Des retailles de rubans autour du périmètre de recherche se trouvent à côté d'un mémorial érigé en l’honneur des fillettes, tout près du lieu où l’on a retrouvé leurs petits corps.
Des retailles de rubans autour du périmètre de recherche se trouvent à côté d'un mémorial érigé en l’honneur des fillettes, tout près du lieu où l’on a retrouvé leurs petits corps.

Mort de Romy et Norah: Saint-Apollinaire un mois après le drame [PHOTOS] 

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Le Soleil
Saint-Apollinaire, comme tout le Québec, a été secouée par l’onde de choc de la mort des deux sœurs Carpentier dans de tragiques circonstances, en juillet. Depuis bientôt un mois, la municipalité a retrouvé sa quiétude. Même si la vie continue, le drame a laissé de vives traces sur son passage.  

Des retailles de rubans autour du périmètre de recherche et un mémorial érigé en l’honneur des fillettes, tout près du lieu où l’on a retrouvé leurs petits corps; Saint-Apollinaire est toujours marquée par les décès des sœurs Romy, 6 ans, et Norah, 11 ans. Il y aura un mois jeudi [20 août], leurs funérailles étaient célébrées à Lévis.   

Les traces visibles du drame dans la municipalité sont une chose, mais la population aussi a été ébranlée par les événements. 

«Saint-Apollinaire ne pourra pas oublier, c’est certain», laisse tomber le maire de la municipalité, Bernard Ouellet.   

Près de chez soi  

Pendant 12 «longs» jours de recherche, de la disparition de Martin Carpentier et ses filles après une mystérieuse embardée sur l’autoroute 20, en passant par l'alerte AMBER et jusqu’à la découverte des corps, M. Ouellet a été au premier plan pour rassurer les citoyens des environs.   

«À Saint-Apollinaire, on a été touché parce que ça s’est passé près de nous, estime M. Ouellet. Ça reste beaucoup moins pire pour nous que pour les amis, les proches et la famille qui vont rester très marqués.» 

Bernard Ouellet, maire de Saint-Apollinaire

Être au cœur de la tourmente, Colette Fauteux en sait quelque chose. Elle et son conjoint sont propriétaires de la terre boisée du rang Saint-Lazare Est où le corps de Martin Carpentier a été retrouvé sans vie, le 20 juillet. Ils avaient quitté la maison pour quelques jours, c’est un membre de la famille qui a fait la découverte, derrière le garage.  

«Il était temps que ça finisse, c’est moins épeurant pour tout le monde», raconte la dame en pointant vaguement l’endroit où la dépouille de Carpentier logeait. Elle n’a pas remis les pieds sur cette parcelle de son terrain, elle ne veut pas avoir «d’images en tête».


« Saint-Apollinaire ne pourra pas oublier, c’est certain »
Bernard Ouellet, maire de Saint-Apollinaire

Comme d’autres résidents du secteur, Mme Fauteux est «soulagée» qu’on ait retrouvé le suspect. Au lendemain du dénouement de la tragique histoire, le maire Bernard Ouellet estimait lui aussi que les citoyens pourraient «recommencer à respirer».   

Le stress était palpable au sein de la population, selon lui. Une cellule de crise avait même été mise sur pied, pour aider ceux qui en ressentaient le besoin, quelques personnes ont fait appel au service. 

Prise de conscience 

Si un tel drame nous fait voir «ce que l’humain peut faire de pire», il peut aussi nous faire réaliser «ce que l’humain peut faire de meilleur». François Samson, président du 128e Groupe scout  de Charny, s’efforce de voir de la lumière dans la sombre histoire qui a secoué la «famille» scout. L’aînée des deux sœurs victimes, Norah, et son père en faisaient partie. La cadette, Romy, devait intégrer les Castors à l’automne.  

«On reste avec quelque chose dans la gorge», concède-t-il, toujours à la recherche de réponses pour expliquer l’inexplicable. 

«C’est déroutant, on ne comprend pas. Martin était vraiment aimé de tous. On est encore sous le choc.»

Près d'un mois après la mort de Romy et Norah Carpentier, des fleurs et mots de soutien sont toujours présents près de l'endroit où les corps ont été découverts. 

Le président du regroupement scout garde de «bons souvenirs» de la famille décimée. Le 128e de Charny était derrière le mémorial temporaire implanté en l’honneur des fillettes au parc des Chutes-de-la-Chaudière. Témoin de gestes de solidarité dans ce moment difficile, François Samson, le président du groupe scout, affirme que la bonté et la générosité des gens lui donnent espoir.  

«On a recueilli 18 poches de toutous au mémorial», révèle-t-il avec émotion. Des gens de Montréal et de Rouyn-Noranda ont même fait le voyage pour venir en porter, en soutien à la famille endeuillée. 

«Évidemment, on aimerait mieux qu’elles [les sœurs Carpentier] soient encore avec nous. Ça nous fait réaliser un paquet d’affaires», réfléchit l’homme en pensant à ses propres petits-enfants. 

Kim Lavoie, une maman de Saint-Apollinaire, partage un constat semblable en regardant ses trois enfants s’amuser dans la cour de l’école des Sentiers, transformée en poste de commandement de la Sûreté du Québec pendant près de deux semaines. 

«Il y a quelque chose qui se passe en dedans et qui nous fait réaliser à quel point nos enfants sont précieux», confie-t-elle.  

Si la vie continue, des questions demeurent sur les circonstances du drame. Une enquête du Bureau du coroner est toujours en cours.  

Kim Lavoie, une maman de Saint-Apollinaire, partage un constat semblable en regardant ses enfants s’amuser dans la cour de l’école des Sentiers, transformé en poste de commandement de la Sûreté du Québec pendant près de deux semaines. 

APRÈS LA TEMPÊTE, LE DEUIL  

Certains d’entre vous avez peut-être pensé : «Déjà près d’un mois depuis le drame de Saint-Apollinaire?» Josée Masson chez Deuil-Jeunesse rappelle que pour la famille, ces tristes événements ont eu lieu il y a «seulement un mois».  

L’histoire du père Martin Carpentier et de ses deux filles Romy et Norah a été largement médiatisée. Puis, rapidement, on n’en a plus entendu parler à la télévision ou dans les journaux, remarque la directrice générale de Deuil-Jeunesse, Josée Masson. 

L’histoire du père Martin Carpentier et de ses deux filles Romy et Norah a été largement médiatisée. Puis, rapidement, on n’en a plus entendu parler à la télévision ou dans les journaux, remarque la directrice générale de Deuil-Jeunesse, Josée Masson.

Si la vie semble revenir à la «normale» dans la communauté, il en est bien autrement pour les personnes touchées de près par la mort.   

«Quand les médias cessent de parler de l’histoire, la famille peut ressentir que la vie normale reprend. Mais ce n’est pas le cas, car pour ceux qui ont un lien avec les victimes, pour eux, un mois c’est très court. Le deuil ne fait que commencer», explique celle qui a célébré les funérailles des sœurs Carpentier, le 20 juillet.  

À deux semaines de la rentrée scolaire, Josée Masson met en garde. Le retour à la réalité, estime-t-elle, pourrait faire apparaître des besoins chez les jeunes.   

«Lorsqu’on retourne à la réalité, comme dans ce cas-ci sur les bancs d’école, c’est souvent là que les besoins apparaissent.»  

La famille endeuillée, elle, retourne toujours à la réalité plus rapidement. Les repas ne sont plus pareils, les chambres sont vides et la routine n’est plus la même, observe-t-elle.  

«On voudrait que la peine s’estompe, mais en vérité, ceux qui sont touchés de près par la mort vont mettre des années voire une vie complète à s’habituer à l’absence», termine Mme Masson.