L’adolescent de 15 ans qui a contraint une intervenante du Centre jeunesse de l’Estrie à poser des gestes sexuels en la menaçant avec un auto-injecteur EpiPen a reconnu sa culpabilité jeudi en chambre de la jeunesse.

Menace par un auto-injecteur: un ado coupable d’agression sexuelle sur une intervenante

Un adolescent de 15 ans qui a contraint une intervenante du Centre jeunesse de l’Estrie à poser des gestes sexuels en la menaçant avec un auto-injecteur EpiPen a reconnu sa culpabilité.

Sans regarder la victime ou sa mère présente dans la salle d’audience, jeudi, l’adolescent vêtu d’un coton ouaté à capuchon, a reconnu les gestes troublants d’agression armée et sexuelle au palais de justice de Sherbrooke.

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Devant la juge Monique Lavallée de la chambre de la jeunesse de la Cour du Québec, il a plaidé coupable d’avoir forcé l’intervenante à lui faire une fellation en la menaçant avec l’objet muni d’une aiguille. C’est en le mordant qu’elle a réussi à se défaire de son emprise.

L’intervenante se trouvait seule dans l’unité au moment de ces gestes troublants survenus à la mi-octobre 2019.

L’adolescent, qui se trouvait dans une unité ouverte, est sorti de sa chambre en se plaignant d’un mal de tête. Il s’est rendu à l’endroit où se trouvaient les médicaments avec l’intervenante avant de l’empoigner par le dos en plaçant l’aiguille de l’EpiPen dans son cou.

L’agresseur a alors ordonné à la victime de faire tout ce qu’il voulait.

Le suspect l’a alors séquestrée dans un local adjacent. Il l’a forcée à se mettre à genoux avant de placer son pénis dans sa bouche. C’est à ce moment que l’intervenante a mordu l’agresseur pour se défaire de son emprise.

La victime a pu alors crier pour obtenir de l’aide. Le suspect a pris la fuite avant d’être rattrapé le lendemain.

Une trame factuelle a été déposée au tribunal pour prouver les accusations de voies de fait armées, d’agression sexuelle et de séquestration.

L’adolescent a maintenu son regard en direction de la juge Lavallée tout au long des procédures sans se retourner vers la salle d’audience du palais de justice de Sherbrooke.

Harcèlement d’un autre intervenant

L’accusé s’est aussi engagé à ne pas entrer en contact avec un autre intervenant du Centre jeunesse de l’Estrie qui a eu des raisons de craindre pour sa sécurité en septembre 2019. L’adolescent a reconnu avoir eu comportement harcelant lors de cet épisode.

L’accusé se trouve en garde fermée dans un centre jeunesse autre que celui de l’Estrie depuis son arrestation pour l’événement le plus grave. 

Il avait été déclaré apte après une évaluation psychiatrique au début des procédures judiciaires.

Un rapport prédécisionnel a été demandé pour éclairer le tribunal avant que la peine soit imposée.

L’avocate de la défense Me Mélissa Robert, de l’aide juridique, a insisté pour que ce rapport soit préparé par un établissement autre que le CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Tu as intérêt à collaborer à ce rapport », a indiqué la juge à l’accusé.

La procureure aux poursuites criminelles Me Josée-Ann Gaudreault a mentionné au tribunal qu’au moins deux témoins pourraient être entendus lors des observations sur la peine, qui se dérouleront au printemps.

+ L'ENQUÊTE INTERNE DU CIUSSS PROPOSE HUIT RECOMMANDATIONS

Huit recommandations ont été émises à la suite de l’enquête interne menée par le CIUSSS de l’Estrie-CHUS découlant de la troublante agression commise par un adolescent à l’endroit d’une intervenante au Centre jeunesse de l’Estrie.

Les recommandations s’adressent aux directions concernées qui doivent s’assurer du suivi.

La consigne du port de l’EpiPen au protocole allergie afin d’éviter des confusions sur son entreposage et son accessibilité devra être clarifiée. 

Des stratégies devront être mises en place pour favoriser et valider le port du radio émetteur-récepteur en tout temps par les éducateurs en présence et pour l’accès des usagers aux bureaux des éducateurs en réadaptation interne.

La direction du Centre jeunesse de l’Estrie devra aussi revoir et mettre en place des mécanismes de supervision du personnel clinique et mettre à jour les rôles et les responsabilités des différents acteurs en protection de la jeunesse qui travaillent auprès des usagers hébergés en réadaptation interne.

Les modalités afin de s’assurer de la révision des plans d’intervention des usagers hébergés en réadaptation interne selon des délais prescrits devront être identifiées.

Des procédures sur la sécurisation des chambres en réadaptation interne qui inclut des mécanismes de vérification (audits) ainsi que sur la complétion et l’utilisation des rapports d’évènement en réadaptation interne devront être élaborés et être mis en place.

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS peut dévoiler les recommandations, mais les détails d’une enquête réalisée dans le cadre d’un évènement Sentinelle demeurent confidentiels. 

L’objectif est de s’assurer que les personnes concernées dans ce type d’enquête puissent témoigner librement, que leurs propos demeurent confidentiels afin de pouvoir recueillir l’ensemble de l’information de façon transparente et sans peur de représailles de la part des participants.

Le syndicat de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux de l’Estrie (APTS) avait réclamé cette enquête au CIUSSS de l’Estrie-CHUS à la suite de cette affaire survenue en octobre 2019.