Rachid Taha était un habitué des scènes québécoises. Il était venu pour la cinquième fois de sa carrière, en juillet 2016, au Festival d’été de Québec.

Mort du chanteur Rachid Taha

PARIS — Il fut une des figures du rock français des années 80, en reprenant avec son groupe Carte de Séjour «Douce France» de Charles Trénet, avant de devenir une voix passionnée du raï et du chaâbi de son Algérie natale : Rachid Taha est mort à 59 ans d’une crise cardiaque.

«Son fils Lyes, sa famille, ses proches, tous ses amis et son label Naïve, ont le regret et l’immense tristesse d’annoncer le décès de l’artiste Rachid Taha, survenu cette nuit suite à un arrêt cardiaque à son domicile des Lilas», selon un communiqué.

«C’était un ami pour qui j’avais une grande et profonde affection. Rachid Taha était talentueux, original et généreux. C’était un artiste à la fois créatif et atypique. Il incarnait un idéal, une fraternité en actes, combative et militante. Il était l’esprit de cette France arc-en-ciel et tolérante», a réagi l’ancien ministre de la Culture, Jack Lang.

«Que de souvenirs professionnels : le succès de Ya rayah, le concert historique de 1,2,3 soleils et que de fêtes, de discussions et de rires jusqu’à la fin de la nuit! Quelle tristesse ..! RIP l’ami», a pour sa part écrit le producteur Pascal Nègre.

«Rachid Taha était un grand artiste, mon ami et mon frère, il sera dans mon cœur pour la vie», a twitté le chanteur Axel Bauer.

Taha était une des personnalités fortes et attachantes de la scène rock française dès ses débuts en 1981 avec Carte de Séjour, qu’il avait formé à Lyon avec quatre autres musiciens et dont il était le charismatique leader.

Si musicalement Carte de séjour s’était démarqué en réussissant la fusion entre raï et rock — une démarche artistique que ne cessera d’avoir Taha par la suite, mélangeant, sons moyen-orientaux avec musiques world, funk ou techno —, le groupe était très engagé dans sa prose. Au point de devenir un porte-drapeau de la communauté française d’origine maghrébine de seconde génération.

«Algérien pour toujours, Français tous les jours»

Né en Algérie, près d’Oran, et arrivé en France à 10 ans, il était encore ouvrier quand il se lança dans l’aventure Carte de séjour. Incarnant la génération beur, le groupe participa notamment à la fameuse Marche pour l’égalité et contre le racisme en 1983.

Une chanson illustra l’engagement qui caractérisa Taha jusqu’au bout. Douce France (1986), que le chanteur et compositeur français Charles Trénet créa en 1943 pour soutenir les expatriés de force durant la Seconde Guerre mondiale, Taha en fit l’hymne d’une jeunesse française métissée et tolérante.

En solo à partir de 1989, Taha, qui a grandi avec le punk et le rock, ne cessa par la suite d’y rester fidèle, tout en les infusant de musique orientale, comme avec sa reprise de Rock the Casbah (2004) des Clash.

Auparavant, il renoua avec le succès avec Voilà, voilà en 1993, un titre fustigeant le retour de la montée des extrêmes dans la Douce France.

«Étranger, tu es la cause de nos problèmes/Moi je croyais qu’c’était fini/Mais non, mais non, ce n’était qu’un répit», chantait celui qui conserva sa «carte de séjour» jusqu’à la fin et s’en amusait dans son autobiographie Rock la Casbah (2008) en écrivant «Algérien pour toujours et Français tous les jours».

Au chaâbi, Taha donna une exposition hors du monde arabe avec sa reprise en 1997 d’une de ses chansons les plus populaires Al Rayah, immortalisée avant lui par Dahman El Harrachi. Un an plus tard, il remplissait la salle parisienne de Bercy avec Khaled et Faudel pour le spectacle 1,2,3 Soleils.

En 2016, Rachid Taha reçut une Victoire de la musique pour l’ensemble de sa carrière. Il s’apprêtait à sortir un nouvel album, dont le premier morceau devait s’intituler Je suis africain.

Rachid Taha était un habitué des scènes québécoises. Il était venu plus récemment en juillet 2016, au Festival d’été de Québec, pour une cinquième fois.