Jérémie-Viktor Lagacé a plaidé coupable au meurtre non prémédité de Fabrice Durand. Il risque la perpétuité, sans possibilité de libération avant 13 ans.

Meurtre d'un touriste français en Gaspésie: des familles détruites

NEW CARLISLE – Plusieurs familles ont été ravagées depuis le meurtre non-prémédité du touriste français Fabrice Durand par Jérémie-Viktor Lagacé, le 22 août 2017 dans le sentier des Chutes à Picot, à Saint-André-de-Restigouche, en Gaspésie. Les témoignages entendus mardi juste avant les représentations sur sentence prouvent comment cet homicide a fait mal.

Ludivine Marcoux, conjointe de la victime, a exprimé avec émotion en début de séance à quel point la mort de son amoureux, alors âgé de 23 ans, avait affecté tous les aspects de sa vie depuis 19 mois et demi. Elle marchait avec lui quand il a reçu un projectile de carabine à la base du crâne.

Elle a subi de multiples traitements, de médecines traditionnelle et alternative, «pour faire estomper les flashs du visage détruit de Fabrice (…) Je souhaitais venir ici parce que j’en ai besoin. Je souhaitais représenter Fabrice jusqu’au bout. Je ressentirai un traumatisme toute ma vie».

Vivant en milieu rural et amante de la nature, Ludivine Marcoux peut difficilement retourner en forêt depuis août 2017, et dit vivre avec des nombreuses crises d’angoisse et cauchemars. Elle prend des médicaments depuis la mort de son conjoint et elle a dû renoncer au travail durant de longues périodes, avec un impact important sur ses finances.

«On souhaitait, au retour (en France), après avoir trouvé un travail, acheter une maison et avoir des enfants», a-t-elle déclaré à la cour, avant de pleurer.

Christian Durand, père de la victime, a fait lire un court message dans lequel il déplore profondément la perte de Fabrice. «Lui, il continue à vivre», a-t-il indiqué en désignant Jérémie-Viktor Lagacé. «C’est juste, pour vous? Pas pour moi».

Témoignage du père

Étienne Lagacé, père de Jérémie-Viktor, a aussi rendu un témoignage émouvant. Il a maintes fois établi que la peine de sa famille ne se comparait pas à celle des familles Durand et Marcoux, mais il a admis que «ça a été un événement assez difficile pour nous aussi».

M. Lagacé a expliqué comment sa conjointe et lui avaient eu un coup de foudre pour Jérémie, qui avait alors trois ans mais qui était confiné à un orphelinat russe depuis l’âge de trois mois, alors que sa mère, alcoolique et toxicomane, en avait perdu à garde. Le bambin souffrait d’alcoolisme fœtal.

«On ne voyait pas les conséquences (…) Au fil des ans, on a compris que c’est à l’adolescence que ce trouble-là prend de l’ampleur», a indiqué M. Lagacé, ajoutant qu’il manquait de services dans la région pour traiter l’alcoolisme fœtal.

C’est dans le manque de discernement et de jugement que ce problème se concentre à l’adolescence. M. Lagacé a indiqué que l’âge adulte n’a rien arrangé et qu’ils ont tenté de suivre leur fils autant que possible. Jérémie Viktor Lagacé est devenu père de deux enfants en début de vingtaine. Au cours de l’été, les problèmes se sont accumulés et son père le voyait.

Ces problèmes, un couple au bord de la rupture, la perte récente d’un emploi et les effets à long terme de l’alcoolisme fœtal, ont été remarqués par le procureur aux poursuites criminelles, Guy Loisel.

Il a souligné que ces problèmes ont constitué des facteurs atténuants lui ayant permis de s’entendre avec les avocats de la défense sur une proposition commune de sentence, soit une peine à perpétuité, une formalité dans une cause de meurtre, sans possibilité de libération conditionnelle avant 13 ans, une durée appropriée «à la lueur de la jurisprudence».

Réhabilitation

Le jeune âge de Lagacé, 24 ans, milite en faveur d’une éventuelle réhabilitation, a de plus souligné Me Loisel, qui a tout de même rappelé l’extrême gravité du geste de tirer sur Fabrice Durand.

L’avocate de la défense Catherine Mercier a souligné qu’une peine de 13 ans signifie avant tout que Lagacé ne sera pas admissible à une libération conditionnelle avant 2030, et que cette libération pourrait être refusée. «Il sera sous surveillance pour le reste de ses jours», a-t-elle dit. L’homme de 24 ans a plaidé coupable le 28 mars, quatre jours avant le procès.

Le juge Guy De Blois, de la Cour supérieure, a pris la cause en délibéré et il rendra sa décision jeudi, également au palais de justice de New Carlisle.

Étienne Lagacé a fait valoir que si son fils sort de prison dans 10 ans, à l’aube de sa soixantaine, «on se sent capable et on a le désir de le remettre sur pied». Si la sentence est de 25 ans, «ça me mènerait à 75 ans, je ne pourrai garantir d’être là, mon entreprise non plus», a indiqué l’agriculteur.

Pendant une pause de la cour, M. Lagacé s’est avancé vers Ludivine Marcoux pour lui présenter ses excuses. «Ce n’est pas à vous que j’en veux», a-t-elle répondu calmement. M. Lagacé lui a doucement touché l’épaule.