront imposer des pénalités.