Wortman a été tué par la police dans une station-service, le 19 avril, 13 heures après le début de sa folie meurtrière.
Wortman a été tué par la police dans une station-service, le 19 avril, 13 heures après le début de sa folie meurtrière.

N.-Écosse: le tireur avait installé des compartiments pour cacher des armes

Michael Tutton
La Presse Canadienne
HALIFAX — Le tueur de la Nouvelle-Écosse avait aménagé des compartiments secrets dans ses résidences et converti des actifs en une importante quantité de liquidité avant de passer à l'acte, ont confirmé des enquêteurs de la GRC, jeudi.

Toutefois, ils n'ont pas pu corroborer un témoignage voulant que Gabriel Wortman eût déjà commis des meurtres et brûlé des corps avant le massacre survenu en avril

Les fouilles réalisées à la résidence incendiée du tueur à Portapique n'ont pas permis de trouver des preuves pour étayer ces allégations.

Wortman a assassiné 22 personnes du 18 au 19 avril dans le centre et le nord de la Nouvelle-Écosse.

Un témoin aurait raconté que le tueur était aussi un trafiquant de drogue, mais la GRC n'a trouvé aucune preuve à l'appui de ces allégations.

«C'est le seul témoin qui a indiqué que le tireur était activement et récemment impliqué dans l'importation et le trafic de drogues, a indiqué la GRC, par voie de communiqué. Parmi les quelque 700 témoins interrogés, personne d'autre, y compris les proches du tireur, n'a fourni de renseignements semblables.»

Les enquêteurs ont confirmé que le tueur avait aménagé des compartiments secrets dans sa résidence de Dartmouth. Ils ont reconnu qu'il y en avait sans doute à celle de Portapique, celle qui a brûlé de fond en comble lors de la tuerie.

«Les enquêteurs ont confirmé que, dans sa résidence de Dartmouth, le tireur avait construit des espaces qui semblaient conçus pour cacher des articles. Selon certains renseignements, ces espaces auraient été construits pour cacher des armes à feu», a écrit la GRC.

La GRC a aussi rapporté que les courriels du tueur révélaient que celui-ci avait

retiré des fonds de ses investissements personnels et de ses comptes bancaires

«Le tireur a converti ses placements et a retiré de l'argent comptant parce qu'il croyait que, en raison de la pandémie actuelle, ses actifs seraient mieux protégés s'il les avait en sa possession. Une importante somme d'argent comptant a été retrouvée sur la propriété incendiée du tireur, à Portapique, ce qui corrobore le retrait de fonds effectué avant le 18 avril, qui avait été divulgué auparavant.»

La GRC a aussi confirmé que Wortman avait acheté des armes aux États-Unis. Une autre arme à feu a été illégalement obtenue au Canada.

«Nous continuons d'enquêter sur les transactions d'armes à feu effectuées par le tireur ou toute autre personne. Par conséquent, nous ne pouvons en dire davantage à cet égard pour l'instant.»

La police signale aussi que Wortman se rendait fréquemment dans le Maine pour visiter des relations.

Wortman a été tué par la police dans une station-service à Enfield, en Nouvelle-Écosse, le 19 avril, 13 heures après le début de sa folie meurtrière.

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OTTAWA NE VOULAIT PAS D'UNE ENQUÊTE PUBLIQUE, SELON UN MINISTRE

Le ministre de la Justice de la Nouvelle-Écosse soutient qu'il a fait pression en privé sur Ottawa pour la tenue d'une commission d'enquête publique fédérale-provinciale sur la tuerie d'avril, une proposition que les fonctionnaires fédéraux auraient d'abord rejetée.

Selon Mark Furey, c'est pour cette raison que son gouvernement s'est d'abord rallié au «comité d'examen indépendant», moins rigoureux, annoncé la semaine dernière. Cette décision, aussitôt largement critiquée en Nouvelle-Écosse, a été annulée mardi pour être remplacée par une commission d'enquête publique conjointe en bonne et due forme, avec les pouvoirs de contraindre les témoins.

Rencontré après une réunion du cabinet à Halifax, jeudi, le ministre Furey a expliqué que son gouvernement voulait surtout qu'Ottawa participe à un processus conjoint. Comme le fédéral ne voulait pas d'une enquête publique, le gouvernement provincial a accepté, à défaut, le principe d'un «examen indépendant», a-t-il dit. Selon M. Furey, les discussions ont impliqué le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, et ses hauts fonctionnaires.

Dès son annonce, jeudi dernier, le «comité d'examen indépendant» conjoint avait été critiqué par les proches des victimes, qui estimaient que ce processus n'offrirait pas autant de transparence et de poids juridique qu'une commission d'enquête, qui a le pouvoir de tenir des audiences publiques et de contraindre les témoins à parler sous serment et à produire des documents.

Puis, mardi, cinq députés libéraux fédéraux de la Nouvelle-Écosse - la moitié du caucus libéral de cette province - ont publiquement contesté la décision de leur propre gouvernement. C'est là que le ministre Furey a écrit que son gouvernement souhaitait également une enquête publique conjointe. Quelques heures plus tard, le ministre Blair annonçait le changement de cap.

Mais c'était la première fois qu'on entendait le gouvernement provincial préférer une enquête publique. Après la réunion du cabinet, jeudi, le premier ministre Stephen McNeil n'a pas répondu directement lorsqu'on lui a demandé pourquoi il n'avait pas dit à la population quel type d'enquête il souhaitait - une question qui s'est avérée être un point sensible pour les familles des victimes.

«Nous pensions qu'un examen permettrait d'atteindre cet objectif: les familles ont exprimé un point de vue très différent», a-t-il dit.

Plus tôt cette semaine, le premier ministre McNeil a présenté ses excuses aux familles des victimes pour les tergiversations sur la forme que prendrait l'enquête sur la tuerie qui a fait 22 morts les 18 et 19 avril derniers. Michael MacDonald, La Presse canadienne