Hommage à la fillette décédée à Granby

Mort d’une fillette à Granby: les politiciens veulent retourner toutes les pierres

Les parlementaires québécois, lors d’une rare unanimité, ont convenu de retourner toutes les pierres et de revoir l’ensemble du système de protection de l’enfance au Québec, qui a failli à sa tâche lors de la mort tragique d’une fillette de 7 ans de Granby.

«Comme tous les Québécois, je suis en beau maudit. […] Ça prend vraiment des monstres pour avoir fait ça», a déclaré le premier ministre François Legault devant les médias jeudi. «C’est troublant aussi et révoltant de savoir qu’il y a des personnes qui savaient. Entre autres la DPJ», a-t-il ajouté.

La ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault a demandé à la coroner en chef de procéder à une enquête publique sur l’affaire, afin de «faire la lumière» sur les circonstances. Cette enquête aura lieu dans un palais de justice, à une date qui n’a pas encore été fixée, parce qu’il faut s’assurer de ne pas nuire à l’enquête policière en cours. 

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux Lionel Carmant a quant à lui annoncé que le Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) de l’Estrie Alain Trudel était suspendu de ses fonctions avec salaire, parce que «tous les signes montraient qu’il y avait eu un problème dans la gestion de ce qui s’est passé» et qu’il est «imputable». 

Ayant de la difficulté à répondre aux questions des journalistes, M. Carmant a par la suite précisé par communiqué que c’est M. Trudel qui avait demandé à être retiré temporairement de ses fonctions. M. Carmant n’avait pas d’information jeudi sur la prise en charge du jeune frère de la victime. 

Dans les prochains mois, le ministre travaillera à réduire la liste de plus de 3000 enfants qui attendent d’être pris en charge par la DPJ. Il veut se pencher sur la mobilité des employés et sur le fait que plusieurs sont en congé de maladie. «Les équipes sont fragiles, on veut les consolider», dit M. Carmant. 

Minute de silence

À la période des questions, tous les parlementaires ont observé une minute de silence à la mémoire de cette fillette et ils ont voté, de façon unanime, en faveur d’une motion qui vise à assurer à la DPJ les ressources nécessaires à l’accomplissement de son mandat. Le premier ministre Legault a par ailleurs soutenu qu’il était prêt à débloquer des fonds si le problème en était un de budget à la DPJ. 

Les politiciens de tous les partis ont réclamé qu’une commission parlementaire non partisane se mette en branle pour étudier la question de façon plus large. François Legault a proposé que le tout soit fait à l’image de la commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité. La députée libérale Hélène David, qui propose que cette commission s’appelle «grandir dans la dignité», a remercié le premier ministre «d’avoir cette grande solidarité» envers les autres parlementaires. 

«Le regard que les Québécois porteront sur la DPJ ne sera plus jamais le même», a commenté le chef péquiste Pascal Bérubé. «J’espère qu’il y aura un avant et un après Granby», a renchéri la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé. 

Ce type de commission parlementaire pourrait se pencher par exemple sur le rôle que les tribunaux et l’école jouent dans la protection de l’enfance. Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a par ailleurs précisé que la victime ne fréquentait plus l’école du quartier depuis quelques semaines, et que sa famille avait demandé de lui faire l’école à la maison. Aucun enseignement n’avait toutefois encore été prodigué au domicile. M. Roberge affirme que l’école a fait un signalement à la DPJ et qu’à partir de là, «c’est la direction de la protection de la jeunesse qui aurait dû prendre le relais». 

La députée libérale Marwah Rizqy croit toutefois qu’à l’avenir, il faudrait changer le protocole «pour s’assurer que, dès qu’il y a des signalements, on ne peut plus retirer un enfant de cette école, parce qu’on ne peut pas isoler cet enfant».

EN CHIFFRES

  • 11,6 % 

Hausse du nombre de signalement retenus dans les DPJ du Québec, entre 2016 et 2018

  • 263

Nombre moyen de signalements effectués par jour au Québec

  • 63 %

Pourcentage des signalements qui concernent l’abus physique ou la négligence

Source : Bilan des directeurs de la protection de la jeunesse/Directeurs provinciaux 2018